Les religieuses se mobilisent en faveur des prisonnières

Les religieuses reprochent au gouvernement libéral d’avoir «opéré un changement aux conséquences concrètes sur le quotidien des détenues».
Photo: Valérian Mazataud Le Devoir Les religieuses reprochent au gouvernement libéral d’avoir «opéré un changement aux conséquences concrètes sur le quotidien des détenues».

L’Association des religieuses pour les droits des femmes (ARDF) écrit à son tour au ministère de la Sécurité publique pour protester contre la situation dans laquelle se trouvent les prisonnières de l’établissement de détention Leclerc, à Laval. « C’est à l’unanimité, avec l’accord des membres de notre association nationale, que nous dénonçons leurs conditions », a expliqué au Devoir Céline Beaulieu, secrétaire de cette association religieuse qui chapeaute 39 congrégations pour femmes du Québec, du Nouveau-Brunswick et de l’Ontario.

Les religieuses de l’ARDF sont très dures à l’égard des actions prises par le gouvernement libéral dans le dossier des prisons. « Permettez-nous, écrivent-elles au ministre Martin Coiteux, d’émettre l’hypothèse qu’au bout du compte, les économies réalisées, dans un contexte d’austérité, auront un coût économique et un coût humain que nous aimerions vous voir regretter. »

Dans leur lettre datée du 29 avril et transmise à quelques médias, les religieuses remettent en cause une « décision administrative aux conséquences déplorables ». Elles reprochent au gouvernement libéral d’avoir « opéré un changement aux conséquences concrètes sur le quotidien des détenues ». Cette situation indigne les religieuses au plus haut point, « en raison du mépris de la dignité et des droits légitimes des femmes ainsi bafouées ».

Si les centres de détention ont pour mission de procéder à la réhabilitation et de préparer la réinsertion sociale des personnes qui y purgent des peines, alors les conditions auxquelles sont soumises les prisonnières « sont de nature à les détériorer physiquement et psychologiquement », indiquent les religieuses.

Les Soeurs de Sainte-Anne s’apprêteraient elles aussi à interpeller le ministre Coiteux directement au sujet des conditions de vie en prison, a appris Le Devoir. Il a aussi appris que la vaste famille religieuse des Franciscains, représentée dans nombre de mouvements, était à la veille de protester publiquement contre le sort fait aux prisonniers.

D’autres religieuses ont protesté la semaine dernière contre les conditions réservées aux femmes de l’établissement Leclerc, dont les Soeurs de l’Institut Notre-Dame du Bon-Conseil de Montréal. Les religieuses se disaient préoccupées par les questions de manque de justice sociale que met en lumière une inquiétante dégradation des conditions de vie des détenues en raison d’une « campagne d’austérité ».


Effets de l’austérité

À la Fédération des femmes du Québec (FFQ), on affirme avoir suivi avec intérêt ce que disent les syndicats et les congrégations religieuses dans ce dossier. « Clairement, le transfert des prisonnières a été mal planifié », dit Cybel Richer-Boivin, la responsable des communications pour la FFQ. « Ça nous interpelle de voir qu’il y a des femmes dont on bafoue les droits. »

La FFQ dit suivre de près ce qui se passe dans les prisons, même s’il est difficile d’avoir des liens avec ces populations isolées. « Les effets de l’austérité, depuis deux ans, c’est un gros dossier pour nous. »

Du côté du Conseil du statut de la femme, voué à la promotion des droits et des intérêts des femmes, on préfère pour l’instant ne pas commenter ce dossier, faute de recherches précises de l’organisme sur ces questions.

À voir en vidéo