Des métadonnées qui en disent long

Les données sur l’utilisation du téléphone « intelligent » de 800 volontaires révèlent facilement des informations personnelles, dont des problèmes cardiaques et des liaisons amoureuses.
Photo: Lluis Gene Agence France-Presse Les données sur l’utilisation du téléphone « intelligent » de 800 volontaires révèlent facilement des informations personnelles, dont des problèmes cardiaques et des liaisons amoureuses.

Les gouvernements devraient suspendre les programmes de collectes à des fins de surveillance des métadonnées produites par les téléphones dits intelligents de chaque citoyen désormais branché, estime un groupe de scientifiques de l’Université de Stanford, aux États-Unis.

Étude en main, ils concluent que ces informations techniques liées à nos échanges en ligne permettent de dresser des profils beaucoup trop précis des habitudes de vie, des relations sociales, tout comme des préoccupations sociales ou personnelles des propriétaires de ces téléphones, et ce, de manière contradictoire avec ce que prétendent les services de renseignement à travers le monde tout comme au Canada. Ces organismes profitent de cadres légaux favorisant la collecte de métadonnées et jurent ne pas pouvoir entrer dans l’intimité des gens sur la seule base de ces données techniques.

Les métadonnées se trouvent aujourd'hui au cœur de stratégies de renseignement pas toujours efficaces

 

« J’ai été étonné de la facilité avec laquelle nous avons réussi à obtenir des informations sensibles sur les gens », a résumé Patrick Mutchler, spécialiste en sécurité informatique et coauteur de cette analyse dont les détails viennent d’être publiés dans la revue savante Proceedings of the National Academy of Sciences (PNAS).

Liaisons, arme à feu et problèmes cardiaques

Les traces de socialisation numérique ne sont pas à prendre à la légère. Pour arriver à cette conclusion, les scientifiques de l’Université Stanford ont installé une application dans les téléphones de 800 volontaires afin de suivre leurs échanges numériques, qui ont généré 250 000 appels et 1,2 million de textos. L’analyse des métadonnées, comprenant le numéro de l’appelant et de la personne appelée, l’heure de l’appel, l’emplacement physique, le numéro de série de l’appareil, le numéro de la carte d’appel, mais également les informations partagées dans les réseaux sociaux par l’entremise de ces appareils, a permis d’identifier clairement les relations entre des individus et leurs préoccupations. Les chercheurs ont déduit, entre autres, qu’un des participants avait des problèmes cardiaques, qu’un autre possédait une arme à feu, et ont révélé les couples ou amants, sur la seule base de ces données qui n’ont, en apparence, qu’une dimension très technique.

« Les métadonnées d’un téléphone sont densément interconnectées, facilement ré-identifiables et indiquent de manière évidente la localisation, les relations et les interactions sensibles d’un individu, peut-on lire dans l’étude. Les métadonnées se trouvent aujourd’hui au coeur de stratégies de renseignement pas toujours efficaces. Les résultats de nos recherches devraient inciter les décideurs à suspendre, voire à ne plus autoriser ce genre de programmes. »

Outre les organismes publics, dans le cadre de programmes de surveillance, plusieurs entreprises privées collectent également ce genre de données par l’entremise d’applications de jeux, de services ou d’actualités téléchargées dans les téléphones. Cette analyse confirme également qu’en scrutant les métadonnées d’une seule personne, il est possible d’en suivre plusieurs centaines d’autres qui se trouvent dans ses cercles de relations.

Au Canada, le Commissariat à la protection de la vie privée met en garde régulièrement les organismes publics et privés contre « l’ampleur de l’information que les métadonnées peuvent révéler au sujet d’un individu » et les invite à les manipuler avec prudence.

1 commentaire
  • Sylvain Dionne - Inscrit 19 mai 2016 09 h 18

    Exclusion sociale en vue

    Imaginez les compagnies d'assurances ou des employeurs potentiels mettant la main sur ces métadonnées... Si on a tendance à exagérer ses émotions dans les textos ou courriels pour les colorer, ça augure bien mal. Tout sera décidé à notre insu sans que l'on puisse expliquer quoi que ce soit sur le contexte. Méchante dictature en préparation.

    Donc dans les prochaines communications: La santé est bonne? Oui! Vous êtes heureux? Oui! Le gouvernement est bon? Oui! Votre employeur vous traite comme un(e) roi/reine? Oui! :-) :-) :-)