Les premiers répondants souffrent aussi de stress post-traumatique

Ce n’est pas nécessairement un accident traumatique qui déclenche un ESPT, comme certains le croient, mais plutôt un environnement de travail constamment angoissant ou déprimant.
Photo: Jacques Nadeau Le Devoir Ce n’est pas nécessairement un accident traumatique qui déclenche un ESPT, comme certains le croient, mais plutôt un environnement de travail constamment angoissant ou déprimant.

Les policiers, pompiers, ambulanciers et agents des services correctionnels du pays recevront à partir de septembre un questionnaire qui tentera de déterminer à quel point ces professions sont touchées par les troubles de stress post-traumatique. Le sondage bilingue est l’initiative du nouvel Institut canadien de recherche et de traitement en sécurité publique (ICRTSP) de l’Université de Regina, en Saskatchewan.

L’état de stress post-traumatique (ESPT) est un trouble souvent associé à la carrière de soldat. Il a été qualifié de « traumatisme du bombardement » lors de la Première Guerre mondiale, et de « névrose de la guerre » lors de la seconde, indique la fiche explicative d’Anciens Combattants Canada. Pourtant, le problème est bien présent parmi les corps de métier qui doivent répondre aux appels d’urgence en temps de paix, prévient le chercheur Nick Carleton, initiateur de l’étude.

Devant l’inconnu

Le problème de santé mentale provoque des centaines d’arrêts de travail prolongés pour les professionnels de la sécurité publique, en plus d’avoir des conséquences sur leur vie personnelle et d’augmenter le risque de dépression et de suicide. Malgré tout, « il y a plus de choses qu’on ignore que de choses qu’on sait à propos de cette maladie », avance le professeur Carleton, joint par Le Devoir à son bureau au Département de psychologie l’Université de Regina. « Nous ignorons combien d’entre eux souffrent du stress post-traumatique [ESPT], quels sont les métiers les plus à risque », explique-t-il. La documentation disponible actuellement arrive à des conclusions contradictoires sur le risque des policiers de développer un ESPT durant leur carrière. Les estimations varient entre 5 % et 35 % des agents, selon M. Carleton.

Un problème tant à la GRC qu’à la SQ

Le problème de santé mentale inquiète aussi l’Association canadienne de la police montée (ACPMP), qui regroupe les agents de la GRC du pays. Sans toutefois connaître le nombre exact de gendarmes atteints par l’état de stress post-traumatique, le porte-parole Terry McKee avance que « des centaines » de collègues sont en arrêt de maladie de 30 jours ou plus pour cette raison. « Ce n’est pas nécessairement un accident traumatique qui déclenche un ESPT, comme certains le croient, mais plutôt un environnement de travail constamment angoissant ou déprimant », analyse-t-il. M. McKee pointe du doigt les réductions budgétaires de la GRC, qui forcent les agents à effectuer des heures supplémentaires, ce qui a comme conséquence de les mettre en présence de plus de situations traumatisantes. Les conditions de travail jugées « archaïques » par l’ACPMP sont d’ailleurs au centre de sa campagne de syndicalisation, présentement en cours.

Le problème existe aussi à la Sûreté du Québec, confirme l’ex-policier et ancien président de l’Association des policiers provinciaux du Québec, Michel Oligny. À son avis, la formation fournie par la SQ sur le sujet est insuffisante.

Ayant lui-même déjà été victime d’un stress post-traumatique pendant sa carrière, Michel Oligny est devenu sensible au problème qui ronge les corps policiers. « Je voyais des collègues changer de comportement, comme prendre un coup ou développer de l’agressivité », raconte-t-il. À 30 ans, il est retourné à l’université pour étudier la psychologie afin de mieux comprendre le phénomène. Aujourd’hui, il traite d’autres premiers répondants victimes du trouble de stress post-traumatique.

Selon M. Oligny, la culture de travail des pompiers et policiers doit changer. « J’ai traité des pompiers qui me disaient : “Je commence à ramollir. Je pleure en revenant de scènes.” Moi, je leur dis que leur réaction est normale, c’est ce qu’ils viennent de voir qui n’est pas normal. »

La Commission des normes, de l’équité, de la santé et de la sécurité au travail (CSST) reconnaît l’état post-traumatique survenu au travail comme un motif d’indemnisation. Durant les années 2010 à 2013, au Québec, 265 ambulanciers ou infirmiers et 134 policiers ont été indemnisés pour cette raison.