Les autorités entrevoient une accalmie

Des policiers de la GRC examinent les ruines de maisons détruites par l’incendie qui sévit à Fort McMurray.
Photo: GRC Alberta / Agence France-Presse Des policiers de la GRC examinent les ruines de maisons détruites par l’incendie qui sévit à Fort McMurray.

Après avoir travaillé d’arrache-pied au cours de la dernière semaine sans voir tous leurs efforts récompensés, les autorités de l’Alberta ont eu deux raisons de se réjouir dimanche : les sinistrés coincés au nord de Fort McMurray ont tous été évacués et l’incendie qui ravage une partie de la province a progressé moins que prévu grâce à un temps plus favorable.

La première ministre de l’Alberta, Rachel Notley, a commencé dimanche son point de presse avec une rare bonne nouvelle. « Notre objectif premier hier [samedi] était de compléter l’évacuation des 25 000 résidants qui étaient déplacés au nord de Fort McMurray. Et je suis heureuse d’affirmer que cette opération est un succès », a-t-elle déclaré, en précisant que le transport des sinistrés sur la route 63 ou par la voie des airs s’est conclu dimanche matin.

Elle a une fois de plus salué le travail effectué par les pompiers et remercié les Canadiens pour leur générosité — « Merci pour votre solidarité, nos amis de Lac-Mégantic », a-t-elle glissé en français —, mais son visage s’est assombri en évoquant les décès d’Emily Ryan et Aaron Hodgson, qui ont tous deux perdu la vie mercredi dernier dans un accident de la route en tentant de fuir Fort McMurray.

« C’est la fête des Mères. J’espère, malgré cette crise, pouvoir passer quelques minutes avec mes enfants, a-t-elle confié, les larmes aux yeux. Le fait que tout le monde ne puisse pas en faire autant est une tragédie épouvantable. »

Mme Notley se rendra à Fort McMurray ce lundi pour constater l’ampleur des dégâts. Elle sera accompagnée de quelques représentants des médias, qui transmettront aux résidants les premières images de leur ville dévastée. Ceux-ci ne pourront cependant pas réintégrer leur demeure avant plusieurs jours. Lorsque le danger sera totalement écarté, les inspecteurs devront vérifier l’état des bâtiments toujours debout.

Aucun échéancier de réintégration de la ville n’est arrêté, mais « nous voulons procéder le plus rapidement possible », a dit Scott Long, de l’Agence de gestion des urgences de l’Alberta.

Progression freinée

L’autre bonne nouvelle concerne l’ampleur du brasier, dont la progression a été moins fulgurante que prévu. La superficie couverte par les feux de forêt atteint maintenant plus de 1600 kilomètres carrés et s’étend vers l’est, à une trentaine de kilomètres de la frontière saskatchewanaise.

Grâce au travail des pompiers déployés sur le terrain et au temps plus frais et humide, l’incendie a été maintenu « mieux que prévu », a affirmé Chad Morrison, de l’agence albertaine de lutte contre les incendies de forêt. Dimanche, 31 des 34 feux actifs sur le territoire de l’Alberta étaient maintenus ou contrôlés.

Avec les températures en deçà des normales saisonnières qui sont prévues dans les prochaines semaines, les pompiers ont bon espoir de réaliser d’importants progrès, a ajouté M. Morrison. Cela dit, il faudra encore des mois pour venir à bout de l’incendie qu’on surnomme « la bête ».

« Nous franchissons peut-être une étape importante, mais il est trop tôt pour crier victoire, a déclaré le ministre fédéral de la Sécurité publique, Ralph Goodale. Il y a encore beaucoup de travail à faire. » M. Goodale a rappelé que la route dans laquelle s’engagent les sinistrés « sera longue et difficile », mais il a promis que le gouvernement fédéral sera « là aussi longtemps qu’il le faudra pour bien faire les choses ».

Dimanche, la fumée provoquée par le vaste incendie a par ailleurs forcé Environnement Canada à publier des avertissements concernant la dégradation de la qualité de l’air et de la visibilité pour les régions du nord-est de l’Alberta et du nord-ouest de la Saskatchewan.

