L’aide s’organise pour les sinistrés

Le premier convoi de 50 véhicules est passé à travers la ville à environ 6 h. Il était escorté par la Gendarmerie royale du Canada et un hélicoptère de police surveillait le risque d’un éventuel changement dans la direction des vents.
Photo: Cole Burston Agence France-Presse Le premier convoi de 50 véhicules est passé à travers la ville à environ 6 h. Il était escorté par la Gendarmerie royale du Canada et un hélicoptère de police surveillait le risque d’un éventuel changement dans la direction des vents.

Dans le nord-est de la ville d’Edmonton, le camp de sinistrés installé au Centre d’exposition Northlands semble fonctionner au quart de tour en ce vendredi. Ici, on s’attend à ce que des centaines de personnes en route dans les convois routiers arrivent au cours du week-end.

En soirée, plusieurs automobilistes arrivés du nord se sont mêlés aux 4400 personnes hébergées sur les lieux. D’autres ont débarqué de vols nolisés, qui acceptent exceptionnellement les chiens en cabine.

Entre ces murs se trouvent des intervenants pour le soutien psychologique, mais le site est interdit aux médias. Des sinistrés abordés dans le stationnement n’ont que des bons mots pour l’organisation, et confirment qu’ils reçoivent tout ce dont ils ont besoin de la part d’organismes de charité.

Malgré tout, des citoyens convergent vers Northlands pour offrir de l’aide. C’est le cas de Josée Bédard et Éric Béchard, couple qui a habité une dizaine d’années à Fort McMurray avant de s’installer à Edmonton. Dans la boîte de leur camionnette sont empilés des sous-vêtements neufs. « Normalement, je vends ces sous-vêtements dans les marchés », raconte Josée, entre deux passages de sinistrés. Le Centre leur a déjà indiqué qu’il n’acceptait pas les dons sur place, mais pas question de partir. « On ne peut pas donner grand-chose, mais on donne ce qu’on peut », ajoute Éric. Il s’inquiète du même souffle que ses collègues d’une mine de l’industrie des sables bitumineux ne reçoivent pas une pleine compensation pour leur maison. « Déjà, avec le ralentissement de l’économie, certains ont perdu beaucoup d’argent. »

Photo: Boris Proulx Le Devoir À Edmonton, des milliers de personnes se sont réunies pour déguster des crêpes à l’invitation du maire, Don Iveson. Spatule à la main, il discute avec la chef intérimaire du Parti conservateur du Canada, Rona Ambrose.

Dons et compassion

Place Churchill, au coeur du centre-ville d’Edmonton, des milliers de personnes sont réunies pour déguster des crêpes à l’invitation du maire, Don Iveson. Spatule en main, il discute avec la chef intérimaire du Parti conservateur du Canada, Rona Ambrose, tout en servant le déjeuner à ceux qui ont fait un don de 5 $ à la Croix-Rouge. Les politiciens ne s’échangent pas de politesses, mais plutôt des nouvelles de leurs connaissances communes à Fort McMurray. « Tu savais que sa maison a brûlé au complet ? » demande le maire à celle qui est aussi députée fédérale d’une banlieue d’Edmonton. Plus loin, on peut apercevoir le député libéral Randy Boissonneault faire tourner des crêpes avec le même air grave. L’argent amassé ici s’ajoutera aux 24 millions de dollars en dons individuels déjà reçus par la Croix-Rouge canadienne. En ajoutant les 6 millions en dons corporatifs, 30 millions de dollars ont été ammassés jusqu’à maintenant.

Ottawa doublera les dons individuels faits d’ici la fin du mois de mai, sans imposer de plafond à sa contribution. Le gouvernement de l’Alberta fera de même, ce qui signifie que la Croix-Rouge recevra 3 $ pour chaque dollar versé par des Canadiens.

Photo: Boris Proulx Le Devoir À Edmonton, tous les efforts sont déployés pour la gestion des sinistrés.

Laila Goodridge se démarque des autres bénévoles, tous habillés de jaune. Francophone et originaire de Fort McMurray, elle a plutôt choisi de porter un t-shirt sur lequel on peut lire un slogan de soutien à l’industrie pétrolière. Après avoir travaillé un temps à Ottawa, elle était depuis peu de retour dans la région pétrolifère de son enfance pour y trouver de l’emploi. Ironie du sort, c’est au moment du retour que sa ville est passée sous les flammes.

« J’ai vu dans les médias que les gens de Lac-Mégantic se mobilisent pour nous autres. Ça m’a fait pleurer. Ça me rend fière d’être Canadienne », s’enthousiasme-t-elle. Le parallèle entre les deux villes lui semble évident. « Lac-Mégantic, c’est une ville industrielle et un peu isolée. Exactement comme Fort McMurray. »

Toute sa famille est saine et sauve à Edmonton, où elle est hébergée chez des amis. L’exil risque toutefois d’être long. Elle s’inquiète du fait que son petit frère, qui devait terminer l’école secondaire cette année, doive maintenant trouver une école dans la capitale albertaine. Vérification faite auprès du Conseil scolaire Centre-Nord, qui gère les écoles francophones d’Edmonton, toutes les écoles sont prêtes à recevoir des élèves de Fort McMurray. « Ça aide un peu, d’être francophone, sourit Laila. Quand on a appelé les assurances, on a pu avoir une ligne plus rapidement parce qu’on parlait français. »

Photo: Boris Proulx Le Devoir Place Churchill, au coeur du centre-ville d’Edmonton, des milliers de personnes se sont réunies pour déguster des crêpes à l’invitation du maire, Don Iveson.