Les vies des Noirs comptent ici aussi, disent des manifestants

«Médecins, professeurs, infirmières, manufacturiers, architectes, couturiers, coiffeurs, cuisiniers et j’en passe !» a crié Jennifer Sidney, devant tous ceux qui avaient sorti affiches et banderoles pour rappeler que les vies des Noirs comptent.
Photo: Jacques Nadeau Le Devoir «Médecins, professeurs, infirmières, manufacturiers, architectes, couturiers, coiffeurs, cuisiniers et j’en passe !» a crié Jennifer Sidney, devant tous ceux qui avaient sorti affiches et banderoles pour rappeler que les vies des Noirs comptent.

Quelques centaines de Montréalais — de toutes les couleurs — se sont réunis mercredi soir au parc Nelson-Mandela, dans l’arrondissement Côte-des-Neiges, pour exprimer leur solidarité aux familles des jeunes Noirs abattus par des policiers aux États-Unis. Par le slam, par des mots tristes ou survoltés, ils ont dénoncé le profilage dont les Noirs sont victimes, au sud comme au nord de la frontière.

Debout sur une table de pique-nique, Svens Telemaque a crié, dans la langue de Nina Simone : « Ma peau est noire ! » Rassemblée autour de lui, la foule était transportée par l’émotion. Ils étaient nombreux : des Noirs anglophones ou francophones, petits ou grands, réunis pour clamer leur unité, mais aussi leur unicité. « Je ne vais pas abandonner mes enfants et non, je ne vends pas de drogue », a encore lancé l’artiste. « Délivre-moi de tes statistiques, car elles ne me définissent pas. »


Au-delà des statistiques

Pourtant, les chiffres existent : en 2006 et 2007, la proportion de jeunes hommes noirs soumis à un contrôle d’identité a atteint de 30 % à 40 % à Montréal, tandis qu’elle était de 5 % à 6 % pour les Montréalais ne faisant pas partie des « minorités visibles », rapportait le Service de police de la Ville de Montréal (SPVM) en 2009, dans un rapport suivant le soulèvement populaire causé par la mort de Fredy Villanueva.

Mais ces statistiques ne disent pas pour autant que les Noirs sont plus dangereux, ont fait valoir les divers intervenants. Elles disent plutôt qu’ils « attirent l’attention en raison de la couleur de leur peau », a résumé Loik Wamumamba, un étudiant de 22 ans qui assistait au rassemblement organisé par La ligue des Noirs du Québec.

Loik Wamumamba et son amie Kanku Fuamba prenaient part à leur tout premier rassemblement en soutien à la communauté noire, à laquelle ils s’identifient. Ce qui les a amenés là ? Le sort réservé à Alton Sterling et à Philando Castille, tués par des policiers la semaine dernière. « Il faut informer la population que ce qui se passe, ce n’est pas normal », a déclaré Kanku Fuamba, elle aussi étudiante, âgée de 23 ans. « Je ne pense pas que ce soit safe de dire qu’ici, on est en sécurité, parce que ça arrive. On en parle moins, mais ça arrive », a-t-elle insisté.

Les noms qu’allaient nommer les interlocuteurs du rassemblement allaient lui donner raison. Anthony Griffin, Trevor Kelly ou, plus récemment, Alain Magloire sont autant de personnes noires qui sont tombées sous les balles des policiers, ont rappelé les manifestants. « J’ai été chanceux », a d’ailleurs répondu Loik Wamumamba, instinctivement, quand on lui a demandé s’il avait déjà été victime de violence policière.

« Médecins, professeurs, infirmières, manufacturiers, architectes, couturiers, coiffeurs, cuisiniers et j’en passe ! » a aussi crié Jennifer Sidney, devant tous ceux qui avaient sorti affiches et banderoles pour rappeler que les vies des Noirs comptent (Black Lives Matter). « Il est temps que le système de suprématie blanche dans lequel on vit nous enlève les étiquettes de minorités visibles ou de gangs de rue qu’ils tiennent à nous accoler à la peau pour justifier leur méfiance, leur peur face aux taux de mélanine de nos garçons pour ainsi les tuer froidement », a-t-elle encore tonné, avant d’être enterrée par des applaudissements.


Le fils de Sterling appelle à l’unisson

Le fils de 15 ans de l’homme qui a été tué par des policiers en Louisiane la semaine dernière a pris la parole pour la première fois, mercredi, implorant les Américains de ne pas sombrer dans la violence. Devant des journalistes rassemblés à l’endroit même où Alton Sterling est mort à Baton Rouge, Cameron Sterling a déclaré que les Américains devaient se rassembler, à l’image d’une grande famille, peu importe leur appartenance ethnique. Il a ajouté qu’il était convaincu que son père était un homme bon et qu’il allait toujours le demeurer. L’adolescent, qui avait fondu en larmes et avait dû être évacué la semaine dernière lorsque sa mère avait pris la parole pour commenter la mort de son père, est apparu plus calme mercredi en demandant aux Américains de s’unir plutôt que de s’éloigner les uns des autres. Il a remercié tous ceux qui l’ont soutenu dans sa peine et a prié les manifestants de demeurer pacifiques.
2 commentaires
  • Sylvio Le Blanc - Abonné 14 juillet 2016 08 h 51

    La fille ne semble pas avoir apprécié se faire prendre en photo

    Je me trompe ou quoi, M. Nadeau ?

  • Roxane Bertrand - Abonnée 14 juillet 2016 09 h 08

    Beau rassemblement!

    Le racisme, le sexisme, l'homophobie, etc, sont des réactions de dominations muent par la peur. Le manque de réflexion et d'éducation en sont généralement la cause. L'intolérance des différences n'a pas sa raison d'être lorsque la population est d'avantage progressive et sereine.

    C'est beau de voir toutes les couleurs dans ce rassemblement!