Chasser des Pokémon… pour la science

Les exemples de joueurs distraits se multiplient dans le monde, au moment où les développeurs de l’application revendiquent 15 millions d’adeptes.
Photo: Associated Press Les exemples de joueurs distraits se multiplient dans le monde, au moment où les développeurs de l’application revendiquent 15 millions d’adeptes.

Le laboratoire en « expérience utilisateur » Tech3Lab de HEC est sur le point de recruter des joueurs prêts à se faire suivre par les chercheurs pendant leur chasse sur l’application Pokémon Go. L’objectif : déterminer à quel point l’usage des jeux vidéo en réalité augmentée perturbe la concentration du joueur qui se déplace à pied.

À peine quelques semaines après la sortie du jeu, il semble que des joueurs de Pokémon Go, rivés sur leur petit écran, aient été impliqués dans de nombreux incidents à travers le monde.

Le 12 juillet, une autopatrouille du Service de police de la Ville de Québec est emboutie par un conducteur distrait par son téléphone intelligent. Le fautif, questionné par les policiers, leur aurait spontanément avoué son tort : il jouait à Pokémon Go avec son passager.

De tels exemples de joueurs distraits se multiplient dans le monde, au moment où les développeurs revendiquent 15 millions d’adeptes. En Pennsylvanie, voilà qu’une adolescente se serait fait heurter par une voiture alors qu’elle traversait un boulevard à l’heure de pointe en chassant le Pokémon, rapporte la télévision locale. Au Japon, le Centre national de préparation aux incidents et de stratégie en cybersécurité conseille carrément de ne pas jouer en marchant.

Ici, à Montréal, la police a dû intervenir « à quelques reprises » la semaine dernière au square Cabot, près de l’intersection des rues Atwater et Sainte-Catherine. Le parc est un « pokéstop » trop populaire de l’avis des riverains, qui ont fait appel au 911. « C’est souvent tard en soirée. Parfois, [les joueurs] traversent les rues n’importe où, bloquent les rues, perturbent le trajet des autobus. Ils troublent la paix », se désole le relationniste du Service de police de la Ville de Montréal, André Leclerc.
 

 

Le SPVM a d’ailleurs diffusé sur son compte Twitter un avertissement, ce mardi : « Rappel aux joueurs de #PokemonGO : pour la sécurité de tous, soyez vigilants lorsque vous explorez la ville. »

Évaluer le risque

« On voit beaucoup de choses dans les médias, parce que c’est facile de sensationnaliser la chose, tempère le chercheur Pierre-Majorique Léger, codirecteur du Tech3Lab à l’École de gestion HEC Montréal. Il existe un risque d’accident avec toutes les applications ! »

Le chercheur et son équipe étudient depuis longtemps la perte de concentration du piéton qui envoie des messages textes en marchant. La sortie cet été du jeu Pokémon Go a enthousiasmé les chercheurs au point où ils ont décidé de mettre sur pied une étude pour mieux comprendre le comportement du joueur. En particulier, il sera question de comparer la perte de concentration du piéton qui joue à celle, déjà mesurée, du piétonsu qui communique par messages textes.

La chercheuse postdoctorale Élise Labonte-LeMoyne explique le protocole, toujours en attente d’approbation par le comité d’éthique. « Nous voulons suivre des joueurs, tout en assurant leur sécurité, les filmer, et potentiellement les brancher sur un électroencéphalogramme pour mesurer l’activité électrique du cerveau pendant le jeu. »

Le Tech3Lab vient tout juste de recevoir une bourse de près de 145 000 $ du Conseil de recherches en sciences humaines pour poursuivre ses travaux sur l’usage du téléphone intelligent au moment de faire d’autres activités. L’équipe de chercheurs mesure les erreurs qui découlent du « multitâche », soit celles qui surviennent au moment où notre concentration passe du téléphone au monde extérieur, comme lorsque vient le temps de lever les yeux pour traverser la rue, par exemple.

S’il reçoit un feu vert pour mener son étude sur le jeu Pokémon Go, le laboratoire recrutera des joueurs du grand public prêts à chasser des Pokémon… pour la science.

1 commentaire
  • Pierre Robineault - Abonné 27 juillet 2016 10 h 54

    Corpulence

    Ce qui m'impressionne davantage que cette course elle même, c'est la corpulence de ces jeunes apparaissant sur la photo de présentation de votre article.
    Mais faut-il absolument contenter des chercheurs universitaires pour en analyser les méfaits qui tombent de toute évidence sous le sens? J'imagine ces derniers poursuivre cette étude leur vie durant aux frais des contribuables ... ou alors jusqu'à l'épuisement de ce jeu pour ados qui ne saurait tarder. La mode préférée restera toujours la nouvelle apparue chez eux.