Occupation retardée

Photo: Jacques Grenier

Dans un monde idéal, il suffirait d'un coup d'oeil sur une maquette pour acheter le condo de ses rêves. Dans ce monde-là, l'imposante fenestration laisserait passer une lumière éclatante, les comptoirs de granit et les planchers de bois franc garniraient la cuisine, et chaque pied carré affiché sur le contrat reviendrait de bon droit à l'heureux propriétaire. Seulement, même dans le meilleur des mondes, les plus avisés des acheteurs ont souvent d'ennuyeuses surprises...

Tout au fond du corridor feutré, étroit et solennel du couvent d'Outremont s'ouvre une porte qui s'étend du sol au plafond. Et là, en plus d'être assailli par les jappements stridents d'une minuscule bête, on est ébloui par la lumière exquise d'une superbe matinée glacée. «C'est rare de trouver un endroit ensoleillé, moderne, avec de hauts plafonds, dans Outremont, s'exclame le maître du teckel et des lieux. J'avais mis mon rêve de côté!»

On peut comprendre aisément Serge Bouliane d'avoir craqué pour l'extrémité est du grand T que forme l'ancienne résidence des Soeurs de Marie-Réparatrice, construite en 1911 et complètement remise à neuf par trois jeunes actionnaires de Développements McGill. Le résultat de ce projet résidentiel, l'un des plus prestigieux du moment, est époustouflant. Exit la chapelle et ses odeurs d'encens et de bois ciré, les chambrettes exiguës et les prie-Dieu. Seuls la rosace et le clocher ont tenu bon devant l'assaut de la conversion. «Quand j'ai vu le projet sur la maquette et la possibilité d'avoir les trois côtés fenestrés, je n'ai pas hésité, raconte le nouveau propriétaire, établi depuis juin dans ce petit bijou de 1700 pi2 sur l'avenue du Mont-Royal.

Coup de coeur

Fin connaisseur du marché immobilier, ancien consultant pour de grands courtiers, Serge Bouliane n'en est pas à sa première demeure. Avant de s'établir au pied de la montagne, l'associé de Tequila Communication a résidé dans un «penthouse» des Cours Le Royer au Vieux-Montréal, puis dans une vieille maison retapée de la rue Stuart. «L'agrandissement de chaque salle de bain ou garde-robe impliquait une suite de modifications et des coûts faramineux», énonce Serge Bouliane, comme pour justifier son nouveau coup de coeur.

Ce qui l'a tout de suite séduit en voyant les plans du couvent, c'est d'abord le site, puis les grands espaces baignés de lumière. «J'ai pu me faire une véritable idée de la fenestration et de son emplacement puisque c'est l'original», mentionne-t-il. Un privilège auquel n'ont pas eu droit les résidants de l'ancienne chapelle, entièrement redessinée.

Pour avoir la «possibilité» de mettre la main sur l'un des

35 condos de luxe, Serge Bouliane a dû débourser 2000 $ et patienter jusqu'à ce que vienne son «tour». «Tout s'est fait très vite, se souvient-il. J'étais prêt à déposer une offre d'achat, ce qui a joué en ma faveur.» Le marché immobilier aussi lui a été favorable au moment de vendre sa propriété d'Outremont. «J'ai eu un coup de chance et j'ai pu vendre ma maison plus cher que prévu.» Ce qui lui a permis, en somme, de respecter son barème... d'environ un demi-million!

Entre la signature du contrat et la prise de possession des lieux, près de 20 mois se sont écoulés. Il faut dire que les promoteurs ont eu l'aimable délicatesse de laisser toute la latitude aux futurs propriétaires dans le choix des couleurs et des accessoires, sous la férule d'un designer engagé à cet effet. Une liberté que Développements McGill a payée chèrement. «Ç'a été long car on avait beaucoup de choix. Mais je crois que cette liberté extraordinaire a été extrêmement difficile à gérer pour le promoteur puisqu'elle a compliqué de beaucoup le projet», reconnaît M. Bouliane.

Résultat, la livraison a pris deux mois de retard. «Quand on est entré ici en juin, c'était un véritable chantier. Les balcons et le garage étaient inaccessibles. Mais j'avais prévu le coup. Selon mon expérience, je savais que ce ne serait pas terminé en mars, tel que prévu.»

La plupart des aspirants résidants se sont montrés compréhensifs face à ce contretemps. Là où ils ont un peu perdu patience, estime Serge Bouliane, c'est du côté de la finition. S'il avoue ne pas avoir trop à se plaindre — seuls les planchers doivent être revernis —, il affirme toutefois que certains propriétaires n'en finissent plus d'attendre la venue des ouvriers.