Claude Ryan, 1925-2004 - «L'homme qui a fait réfléchir les Québécois»

L’ancien premier ministre du Québec Lucien Bouchard figurait au nombre des personnalités venues se recueillir sur la tombe de Claude Ryan.
Photo: Jacques Nadeau L’ancien premier ministre du Québec Lucien Bouchard figurait au nombre des personnalités venues se recueillir sur la tombe de Claude Ryan.

Les drapeaux en bernes devant la basilique Notre-Dame étaient éclaboussés par un vent glacial venu du fleuve. Quelques dizaines de personnes bravaient néanmoins la température, vers 15h00, juste avant que les portes ne s'ouvrent, laissant ainsi la voie libre pour un dernier hommage à Claude Ryan, exposé hier en chapelle ardente.

Les plus âgés se souvenaient du journaliste du Devoir, «véritable phare dans la Révolution tranquille», comme l'exprimait un homme qui faisait la file dehors. Les plus jeunes venaient plutôt démontrer leur admiration pour l'homme d'idées, le politicien surtout. Ce personnage «pas nécessairement joli, mais combien brillant et lucide», soulignait une dame.

Quelques centaines de citoyens sont ainsi venus dire au revoir à Claude Ryan. Parmi les hommes et les femmes publics qui se sont déplacés, Adrienne Clarkson, gouverneure générale du Canada, a été la première à lui témoigner son respect.

«C'était un homme extraordinaire pour notre pays, a-t-elle dit à sa sortie de la basilique. Il n'était pas qu'un journaliste, il a été de toutes les grandes questions de notre temps. C'était un intellectuel engagé, qui vivait selon sa conscience. Un homme intègre qui nous manquera beaucoup.»

Même s'ils n'étaient pas dans la même famille politique, Lucien Bouchard a tenu à saluer «l'homme de conscience et de rigueur» que représentait Claude Ryan. «Il est une référence pour aujourd'hui, mais aussi pour demain. On a tous à apprendre de lui quant à ses qualités d'humaniste», a-t-il dit.

Le hasard a voulu que Lucien Bouchard et Claude Ryan occupent des logements dans le même édifice au cours des cinq dernières années. «Il avait un appartement juste au-dessus du mien! raconte-t-il en souriant. On se croisait régulièrement et oui, on parlait de politique de temps en temps. Mais pas dans le sens de reprendre un débat. Il a été un témoin, un acteur politique et j'ai aussi été un peu mêlé à ça, alors!»

Leurs conversations, volées au détour d'un café dans le logement de Claude Ryan, passaient en revue une panoplie de sujets. «On parlait des journalistes aussi! lance-t-il en boutade aux représentants des médias qui l'entourent. On parlait des jeunes avec qui il a travaillé. Bref, tout le monde y passait. Il était très drôle et fabuleusement intéressant, car mêlé à tout. Son image publique est tout à fait différente de ce qu'il était en privé. Il savait rire, y compris de lui. Je pense que beaucoup de choses qu'il a dites publiquement en politique lui ont desservi parce qu'il voulait rire et qu'en politique il ne faut pas rire, car c'est pas drôle.» Lucien Bouchard retient de Claude Ryan qu'il était «l'homme qui a fait réfléchir les Québécois, les a forcés à analyser et à être moins émotifs».

Quelques ministres du gouvernement Charest ont aussi fait un détour dans le Vieux-Montréal, notamment Michel Audet, ministre du Développement économique et Jacques Chagnon, ministre de la Sécurité publique.

Ce dernier a rappelé que Claude Ryan lui a donné son premier véritable emploi, quand il en a fait son adjoint politique en 1978, juste après la course au leadership du Parti libéral. «Il a été mon mentor, a-t-il dit. J'ai passé trois années très enrichissantes avec lui.» Encore récemment, Jacques Chagnon lui demandait conseil sur la crise à Kanesatake. «Il avait demandé à me voir et on a passé trois heures extraordinaires ensemble», a-t-il raconté.

John Parisella, ancien chef de cabinet de Robert Bourassa, a longuement côtoyé Claude Ryan, Il estime «qu'on perd l'un des grands cerveaux de notre société». «Rares sont les gens qui ont autant influencé leur société. On célèbre des funérailles nationales pour un journaliste, par pour un politicien, car il n'a jamais occupé la fonction ultime de premier ministre. Il a pris part à tous les débats depuis 40 ans. Il mérite le respect que tout le monde lui porte aujourd'hui. Il va me manquer profondément.»

Les funérailles nationales de M. Ryan ont lieu ce matin à 11h00 à la basilique Notre-Dame, dans le Vieux-Montréal.