Un mur de silence à l'aide sociale

Le Front commun des assistés sociaux estime que le ministre Claude Béchard manque de transparence dans sa gestion du dossier de l'aide sociale, en refusant de rendre publiques certaines statistiques.

Depuis la mise en place en juillet dernier de l'opération Place à l'emploi, le Front commun des assistés sociaux a tenté d'obtenir à plusieurs reprises, mais en vain, des données publiques sur l'évolution des sanctions prévues. Le ministre de l'Emploi, de la Solidarité sociale et de la Famille, Claude Béchard, avait menacé d'imposer des pénalités financières à tous les demandeurs d'aide sociale qui refuseraient les démarches d'emploi ou de formation offertes par Emploi-Québec.

«On se heurte à un mur de silence depuis le changement de gouvernement. Avec l'arrivée de M. Béchard, il y a un manque de transparence flagrant», a constaté le porte-parole de l'organisme, Jean-Yves Desgagnés. Selon ce dernier, l'attitude du ministre soulève le doute «comme s'il y avait des choses à cacher».

Quand Le Devoir a cherché, il y a trois semaines, à connaître l'état du dossier Place à l'emploi, il s'est également buté à un refus du cabinet du ministre Béchard. Mais grâce à des sources gouvernementales, Le Devoir a révélé que Place à l'emploi ne répondait à aucun de ses objectifs.

Ainsi, les nouveaux demandeurs d'aide sociale ne sont pas envoyés à Emploi-Québec dans un délai de 24 heures tel que prévu. Avant d'être orientés vers un emploi ou une formation, ces nouveaux bénéficiaires d'aide sociale doivent patienter six semaines. De plus, ce ne sont que 41 % de ces prestataires qui sont concernés par cette mesure.

Quant aux pénalités à imposer et qui devaient permettre des économies au gouvernement, rien n'a bougé malgré la nouvelle philosophie du ministre Béchard. «Tout l'automne, on a fait un suivi serré auprès de nos groupes et on n'a pas constaté que ç'avait eu un impact sur les pratiques des centres locaux d'emploi. Et, de toute façon, on savait que le réseau était incapable d'offrir un suivi et des mesures pour aider. [...] Ce n'est pas la première fois qu'on voit ce genre d'annonce pompeuse d'un ministre qui arrive à l'aide sociale, et qui donne aucun résultat», a commenté M. Desgagnés.