Entretien - De l'art subtil de réchauffer son moteur...

Un moteur froid émet autant de gaz carbonique en une minute qu'un moteur chaud en cinq heures!

Soyons direct: la plupart des gens ne s'y prennent pas de la bonne façon pour réchauffer leur moteur d'automobile en hiver!

Dans notre dernière chronique, nous avons vu que l'eau du radiateur, chauffée par le moteur, servait aussi à réchauffer l'habitacle de votre auto. Ce qui veut dire que tant que le moteur n'est pas chaud, on ne peut pas chauffer l'auto. Par temps froid, on a donc la réaction bien naturelle de faire démarrer le moteur à l'avance et de le laisser tourner au ralenti, surtout avec l'avènement des démarreurs à distance. Or, nous sommes désolé de vous décevoir, cher lecteur, mais ce comportement est à bannir totalement...

Pourquoi? Parce qu'un moteur froid qui se réchauffe uniquement en tournant au ralenti pollue de façon phénoménale. Heureusement, nous verrons qu'il y a d'autres façons de réchauffer rapidement son moteur sans pour autant réchauffer la planète...

Temps froid et pollution

Un moteur froid pollue beaucoup plus qu'un moteur chaud. Cela s'explique par divers facteurs, mais concentrons-nous sur le principal: le convertisseur catalytique (CC). À chaud, le CC est extrêmement efficace pour contrecarrer la formation des principaux gaz qui contribuent au smog et à l'effet de serre. À froid, par contre, le CC ne sert pratiquement à rien. Ainsi, un moteur froid émet autant de gaz carbonique en une minute qu'un moteur chaud en cinq heures! Mais il y a pire... À froid, le CC favorise la formation de NO2, un gaz à effet de serre 320 fois plus puissant encore que le gaz carbonique.

Bref, un moteur qui tourne à froid pendant de longues minutes pollue énormément. Ajoutons à cela la consommation d'essence qui augmente de plusieurs dizaines de litres par année et les frais afférents, et on a beaucoup de bonnes raisons d'éviter de laisser tourner au ralenti un moteur froid.

Que faire alors?

La solution est toute simple: il s'agit de faire démarrer le moteur, puis de prendre rapidement la route...

À -10ûC, si vous laissez tourner au ralenti votre moteur, il mettra plus de 20 minutes pour atteindre sa température normale de fonctionnement. En prenant immédiatement la route — et en conduisant de façon appropriée — vous pourrez obtenir le même résultat en cinq minutes!

Au bout de trois ou quatre minutes, en fait, le moteur sera déjà suffisamment chaud pour distribuer une chaleur bienfaisante dans l'habitacle, même par des températures sibériennes comme celles que l'on vient de connaître. De même, le CC sera lui aussi fonctionnel beaucoup plus rapidement.

«Oui, mais, vous entends-je répliquer, on m'a toujours dit que ça n'était pas bon de prendre la route avec un moteur froid!» Eh bien, c'est faux!

Comprenez votre moteur...

Ce qui est vrai, c'est qu'il ne faut pas faire tourner un moteur froid à haut régime. Si vous démarrez par -30ûC et faites tout de suite grimper le régime moteur à 6000 tr/min, vous risquez de vous retrouver avec un vilebrequin sur la chaussée... Il faut donc y aller mollo au début, notamment pour permettre à l'huile épaissie par le froid de devenir plus fluide. Mais de là à attendre que le moteur soit complètement chaud avant de prendre la route, il y a une marge...

En route!

Pour que le moteur se réchauffe rapidement en prenant la route, il faut le faire tourner à régime moyen aussi souvent possible. Que veut-on dire par régime moyen? Disons la moitié du régime indiqué par la zone rouge du compte-tours. Sur la majorité des moteurs à essence, cela correspond à environ 3000 tr/min.

En pratique, donc, faites démarrer le moteur et laissez-le tourner au ralenti une minute (deux au plus par temps très froid). Ensuite, prenez la route et faites tourner le moteur au moins au tiers de son régime zone rouge (environ 2000 tr/min) pendant une autre minute. Puis, passez à un régime moyen (3000 tr/min) aussi souvent que possible.

Jusqu'à ce que le moteur ait atteint sa température normale ou presque, ne faites fonctionner le ventilateur de chauffage qu'à bas régime.

Au risque de nous répéter, soulignons encore qu'il est important de faire tourner le moteur à régime raisonnablement élevé pour obtenir un réchauffement rapide. Alors, rétrogradez d'un rapport, s'il le faut (roulez en première plutôt qu'en deuxième, en deuxième plutôt qu'en troisième, etc.). Avec une auto à transmission automatique, sélectionnez aussi un rapport plus bas (souvent indiqué par 1 ou 2) et ne remettez la position normale (D) que lorsque le moteur est chaud ou si vous roulez sur la grand-route à plus de 100 km/h.

Quand on y pense, il est tout à fait logique qu'un moteur se réchauffe trois fois plus vite à 3000 tr/min qu'à 1000 tr/min. Si on ajoute le fait que le moteur doit évidemment travailler plus fort en marche qu'à l'arrêt pour faire tourner les roues, combattre la résistance de la neige et de l'air, on comprend que la période de réchauffement puisse être jusqu'à quatre et même cinq fois plus rapide.

Faites vos propres essais

Le fait de laisser réchauffer son moteur au ralenti est un geste apparemment anodin, voire romantique, puisqu'il permet d'inviter son conjoint, ses enfants, ses amis à prendre place dans une auto déjà chaude. Mais quand on comprend l'ampleur de la pollution générée par ce geste, il faut trouver des solutions de rechange. En toute logique, on ne peut pas être contre la centrale au gaz du Suroît et pour les démarreurs à distance...

Alors, faites vos propres essais. Vous serez surpris de voir à quelle vitesse votre auto se réchauffera si vous prenez la route rapidement et si vous faites tourner le moteur à bon régime. Écrivez-nous pour nous faire part de vos observations ou commentaires.

redaction@ledevoir.com
1 commentaire
  • Laurent Ricard - Abonné 11 février 2004 12 h 17

    Romantisme mal placé.....

    J'ai lu avec intérêt vos articles sur le sujet. Il ne faut pas attendre d'être au pied du mur. Il faut se responsabiliser en tant que consommateurs et agir tout de suite. Voilà une solution concrète.

    Il ne faut rien attendre de nos élus....une Loi du gouvernement bannisant ces démarreurs...c'est presque utopique. La baisse des ventes serait un bon message aux fabriquants qui, je le souhaite naivement, je sais, se recycleront peut-être dans une avenue plus saine pour tous.

    Notre aveuglement, notre inconscience, nous porte facilement à développer des routines quotidiennes comme une de celle que vous mentionnez. Déployons notre romantisme ailleurs qu'autour de l'auto...... ! Merci de nous éclairer et j'espère que les journalistes de La Presse, du Journal de Montréal, Du Soleil, du Globe & Mail, etc.... sauront en faire bénéficier leur clientèle respective. Qu'en pensez-vous ? Est-ce possible à penser ?
    Bonne journée,
    Lise