Une famille rom lance un ultime appel à l’aide

Gilda Lakatos (à gauche), en compagnie de l’intervenante Mary Foster, de Solidarité sans frontières
Photo: Jacques Nadeau Le Devoir Gilda Lakatos (à gauche), en compagnie de l’intervenante Mary Foster, de Solidarité sans frontières

Une famille rom de Hongrie implore le premier ministre Trudeau de revenir sur la décision prise par l’ancien gouvernement conservateur de la déporter. Si le gouvernement libéral n’intervient pas, Katalin Lakatos et sa fille Gilda seront expulsées du pays jeudi et rejoindront ainsi le père et le fils de la famille, qui ont été déportés en mars dernier.

« Si [le gouvernement libéral] veut rompre avec ce que j’appellerais les pratiques racistes du précédent gouvernement conservateur, qui refusait systématiquement les demandes des Roms, il peut le faire maintenant en commençant avec cette demande », a dit Jaggi Singh, de Solidarité sans frontières (SSF), un organisme qui soutient la famille Lakatos dans sa démarche. Il s’adresse directement au premier ministre Trudeau, de même qu’aux ministres de l’Immigration et de la Sécurité publique, respectivement John McCallum et Ralph Goodale, pour qu’ils empêchent carrément la déportation.

En Hongrie, où elle vivait, la famille Lakatos dit avoir été victime de racisme, ce qui a empoisonné sa vie. Pauvreté, violence physique et verbale, éducation peu accessible… « À l’école, on [les Roms] ne pouvait pas se mélanger avec les autres étudiants. On était laissés à nous-mêmes », explique Gilda Lakatos, âgée de 17 ans, lors d’une conférence de presse. Elle et sa mère Katalin ont vécu des menaces de violences sexuelles de la part de la police. « On me disait que j’étais une pute », raconte Mme Lakatos.

En 2004, le fils aîné, âgé de 21 ans, se suicide, affaibli psychologiquement par le harcèlement de la police, selon sa mère. Au tout début de l’année 2011, son deuxième fils, ayant de graves problèmes de santé, a sombré dans un coma et n’aurait pas été soigné adéquatement par les médecins. « C’est à cause du racisme, de comment on nous traite », déplore Mme Lakatos.

Une nouvelle vie

Pour les Lakatos, c’est la goutte qui a fait déborder le vase. Les quatre membres de la famille ont débarqué au Canada quelques mois plus tard, en juin 2011, demandant le statut de réfugié. Dans l’intervalle, Gilda et son frère ont fréquenté l’école secondaire Henri-Bourassa à Montréal et leurs parents ont occupé de petits boulots. Après quatre ans d’attente, en avril 2015, leur demande d’asile est refusée. L’été passe et la famille Lakatos, déterminée à rester, dépose une demande de résidence permanente pour motif humanitaire en septembre dernier. Un mois plus tard, elle reçoit plutôt un avis de déportation. Qu’à cela ne tienne, elle ne quittera pas le pays.

Au début de 2016, en mars, des policiers effectuant un contrôle de routine arrêtent les deux hommes de la famille Lakatos alors qu’ils se rendaient en voiture au travail. Puisqu’ils sont sans-papiers, ils sont emmenés au Centre de détention de l’immigration de Laval et sont déportés quelques jours plus tard. C’est maintenant le même sort qui attend Katalin et sa fille Gilda. « Je ne veux pas partir, j’ai tellement peur », dit Gilda, qui dit vouloir finir sa 5e secondaire avec ses amis et poursuivre ses études. Pendant ce temps en Hongrie, son père et son frère demeurent temporairement chez des amis et n’ont pas pu trouver du boulot. Gilda et sa mère veulent non seulement rester au Canada, mais y faire revenir le fils et le père.

Discrimination

Solidarité sans frontières se réjouit du fait que le Canada ouvre ses portes aux Syriens, mais déplore que les Roms soient une catégorie de réfugiés particulièrement discriminée. « Il y a des préjugés à chaque niveau contre les Roms. Celui des avocats qui ne font pas le travail comme il faut, celui des commissaires qui ont une attitude négative, et des agents migratoires qui ne veulent pas les croire », s’indigne Mary Foster, de SSF. Elle rappelle que le gouvernement Harper a, par le passé, financé de la publicité en Hongrie pour les décourager d’immigrer au Canada. L’ex-ministre de l’Immigration, Jason Kenney, avait par ailleurs déjà affirmé que les Roms « abusaient » du système d’immigration canadien et qu’ils étaient de « faux réfugiés [“bogus”] ».

Rendue publique par des chercheurs de Toronto en 2015, une étude sur la discrimination systémique envers les réfugiés roms venus de Hongrie a démontré que sur 11 000 demandes d’asile entre 2008 et 2012, à peine 8,6 % ont été acceptées, tandis que plus de la moitié ont été abandonnées.

Les chercheurs ont également conclu que les Roms étaient automatiquement considérés comme peu crédibles aux yeux de l’Immigration et qu’ils étaient dépeints comme des voleurs venant profiter des programmes sociaux.

Le ministère de la Sécurité publique, qui a autorité dans ce dossier, n’avait pas émis de commentaire au moment d’écrire ces lignes.

Les Roms de Hongrie sous pression

39% des hommes roms sont sans emploi

82% des ménages roms sont à haut risque de pauvreté

33% des femmes roms décrochent de l’école avant l’âge de 16 ans

Source: Agence des droits fondamentaux de l’Union européenne, 2011
4 commentaires
  • Gilles Théberge - Abonné 11 mai 2016 10 h 27

    Des vrais réfugiés

    Ce sont de vrais réfugiés...

    Voyons voir ce que Trudeau fera!

    • Marc-André Demers - Inscrit 11 mai 2016 12 h 47

      Qui sont les «faux» réfugiés selon votre logique, Gilles Théberge?

  • Sylvain Auclair - Abonné 11 mai 2016 13 h 10

    Jó szerencsét!

    Bonne chance!

  • Normand Renaud - Inscrit 11 mai 2016 20 h 57

    Deux visions

    Le père et le fils ont été dporté officiellement sous l'ère de Justin Trudeau.
    Une raison du refus évoquée, serait que cette communauté viendrait tirer avantage de nos services sociaux.
    Sauf erreur, l'immigration légale vient ici aussi pour en tirer avantage, pourquoi alors maintenir ce refus pour ces Roms.
    Maintenant est-ce que le gouvernement Trudeau va suivre sa logique d'ouverture pour les deux femmes alors qu'il ne l'a pas fait pour les deux membres masculin?