Suncor, qui a suspendu ses activités, a annoncé de son côté avoir évacué 10 000 personnes. La pétrolière a indiqué que le feu avait « rejoint l’extrémité est de la mine à l’usine de base des sables pétrolifères ». Face à l’avancée des feux, Suncor, en contact avec les services de secours, a aménagé les abords des sites « pour protéger les employés et nos actifs » en dégageant de larges bandes de forêts et de broussailles. « Aucun actif de Suncor n’a subi de dommages », a-t-on précisé.

Déchets radioactifs

L’incendie soulève également des inquiétudes en ce qui concerne les quelque 43 200 mètres cubes de déchets radioactifs de faible activité qui se trouvent dans un dépotoir de Fort McMurray. « Il semble que le site ait été affecté par les feux », a indiqué à Radio-Canada la directrice des communications d’Énergie atomique du Canada Limitée, Maude-Émilie Pagé. Ces feux « ne posent aucun risque immédiat pour la santé et la sécurité de la population et de l’environnement », puisque la cellule qui contient les déchets en question n’est pas directement touchée par les flammes. « Nous continuons à suivre la situation de près », a-t-elle précisé.

Avec Agence France-Presse

La forêt boréale québécoise en observation

Le ministre fédéral de la Sécurité publique, Ralph Goodale, a profité dimanche de son point de presse sur la situation en Alberta pour adresser une mise en garde à l’ensemble des Canadiens. Il a prédit un « été chaud » à travers le Canada, évoquant notamment le besoin de surveiller la forêt boréale québécoise. Du côté de la Société de protection des forêts contre le feu (SOPFEU), on affirme qu’il est trop tôt pour craindre des incendies de grande ampleur. « On aime mieux analyser ce qui se présente au fur et à mesure. Nous ne sommes pas à l’abri, mais pour l’instant, on n’en est pas là. On reste vigilants », a expliqué le porte-parole Robert Lemay. La forêt boréale québécoise est à risque puisqu’elle est composée de conifères, qui s’enflamment plus rapidement que les feuillus.
1 commentaire
  • Yves Côté - Abonné 9 mai 2016 02 h 54

    Un béluga québécois se demande...

    Au moins un béluga québécois se demande comment donc un tel brasier en intensité et en surface a bien pu s'installer sans que les actions des soldats du feu ne soient efficaces sur celui-ci ?
    Sécheresse historique, dépot exceptionel et imprévisible de feuilles sèches sur le sol de la forêt, mains criminelles sont donnés en hypothèses.
    Mais reste qu'à l'observation des choses albertaines, le béluga en question ne cesse de rester pour le moins dubitatif ... Quelque chose lui apparaît manquer dans le casse-tête en question.
    Mais quoi, mais quoi ?
    Alors, et si un jour, autrefois, naguère, il n'y a peut-être pas si longtemps que cela au fond, autrement dit avant-hier, ou même hier, des sables bitumineux avaient été répandus dans ces lieux forestiers pour éviter les coûts élevés de dépollution aux hydrocarbures ?
    Au fond, c'est juste une question comme ça.
    Comme une hypothèse de recherche de plus qui serait exposée aux experts.
    Impossible !, crierons certains.
    Oui, sans doute. Mais qui seront ceux-ci ?
    A ces experts dont ne fait certainement pas partie notre béluga, à l'observation des comportements pour le moins chaotiques scientifiquement de l'exploitation pétrolière albertaine, "chaotiques" étant ici un mot poli pour illustrer la sauvagerie financière des décideurs économiques et politiques de cette province, cette hypothèse ne peut-elle pas s'ajouter aux autres ?
    S'y additionner pour, disons, essayer de voir un peu clair dans cette tragédie canadienne sans nom qui ne cesse de s'amplifier ?
    Parce que le drame en question apparaît d'une exceptionalité si grande, qu'elle ne peut que faire se questionner sérieusement sur ses aspects d'imprévisibilité qui ne cessent d'être annoncée avec application par les autorités...
    Après tout, la vie ne nous montre-t-elle pas qu'il n'y a jamais aussi grand aveugle que cette personne qui se ferme les yeux, en ajoutant à cela l'écran de ses deux mains.
    Ce n'est qu'une hypothèse.

    Merci de m'avoir lu.