La hausse de l'évaluation inquiète nombre de propriétaires - Vivre sur le Plateau, mais à quel prix?

L’intérêt pour les propriétés situées sur le Plateau ne se dément pas. Ceux qui veulent vendre obtiennent généralement un bon prix. Mais pour ceux qui y vivent depuis longtemps et qui veulent y rester, c’est une tout autre histoire: ils voien
Photo: Jacques Grenier L’intérêt pour les propriétés situées sur le Plateau ne se dément pas. Ceux qui veulent vendre obtiennent généralement un bon prix. Mais pour ceux qui y vivent depuis longtemps et qui veulent y rester, c’est une tout autre histoire: ils voien

La bulle immobilière a dopé l'évaluation foncière et les comptes de taxes dans plusieurs arrondissements de l'île de Montréal. Sur le Plateau Mont-Royal, où certaines hausses ont été spectaculaires, des résidants sont fâchés que ce soit Royal Lepage et Remax qui déterminent la hauteur de leur compte de taxes, Ils ont décidé de se regrouper pour explorer des solutions.

Aux prises avec de fortes hausses de l'évaluation de leur propriété, des résidants du Plateau Mont-Royal s'organisent pour trouver d'autres méthodes de calcul qui les mettraient à l'abri des flambées spéculatives. Lors du dernier conseil d'arrondissement du Plateau Mont-Royal, tenu le 2 février dernier, ils ont été près d'une centaine à faire part de leur mécontentement à leurs élus. La mairesse de l'arrondissement, Helen Fotopulos, leur a proposé de former un «groupe de travail sur la taxation» auquel elle participera activement. Jusqu'à maintenant, une vingtaine de résidants ont été contactés; ils se réuniront dans les prochaines semaines.

Parmi eux, Dominique Leduc, une résidante de la rue Gilford contactée par Le Devoir, se dit «scandalisée» de payer la note pour ce qu'elle appelle les «spéculateurs». «La seule méthode d'analyse de la valeur foncière des immeubles résidentiels, c'est la valeur du marché», déplore-t-elle. «Ça veut dire que c'est Royal Lepage et Remax qui déterminent les taxes que je vais payer!» La valeur de la propriété de Mme Leduc a augmenté de

78 %. Son compte de taxes ne grimpera toutefois pas d'autant cette année, puisque la Ville a décidé de répartir la hausse sur trois ans. Notons qu'à cette augmentation s'ajoute une nouvelle surtaxe d'eau d'un cent (1¢) les 100 $ d'évaluation.

Quant au rôle d'évaluation, Mme Leduc et quelques-uns de ses concitoyens voudraient, au sein de leur groupe, explorer d'autres méthodes d'évaluation de la propriété. Par exemple, ils soutiennent que les banques sont souvent «plus conservatrices que la Ville» dans leurs estimations de la valeur d'une propriété et que la Ville devrait en tenir compte.

Francine Godin, de la direction de l'évaluation foncière de la Ville de Montréal, qui a rencontré les citoyens du Plateau, dit comprendre leur position. «Mais je n'ai pas autre chose à leur dire que ce qui suit: nous, on constate le marché, on ne l'invente pas.» Elle fait remarquer que les propriétés dans toute l'île de Montréal ont connu une hausse moyenne avoisinant les 29 % dans le nouveau rôle d'évaluation foncière, en vigueur depuis le 1er janvier 2004. Et dans les quartiers les plus en demande, comme le Plateau (mais aussi NDG, Westmount, Mont-Royal et Outremont), les hausses sont encore plus marquées. Ce n'est pas un phénomène nouveau, dit Mme Godin, car les valeurs sur le Plateau avaient commencé à augmenter dans le dernier rôle d'évaluation, en 2001. Par ailleurs, l'idée de se fonder sur les évaluations conservatrices des banques ne tient pas la route, dit Mme Godin. «Nous, on évalue la valeur marchande à une date donnée, soit le 1er juillet 2002. Une évaluation pour fin hypothécaire, c'est une tout autre chose. On ne peut comparer les deux.»

Contestation : une chance sur deux

Plusieurs citoyens du «groupe de travail», dont Dominique Leduc, veulent contester la nouvelle évaluation. Un autre contribuable, René Robitaille, dont la valeur de la propriété a augmenté de 70 %, explique que la tâche n'est pas aisée, qu'il faut «trouver des comparables». Lui, qui en a déjà fait l'expérience, dit que le citoyen et l'évaluateur «ne se retrouvent pas à armes égales». Le fonctionnaire a accès à de nombreuses banques de données. «Pour un comparable qu'on trouve, il peut nous en opposer des dizaines.» M. Robitaille ajoute que plusieurs résidants choisiront sans doute de ne pas contester le rôle parce qu'ils craignent de voir leur évaluation grimper. «Cela fait partie des risques de la contestation», confirme Francine Godin. Mais une telle issue est assez rare: seulement 2 % des cas de contestation débouchent sur une réévaluation à la hausse de la propriété. En revanche, indique Mme Godin, une fois sur deux, les contestations débouchent sur une révision à la baisse. Pourquoi? La Ville procède à des «évaluations de masse» et souvent, lorsqu'on s'arrête plus spécifiquement à un cas, le citoyen peut démontrer que sa propriété a été surévaluée. Les citoyens ont jusqu'au 30 avril pour contester leur évaluation. En date de lundi matin, le direction de l'évaluation avait reçu 538 demandes de contestation. Au dernier rôle d'évaluation, il y a trois ans, il y a eu environ 5500 contestations. «Sur quelque 412 000 propriétés, ce n'est pas si mal!», fait remarquer Mme Godin.

Selon la fonctionnaire, les gens qu'elle a rencontrés sont frustrés de la nouvelle augmentation, mais sont par ailleurs «bien conscients de la valeur de leur propriété», qu'ils pourraient donc revendre à bon prix. Cette logique met en colère Dominique Leduc, qui s'exclame : «Voyez comment le raisonnement est tordu! Moi, je n'ai pas envie de vendre. J'ai envie de m'installer dans un quartier, d'y élever mes enfants, de m'y investir. Ce qu'on est en train d'encourager, c'est une mentalité de spéculateur. La Ville augmente les taxes et nous dit : "Ben oui, vends ta maison, tu vas faire de l'argent!" Sur le Plateau, il y a plein de gens qui achètent et revendent pour faire de l'argent. Ça ne fait pas une communauté très saine, ça.»