La poule aux oeufs d’or du «Colorado Gold»

Au Colorado, le cannabis produit et vendu légalement est de si bonne qualité que les consommateurs boudent le pot vendu sur le marché noir par le crime organisé.

Même le tout-puissant crime organisé mexicain a perdu du terrain sur le marché illégal du cannabis aux États-Unis, explique Serge Brochu, professeur à l’École de criminologie de l’Université de Montréal.

Il revient d’un séjour d’une semaine au Colorado, où il a étudié les impacts de la légalisation du cannabis. Le Colorado fait partie des quatre États, plus la capitale fédérale, qui ont légalisé le cannabis au cours des dernières années.

Les États-Unis restent officiellement engagés dans la « guerre contre les drogues », mais le président Obama tolère la légalisation du pot dans les États américains et dans les pays voisins — en Amérique latine et bientôt au Canada.

Au Colorado comme ailleurs, les autorités ont le souci de freiner le marché noir contrôlé par le crime organisé. L’État a réussi en bonne partie à limiter la part du marché illégal malgré des taxes de plus de 25 % sur le cannabis licite, a découvert Serge Brochu.

« Le marché licite est un gage de qualité, dit-il. On a l’impression que les consommateurs n’ont pas d’avantages à continuer de s’approvisionner sur le marché noir. »

Le professeur de l’Université de Montréal explique que le « Colorado Gold » a une réputation enviable auprès des connaisseurs. Le taux de THC — l’ingrédient qui provoque l’euphorie — du cannabis légal est plus élevé que celui du pot mexicain.

Les policiers américains ont indiqué à Serge Brochu que le marché noir du cannabis a diminué au Colorado depuis la légalisation. Un « marché gris » a toutefois pris la relève : le pot licite du Colorado se retrouve en vente dans les États voisins, où le cannabis reste illégal.

De la même façon, il est plausible de croire que la marijuana légale du Canada se fraiera un chemin vers les États américains frontaliers, estime le professeur. La marchandise canadienne aura toutefois de la concurrence américaine, puisque 11 États, dont le Maine et le Vermont, tentent d’organiser un référendum sur la légalisation du cannabis en marge de l’élection présidentielle de novembre prochain.

Questions pour le marché noir

L’ampleur du marché noir au Canada, après la légalisation, dépendra de décisions prises en grande partie par les provinces, estime Serge Brochu. « Le marché noir risque de garder la partie du marché que la loi ne permet pas de desservir », dit le professeur.

Quelles seront les heures d’ouverture des boutiques de cannabis ? Quel sera l’âge légal pour en acheter ? Quel sera le taux de THC de la marijuana canadienne ?

Si les boutiques légales ferment obligatoirement à 17 h, le marché noir risque de prendre la place en soirée. Si l’âge légal est fixé à 25 ans, les consommateurs plus jeunes continueront de s’approvisionner sur le marché illicite. Et si le taux de THC est trop bas (comme au Mexique), le crime organisé se chargera d’offrir du cannabis jugé plus attrayant.

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