Vivre en capitale - La vie parisienne au quotidien

Entre l'image ensorceleuse de la carte postale et la dure réalité financière, vivre dans la capitale française constitue un vrai choix de vie. Pour ceux qui peuvent se le permettre...

Trouver à se loger à Paris n'est pas une sinécure... Autour du parc Georges-Brassens, qui a remplacé depuis des lustres les anciens abattoirs de la ville, se dressent de vieux immeubles et quelques bâtiments plus modernes. Ici, le flonflon de l'accordéon est presque audible. Un «pressing» (comprenez un nettoyeur) côtoie un caviste aux celliers gorgés de bons vins du terroir et deux boulangeries-pâtisseries. Plus loin, le marchand de primeurs étale ses fruits multicolores jusque sur le trottoir. Mais par-dessus tout, il y a le joli bistrot, tenu par Jacky, un patron acariâtre. Le nom du troquet — «Au bon coin» — évoque à lui seul l'image d'une France débonnaire.

C'est là, au deuxième étage d'un immeuble moderne du 15e arrondissement, en face du marché aux livres, que Charlotte et Médéric ont élu domicile. Jeune couple parisien, cadres «moyens-supérieurs», ils sont âgés d'une trentaine d'années l'un et l'autre. Voilà un an, ils ont quitté le 13e arrondissement de la capitale française pour s'installer avec leurs enfants respectifs — Louise, cinq ans, Charlotte, sept ans et son petit frère, Martin, âgé de quatre ans. «On avait besoin d'espace, il nous fallait une pièce supplémentaire pour les enfants et nous voulions nous rapprocher de nos bureaux», explique Charlotte.

Un 3 1/2 pour 300 000 $!

Problème, l'immobilier parisien a connu une explosion des prix, à la location comme à l'achat, notamment depuis 2001. La raison principale de cette crise vient du manque de logements disponibles pour faire face à une demande très forte. Résultat, entre 2001 et 2003, le prix moyen de la location dans la ville lumière est passé de 22 à 31 dollars le mètre carré. Le tout pour une surface moyenne de seulement 460 pieds carrés, soit un petit 3 1/2... Quant aux prix à l'achat, ils ont atteint des sommets. Le prix moyen au mètre carré (11 pieds carrés) est actuellement de 6918 $... Un tarif quasiment prohibitif pour beaucoup et qui met le 3 1/2 standard à un prix de 297 474 $ en moyenne!

Dans cette jungle, notre jeune couple a mis seulement trois mois pour trouver son nouveau logement. Un record en la matière, les Parisiens mettant parfois jusqu'à un an pour dénicher la perle rare. «Une fois l'appartement repéré, c'est la course aux dossiers. Et les gens sont prêts à accepter beaucoup de contraintes pour obtenir la location qui leur plaît», explique Médéric. De fait, la constitution du dossier s'apparente à un véritable fichage policier. Il leur a fallu produire des bulletins de salaire, les déclarations d'impôt, une caution morale du précédent bailleur...

«Et ils ont fait la moue lorsqu'ils ont appris que nous n'étions pas mariés!», se souvient Charlotte. «L'agence a aussi appelé mon banquier, sans se présenter, pour l'interroger sur ma situation», raconte Médéric. Pire, Charlotte et Médéric, adultes responsables qui gagnent 8750 $ mensuellement à eux deux, ont dû produire une «caution parentale»! «On a demandé à mon père ses fiches de retraite, son certificat de mariage et un relevé de sa situation patrimoniale», dit Médéric. En fin de compte, ils ont obtenu l'appartement. «Nous avons tout de même dû débourser quatre mois de loyer en entrant dedans. Deux mois de caution, un mois de loyer d'avance et un autre pour les frais d'agence...», se souvient Charlotte.

Un 5 1/2 pour 2100 $ par mois, plus... les frais

Situé rue Brancion, dans un quartier «familial», aux portes ouest de Paris, il s'agit d'un petit cinq et demi de 800 pieds carrés, loué 2169 dollars par mois. Deux minuscules chambres, une salle de bain, une cuisine, un grand séjour et, luxe suprême, 129 pieds carrés de terrasse, en délimitent l'espace. Désormais, Charlotte et Médéric sont à 15 minutes des locaux de France Télévision, la chaîne publique française pour laquelle ils travaillent. Une chance inespérée dans une ville bloquée par les embouteillages matin et soir. Quant à Louise, elle va à l'école la plus proche, à deux minutes de là.

«On fait tout à pied, la rue est très commerçante. Il y a des restaurants, des cinémas, des cafés tout proches et le parc Georges-Brassens juste en face. Le quartier est très bien desservi par les bus et le métro et nous avons un parking dans l'immeuble», analyse Charlotte. Bref, c'est presque l'idéal.

Seulement voilà, «financièrement, c'est tout de même un gouffre», reconnaît-elle en analysant ses factures. En plus du loyer, ils paient 485 $ par an de «charges communes», correspondant au sas d'entrée (un digicode et un interphone qui remplacent souvent les traditionnels concierges), et aux frais d'électricité, d'eau et d'entretien courant de l'immeuble. Enfin, la facture est alourdie par 428 $ annuels de frais pour le ramassage des ordures ménagères (quotidien) et 1060 $ de taxe d'habitation... Pour corser le tout, question vie commune, ce n'est pas un immeuble très riant. «L'autre jour, une voisine avait perdu ses clefs. Elle a frappé à la porte de ses voisins et plusieurs ont refusé de lui ouvrir pour téléphoner», raconte Charlotte.

Mais toujours Paris

Alors pourquoi habiter à Paris? «Parce que tout y est accessible, qu'il y a une vraie vie de quartier. Et puis, il suffit de se promener sur les quais de la Seine, de passer devant la Conciergerie, sur le pont des Arts ou par la cour carrée du Louvre pour comprendre. La ville est superbe et en mouvement perpétuel. Les sorties, la culture, tout y est. On a trois nouvelles adresses de restaurant par semaine, deux expositions, tout est à portée de main», répond Médéric.

N'empêche, comme beaucoup de jeunes couples, ces deux-là envisagent de partir en banlieue proche, de l'autre côté du périphérique. Autant dire le bout du monde pour des Parisiens. Mais ce choix repose sur de sérieux arguments financiers. «Acheter à Paris, cela équivaut à s'installer avec ton banquier tellement les prix sont élevés», explique Médéric. À Malakoff, ancienne banlieue ouvrière située à 500 mètres de là, les tarifs sont de 20 % moins élevés. Reste qu'un pavillon de 1000 pieds carrés se vend 522 716 $, auxquels il faut ajouter de 7 % à 13 % de frais de notaire (ponctionnés sur chaque transaction) et les frais d'agence... sans oublier le coût du crédit!

Ainsi, comme ce couple plutôt aisé, nombre d'habitants des anciens quartiers populaires de la capitale migrent vers les banlieues dont ils font augmenter les prix. Les plus désargentés sont alors progressivement repoussés, toujours plus loin du centre, en troisième, voire en quatrième couronne autour de Paris.

Et de là-bas, pour sûr, le flonflon de l'accordéon n'est plus vraiment audible...

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Premier article d'une série sur l'habitation dans les grandes villes du monde