L’UPAC braque les projecteurs sur le maire de Terrebonne

Le maire de Terrebonne, Jean-Marc Robitaille, a été ciblé par des perquisitions de l’Unité permanente anticorruption (UPAC) mercredi.
Photo: Jacques Nadeau Le Devoir Le maire de Terrebonne, Jean-Marc Robitaille, a été ciblé par des perquisitions de l’Unité permanente anticorruption (UPAC) mercredi.

Ciblé par des perquisitions de l’Unité permanente anticorruption (UPAC) mercredi, le maire de Terrebonne, Jean-Marc Robitaille, n’aura d’autre choix que de démissionner, et ce, même si aucune accusation n’est portée contre lui, estime le président de la Ligue d’action civique, Frédéric Lapointe.

« En général, ça se passe mal pour un maire en poste lorsqu’il y a des perquisitions [de l’UPAC]. Je ne dis pas qu’il est personnellement coupable ou passible d’accusations criminelles, mais manifestement, lorsqu’il y a de tels exercices de perquisitions au sein d’une municipalité, c’est un très mauvais signe pour la longévité du maire en poste », affirme Frédéric Lapointe, l’un des fondateurs de la Ligue d’action civique, un organisme visant à lutter contre la corruption par l’engagement citoyen.

Ce dernier donne l’exemple de Saint-Jérôme et de Laval, dont les maires ont dû démissionner, et celui de Saint-Constant, où le maire a été battu aux élections à la suite de la perquisition de l’UPAC.

« Il serait probablement plus facile pour les électeurs de la ville de Terrebonne, pour l’administration et la communauté, de gérer la suite des choses si le maire [Robitaille] pouvait préciser qu’il ne se présentera pas aux prochaines élections ou qu’il démissionne. »

Cas d’école

Pour Frédéric Lapointe, le maire Jean-Marc Robitaille, en poste depuis 1997, est « l’un des représentants de la vieille façon de faire de la politique municipale au Québec », estime M. Lapointe.

« On sait que les élections sur la Rive-Nord de Montréal, dans les années 1990 et 2000, dans à peu près toutes les municipalités, ont été le fait d’entrepreneurs électoraux qui organisaient l’élection avec l’argent des firmes d’ingénieurs […] Et Terrebonne n’était pas l’exception, c’était plutôt un cas d’école. Et donc le maire lui-même était en lien avec à peu près tous les personnages louches qui font le folklore maintenant en matière de corruption sur la Rive-Nord de Montréal. »

L'UPAC peut parfois mettre plusieurs années avant de produire des gestes visibles [...], mais l'UPAC fait son travail

 

Rappelons que le maire Jean-Marc Robitaille a avoué, en 2014, avoir menti sur ses liens avec l’entrepreneur Tony Accurso. Dans la foulée de la commission Charbonneau, le maire a été contraint d’admettre qu’il avait bel et bien séjourné, tous frais payés, sur le Touch, le célèbre yacht d’Accurso, en compagnie de l’entrepreneur Normand Trudel. Et deux fois plutôt qu’une.

La commission Charbonneau se penchait alors sur une histoire de changement de zonage à Terrebonne pour des terrains vendus à l’entreprise de Tony Accurso par l’ex-président du conseil exécutif de la Ville de Montréal, Frank Zampino, avec l’aide de la SOLIM, le bras immobilier du Fonds de solidarité FTQ.

Perquisitions

Est-ce en lien avec cette histoire que l’UPAC est débarquée à l’hôtel de ville de Terrebonne et à la résidence du maire aux petites heures, mercredi matin ? La porte-parole de l’Unité permanente anticollusion, Anne-Frédérick Laurence, refuse de préciser les motifs de l’opération, qui a été menée simultanément par une centaine de policiers dans cinq bureaux et cinq résidences privées de Terrebonne. Elle se limite à parler de « contrats publics [et de] possible corruption dans les affaires municipales ».

« Ce sont des perquisitions en cours d’enquête, ça veut dire qu’il y a une enquête en cours et qu’on va chercher des éléments de preuve pour faire avancer cette enquête-là », ajoute la porte-parole de l’Unité permanente anticorruption (UPAC), Anne-Frédérick Laurence.

Cette dernière confirme que ces perquisitions pourraient mener à des arrestations, mais que ce n’est pas pour tout de suite. « Aujourd’hui, il n’y a pas de mandats d’arrestation, on va chercher des éléments de preuve pour faire avancer l’enquête et à l’issue de l’analyse de cette preuve-là, s’il y a lieu, il peut y avoir un dépôt d’accusations, mais il peut y avoir un bon moment qui va se passer. »

À la Ville de Terrebonne, on s’est fait avare de commentaires mercredi. « L’administration collabore pleinement avec les agents de l’UPAC. La Ville n’émettra aucun autre commentaire pour l’instant », peut-on lire dans le bref communiqué de presse diffusé mercredi sur le site de la Ville.

Soulagement

Le président de la Ligue d’action civique, Frédéric Lapointe, se dit pour sa part « soulagé » de voir l’UPAC débarquer à Terrebonne. « C’est la preuve que les signalements qui sont faits à l’UPAC portent leurs fruits. L’UPAC peut parfois mettre plusieurs années avant de produire des gestes visibles tels que les perquisitions qu’on a vus aujourd’hui à Terrebonne, mais l’UPAC fait son travail. Elle ne peut pas enquêter sur toutes les villes en même temps […] Il y a 1100 villes au Québec, dont un bon nombre mérite peut-être l’attention de l’UPAC, mais elles ne peuvent pas toutes être perquisitionnées en même temps. »