Après une longue route, les évacués arrivent à Edmonton

La Franco-Albertaine Yvonne Irwin est au comptoir de la Edmonton Emergency Relief Services Society, au service des évacués.
Photo: Boris Proulx La Franco-Albertaine Yvonne Irwin est au comptoir de la Edmonton Emergency Relief Services Society, au service des évacués.

Exténués après avoir conduit parfois jusqu’à 13 h sur des autoroutes congestionnées, les résidants évacués de Fort McMurray arrivent à Edmonton, où une partie du Centre Northlands a été reconvertie en abri temporaire. Dans la capitale albertaine, on s’organise pour héberger amis, famille et animaux domestiques.

L’endroit n’avait pas été aussi achalandé depuis le dernier match des Oilers d’Edmonton disputé à la Place Rexall, partie du vaste complexe Northlands, qui comprend également un centre d’exposition. Des autobus y déposent une partie des 80 000 habitants de Fort McMurray qui ont été forcés de quitter leur ville en catastrophe la veille. D’autres arrivent en voiture, remplissant un stationnement déjà encombré de camions qui déchargent le nécessaire pour le centre d’accueil et de taxis prêts à offrir des courses gratuites aux rescapés des feux de forêt.

La mine abattue, un père de famille fait l’inventaire de ce qui se trouve dans le coffre de sa voiture, soit tout ce qu’il a pu emporter avec lui dans le chaos de l’évacuation. « Je n’ai jamais vu une telle panique », raconte Augustin Onwuegbuzie, encore ébranlé par sa journée de mardi. L’employé du gouvernement albertain a adopté Fort McMurray il y a deux ans et n’aurait jamais imaginé avoir à quitter la ville aussi vite. Sa famille est partie en voiture en fin d’après-midi, après que l’ordre d’évacuation eut été donné pour l’ensemble de la ville. La route a été longue vers Edmonton : plus de 12 heures, au lieu des 4,5 habituelles.

Photo: Boris Proulx « Je n'ai jamais vu une telle panique », raconte Augustin Onwuegbuzie (à gauche), en compagnie de sa famille.

Aux prises avec une panne d’essence à environ 200 kilomètres sur la route vers le sud, il a dû marcher les quatre derniers kilomètres qui le séparaient du village de Wandering River pour chercher du carburant, laissant sa conjointe et ses deux filles dans la voiture. Il y est arrivé à temps, puisque à 23 h mardi soir, la radio a annoncé que cette station était désormais à sec, comme pratiquement toutes celles de Fort McMurray et le long de l’autoroute qui mène vers Edmonton. « J’habite au centre-ville. Nous avons bon espoir que notre maison restera intacte », espère-t-il, conscient que tous n’auront pas cette chance. Des quartiers complets comme Timberlea, Beaconhills ou Abasands seraient détruits à 50, voire 80 %, selon les estimations des autorités.


Surprise totale

« Nous avons roulé à travers les feux. Il y avait des bâtiments en flammes de chaque côté, témoigne Erwin Buarna, tout sourire malgré les circonstances. Il ignore toujours si sa maison fait partie des quelque 1600 incendiées, selon le dernier bilan. Je suis juste heureux que ma famille soit en sécurité. »
 

Nous avons roulé à travers les feux. Il y avait des bâtiments en flammes de chaque côté.

À peine 24 heures plus tôt, il était au travail, au supermarché Superstore de Fort McMurray. Les colonnes de fumée signalaient la proximité du danger, mais tous croyaient que la situation serait maîtrisée. La surprise a été totale. « À l’heure du lunch, les vents ont changé de direction. Il devenait clair que nous étions en danger. »

Avec sa femme Robia et son fils Shane, il prend maintenant la direction du centre d’exposition Northlands pour s’y installer pour la nuit. Dans ses mains, quelques sacs de plastique contenant les seules possessions que la famille a pu emporter. « Je nous considère comme chanceux, lance Robia avant d’entrer. Nous avons des amis qui sont toujours coincés sur la route. »
 

Photo: Boris Proulx La famille Buarna, dans le stationnement du Centre Northlands, converti en abri temporaire


Communauté mobilisée

Mercredi, tout Edmonton semble mobilisé pour venir en aide aux sinistrés. À la radio locale et sur les réseaux sociaux comme Twitter et Facebook, des Edmontoniens offrent le gîte à des inconnus dans le besoin. Alors que certains offrent leur sous-sol ou leur chambre d’amis, d’autres prêtent leur terrain à ceux qui ont fait le chemin avec leur chien. Le chenil Dogtrix Doggy Daycare de Fort Saskatchewan, en banlieue d’Edmonton, accueille gratuitement les chiens rescapés. « De nombreuses personnes sont logées dans des hôtels et n’ont nulle part où faire garder le chien », précise la propriétaire, Katie Villeneuve.

Devant les locaux d’une organisation sans but lucratif locale, la Edmonton Emergency Relief Services Society, les voitures font la queue pour apporter ce dont les évacués ont le plus besoin : des couches pour bébé, des produits d’hygiène et des sous-vêtements neufs. La Franco-Albertaine Yvonne Irwin est au comptoir. Elle n’a jamais vu un pareil élan de générosité depuis la création de l’organisme, au lendemain de la tornade qui a touché Edmonton en 1987. « Toute l’Alberta a été ébranlée par la catastrophe, laisse-t-elle échapper, étranglée par l’émotion, alors qu’une petite armée de bénévoles s’affaire derrière elle. C’est de l’amour. De l’amour à l’état pur. »
 

Photo: Boris Proulx La Franco-Albertaine Yvonne Irwin est au comptoir de la Edmonton Emergency Relief Services Society, au service des évacués.