Une paroisse montréalaise accorde asile à trois réfugiés palestiniens

Thérèse Ayoub, 62 ans, son mari Nabih, 69 ans, et Khalil Ayoub, son frère de 67 ans, ont trouvé refuge à l’église Notre-Dame-de-Grâce, dans l’ouest de Montréal, après avoir défié un avis d’expulsion en Palestine.
Photo: Patrick Sanfaçon Thérèse Ayoub, 62 ans, son mari Nabih, 69 ans, et Khalil Ayoub, son frère de 67 ans, ont trouvé refuge à l’église Notre-Dame-de-Grâce, dans l’ouest de Montréal, après avoir défié un avis d’expulsion en Palestine.

La paroisse de Notre-Dame-de-Grâce, dans l'ouest de Montréal, a décidé d'accorder l'asile dans son église à trois Palestiniens âgés, qui ont défié le 3 février un avis d'expulsion après avoir essuyé des échecs répétés dans leurs tentatives d'être accueillis comme réfugiés au Canada, où ils vivent depuis trois ans.

Le cas de ces trois personnes — Nabih, 69 ans, sa femme Thérèse, 62 ans, et Khalil Ayoub, son frère âgé de 67 ans — illustre le drame que s'apprêtent à vivre plusieurs dizaines d'autres Palestiniens, souvent apatrides, que le ministère fédéral de la Citoyenneté et de l'Immigration prévoit renvoyer, au cours des prochaines semaines, dans les camps de réfugiés palestiniens où, souvent, on interprète leur départ comme un désaveu de l'intifada, explique Me Maurice Sauvé, ce qui les place en situation de grave danger.

«Depuis 55 ans, dit-il, ces personnes ont connu la guerre, la déportation, la vie inhumaine dans les camps de réfugiés ou dans des abris de fortune et la persécution. L'ordre de déportation du Canada les plaçait devant un choix dramatique: passer à la clandestinité ou retourner à une vie d'enfer, ce qu'ils ne pouvaient envisager.»

Les paroissiens de Notre-Dame-de-Grâce ont été avisés par leur curé, Claude Caron, à la fin janvier qu'un dossier humanitaire important leur serait soumis en assemblée générale extraordinaire, laquelle s'est tenue le jeudi 29 janvier. Sans que les trois Palestiniens en cause soient présents, leur cas a été révélé aux 51 paroissiens présents, qui ont accepté sans exception de leur accorder le droit d'asile pour faire face à l'avis d'expulsion. Ce droit coutumier, un des plus anciens et des plus communs au sein des cultures occidentales, est respecté par Citoyenneté et Immigration Canada.

«On n'est pas dans l'illégalité et eux non plus, explique Me Sauvé. L'asile accordé par une église, c'est un droit et on l'exerce».

Appuis

Les trois Palestiniens ont été installés dans des locaux de l'église paroissiale avec un minimum de commodité. Ce sont les paroissiens de l'endroit qui vont prendre en charge leur alimentation et les frais des futures démarches juridiques, jusqu'à ce que la requête de résidence permanente pour raisons humanitaires, qu'adressera cette semaine leur avocate, Me Sabine Venturelli, soit tranchée en vertu des pouvoirs discrétionnaires de la ministre Judy Sgro.

Les porte-parole de cette paroisse catholique demandent en outre aux autorités fédérales de suspendre les nombreux ordres d'expulsion qui menaceraient présentement «quelques dizaines d'autres Palestiniens, à court terme».

Plusieurs personnalités publiques, dont l'ancienne présidente de l'Assemblée nationale, Louise Harel, sont venues témoigner hier de l'impérieuse nécessité de préserver ces personnes par le droit d'asile et de leur accorder un droit de résidence permanent au Canada. Le sénateur Pierre DeBané, le premier citoyen canadien d'origine arabe à être élu au Parlement, est lui-même originaire d'Haïfa, située à quelques kilomètres d'Al Basa, où sont nés les trois Palestiniens en cause. Il a raconté l'horreur de la vie dans ces camps, qu'il a visités avec l'ancien président de l'Assemblée nationale du Québec, Clément Richard, lequel, a-t-il dit, s'était effondré en larmes après une de ces visites devant la misère extrême qui y règne.

Refus répétés

En 2001, les trois réfugiés habitaient le camp d'Ein El Hilweh, dont le Hezbollah et les autres milices armées se disputaient le contrôle. Menacée de mort en raison notamment de son appartenance à la religion chrétienne — les chrétiens sont perçus comme des alliés d'Israël! — la famille Ayoub finit par obtenir un visa pour les États-Unis, d'où elle se dirige vers le Canada pour y demander le statut de réfugié. On leur refusera ce statut le 29 janvier 2003. Elle dépose ensuite une requête pour autorisation de contrôle judiciaire de la décision du Commissaire à l'immigration. Cette requête a elle aussi été rejetée en juin dernier. Les trois Ayoub font ensuite une «demande d'examen des risques avant retour», qui sera aussi refusée à ces trois personnes âgées à la fin novembre. Le 8 janvier, ils étaient avisés de se présenter le 3 février aux bureaux du ministère pour leur expulsion.

Ces trois Palestiniens ne pourront jamais plus obtenir accès à leur ancien logis et à leurs biens dans le camp d'Ein El Hilweh, car la police libanaise n'y pénètre jamais, même pour faire respecter les droits reconnus par les tribunaux de l'endroit. De plus, personne ne peut garantir qu'ils seront en sécurité, bien au contraire, dans le camp de Dbayeh, où ils seraient dirigés après avoir été livrés aux autorités israéliennes, ce qui les condamnerait à l'indigence et à la rue.