Lire religieux - Des références pour comprendre les grandes religions monothéistes

Certains brillent par leur exhaustivité, d'autres par leur caractère savant et spécialisé. Le Dictionnaire des monothéismes que vient de faire paraître la maison Bayard brille, lui, par sa grande clarté. Composé de 600 mots clés essentiels à la compréhension des trois grands monothéismes — 200 pour le judaïsme, 200 pour le christianisme et 200 pour l'islam —, cet ouvrage de référence s'adresse à un public cultivé qui souhaite s'y retrouver dans ces univers complexes qui exigent rigueur et précision.

Le père Jacques Potin, assomptionniste et spécialiste de l'histoire de Jérusalem, et Valentine Zuber, professeure à l'École pratique des hautes études, se sont adjoint deux collaborateurs, José Costa, pour le judaïsme, et Khashayar Azmoudeh, pour l'islam, afin de mener à bien ce projet d'envergure qui embrasse les aspects spirituels, historiques, politiques et culturels des trois monothéismes.

Éclairant et, surtout, ce qui est plus rare dans le genre, très accessible, le résultat de leurs travaux s'avère un outil indispensable pour quiconque entend explorer consciencieusement ces traditions d'espérance.

La Bible comme littérature

La publication en français, chez le même éditeur, de l'Encyclopédie littéraire de la Bible doit être considérée comme un événement, autant dans le domaine des études bibliques que dans celui des études littéraires.

Cet ouvrage, en effet, n'a rien de banal. Dirigé par deux spécialistes de réputation internationale — Robert Alter, professeur d'hébreu et de littérature comparée à l'Université de Californie et chef de file des nouvelles interprétations littéraires de la Bible, et Frank Kermode, professeur de littérature anglaise et comparée à Cambridge —, il propose «au lecteur ordinaire une nouvelle vision de la Bible, celle d'une oeuvre d'une grande force littéraire et d'une grande autorité, dont on peut parfaitement croire qu'elle ait été appelée à façonner durant deux millénaires l'esprit et la vie d'hommes et de femmes intelligents».

La critique «scientifique» qui domine les études bibliques depuis plusieurs années a donné de beaux fruits, précisent les auteurs, mais elle a aussi eu pour effet de «détourner l'attention du récit, de la poésie et de la prophétie bibliques comme littérature, pour les traiter plutôt comme des documents historiques plus ou moins déformés».

Dans cette encyclopédie, critiques littéraires qui s'intéressent à la Bible et biblistes qui s'intéressent à la critique littéraire s'unissent donc enfin pour appliquer à la Bible, considérée comme un texte littéraire, livre par livre, une poétique du récit, puisqu'ils considèrent que «sans une bonne intelligence de ce que le texte fait et dit, il sera sans grande valeur à d'autres égards». La thèse fondamentale qui préside à cette entreprise rejoint celle qui domine la «théologie narrative» de Johann Baptist Metz. Robert Alter la résume ainsi: «C'est de la saisie la plus parfaite de l'art littéraire que procède la perception la plus aiguë de la visée théologique.»

«En exégèse aussi, on peut tomber sur le dream team», commente Jean-Pierre Sonnet en préface. Issus des traditions protestante, catholique ou juive et originaires des États-Unis, du Canada, d'Angleterre, d'Israël, d'Italie et des Pays-Bas, les collaborateurs de cette encyclopédie pratiquent tous une critique littéraire extrêmement raffinée et savante, tout en cultivant le souci de la lisibilité. L'utilisation du jargon propre au genre est donc limitée au maximum. Il n'en résulte pas pour autant une lecture facile — le corpus est trop riche pour s'accommoder de la simplicité —, mais l'exercice est fascinant et imposant.

«Éclairant, convaincant et merveilleusement étudié», a conclu George Steiner dans The New Yorker. On lui laissera le mot de la fin.

louiscornellier@parroinfo.net

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Dictionnaire des monothéismes

Sous la direction de Jacques

Potin et Valentine Zuber

Bayard, Paris, 2003, 568 pages

Encyclopédie littéraire de la Bible

Sous la direction de Robert Alter et Frank Kermode

Traduction de Pierre-Emmanuel Dauzat

Bayard, Paris, 2003, 832 pages