Claude Ryan, 1925-2004 - Fidèle au catholicisme social

Contrairement à nombre d'autres acteurs de la Révolution tranquille, Claude Ryan a toujours refusé de rompre avec une racine de cette révolution devenue presque honteuse, celle du catholicisme social.

Malgré les railleries sur «la main de Dieu» et autres bondieuseries avec lesquelles on l'associait et le taquinait toujours, Claude Ryan persista à se réclamer de la pensée catholique. Ça en fait «un cas rare», au dire du sociologue Martin Meunier, de l'Université d'Ottawa, coauteur de l'essai Sortir de la grande noirceur (avec JP Warren, Septentrion, 2003) et qui porte sur cet aspect négligé des débuts de la Révolution tranquille. «Ryan n'a jamais rougi de cet engagement passé. Il ne l'a même jamais dissimulé, comme étant une "étape de sa conscience".»

En effet, selon Meunier, dans la même situation, plusieurs ont choisi de dire: «J'ai été un catholique engagé, mais ça n'a été qu'une étape pour comprendre que la vérité se trouvait ailleurs.» Selon Meunier, «on serait surpris de voir le nombre de personnes qui ont, jusqu'à leur jeune trentaine, fortement été impliquées dans l'Église et qui vont, à un moment donné, cesser totalement de faire référence à ce foyer de valeurs et d'idéaux dans lequel ils ont pourtant grandi». Parmi ceux-là, note le sociologue, certains vont adopter le nationalisme alors que d'autres vont opter pour le marxisme, «en développant bien sûr une mauvaise conscience d'avoir été catholiques».

On oublie souvent que c'est «pour redorer l'image catholique du journal» que Claude Ryan, au début des années 60, a été invité à entrer au Devoir par Gérard Filion. C'est Olivier Marcil qui l'affirme, lui qui a publié en 2002 La Raison et l'Équilibre, une étude des éditoriaux de Claude Ryan au Devoir (éd. Varia). Il précise que, bien que catholique, Ryan était en faveur de la «sécularisation de la société». M. Marcil, jeune intellectuel du Parti libéral qui occupe la fonction de directeur de cabinet du ministre Benoît Pelletier, affirme que «l'ossature de la pensée de l'homme est catholique, fondée sur des valeurs chrétiennes», et ce, même dans ses éditoriaux. M. Marcil se lance ensuite dans une liste: «son esprit de modération, de tolérance, d'ouverture à l'autre; sa rigueur, le fait qu'il soit un travailleur acharné, le service désintéressé du public, son engagement envers les plus pauvres de la société, son souci de la justice sociale, son amour des libertés individuelles, etc.».

Enfin, pour Marco Veilleux, jeune intellectuel catholique qui travaille entre autres pour la revue Relations, Ryan était un des derniers «grands inspirateurs» du catholicisme au Québec, avec Jacques Grand'Maison et Hélène Pelletier-Baillargeon.

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Trois livres à paraître bientôt

Trois livres de Claude Ryan seront publiés dans les deux années qui viennent aux éditions Novalis. On sait que l'ancien directeur du Devoir, travailleur infatigable, a travaillé jusqu'à la fin à la traduction d'une quinzaine de grands sermons, non disponibles en français, de son maître à penser, le cardinal Newman, important ecclésiastique du XIXe siècle. Les théories de Newman ont jeté les bases du discours social de l'Église catholique. «Il m'a envoyé 10 sermons achevés. Je sais qu'il en avait encore huit sur sa table de travail et il prévoyait en traduire encore deux ou trois», dit Michel Maillé, des éditions Novalis, précisant que «M. Ryan a pressenti des personnes qui vont compléter l'oeuvre». Le livre devrait paraître à l'automne 2004. Aussi prévu pour cet automne, un recueil d'une vingtaine d'interventions publiques récentes de Claude Ryan regroupées autour de quelques grands thèmes, soit «croire aujourd'hui», «le laïcat» et «le rapport foi et politique». Novalis publiera aussi en 2005 un important livre conçu à partir des notes de cours de Claude Ryan sur la Doctrine sociale de l'Église, cours qu'il a donné à l'automne 2001 à l'Université McGill.
1 commentaire
  • Bruno Déry - Inscrit 11 février 2004 18 h 54

    Une lucidité perçante

    J'ai toujours apprécié l'opinion de M. Ryan pour la profonde sagesse et la lucidité que chacun de ses textes dégageaient. Certains livres, paginés de la page 1 à 100, contiennent parfois plus d'un million de page. M. Ryan avait l'art d'expliquer brièvement de grandes idées et de laisser une grande place à l'approfondissement par le lecteur à travers le million de pages de sa pensée. M. Ryan n'a jamais sous estimé l'intelligence des gens, même s'il a dû être déçu à de nombreuses reprises.

    Si M. Ryan était peu loquace publiquement sur sa fervente foi catholique, c'est sans doute afin de mieux faire accepter la grande sagesse que la foi referme sans faire fuir les gens comme les Témoins de Jéhovah le font. Je crois que l'inspiration de sa foi l'a toujours accompagné dans ses textes, comme un filigrane invisible à beaucoup, mais clair pour lui et pour certains.

    Merci M. Ryan pour les dons que vous avez su faire profiter vos concitoyens. Votre travail aura toujours réussi à faire coïncider foi, sagesse, logique, humanité.