Démanteler la réforme conservatrice ne suffira pas, préviennent les syndicats

Jean-Claude Rocheleau, de l’Alliance québécoise des techniciens de l’image et du son, représente des travailleurs atypiques, de plus en plus nombreux dans l’économie actuelle, qui doivent naviguer de contrat en contrat. À ses côtés, Pierre Céré, du Conseil national des chômeurs.
Photo: Pedro Ruiz Le Devoir Jean-Claude Rocheleau, de l’Alliance québécoise des techniciens de l’image et du son, représente des travailleurs atypiques, de plus en plus nombreux dans l’économie actuelle, qui doivent naviguer de contrat en contrat. À ses côtés, Pierre Céré, du Conseil national des chômeurs.

Les syndicats et des mouvements de défense des chômeurs du Québec saluent « les avancées » et « l’ouverture » du gouvernement Trudeau en matière d’assurance-emploi et le pressent maintenant d’enclencher une « deuxième phase » de l’amélioration du régime.

L’arrivée au pouvoir d’un gouvernement libéral à Ottawa après des années de règne conservateur marque, pour les chômeurs, une rupture espérée depuis longtemps, selon les centrales syndicales et les organisations de défense regroupées au sein de la Coalition des Sans-Chemise qui citent notamment l’annulation par le premier budget Morneau de règles conservatrices contestées.

« C’est sûr qu’il y a maintenant une plus grande écoute. Le gouvernement Harper n’en avait aucune », a observé en conférence de presse à Montréal dimanche, le secrétaire général de la FTQ, Serge Cadieux. Il a aussi salué les premières mesures annoncées en la matière par le gouvernement Trudeau après que le régime d’assurance-emploi eut « vécu pendant dix ans une hécatombe totale ». « C’est comme si c’était Noël ! »

On se réjouit ainsi de la suppression de la réforme des conservateurs qui obligeait les chômeurs fréquents à accepter des emplois plus éloignés et moins rémunérés. On salue aussi l’abolition des conditions d’admission plus sévères qu’on voulait imposer aux nouveaux travailleurs, comme les jeunes et les immigrants. On se félicite également de la promesse de ramener l’an prochain de deux semaines à une seule le délai de carence avant qu’un prestataire reçoive son premier chèque.

« C’est très bien, mais ce n’est pas suffisant. Il faut aller plus loin », précise toutefois Jean Lacharité, deuxième vice-président de la CSN, qui dit maintenant « espérer une deuxième phase à l’amélioration de l’assurance-emploi ».

Parce qu’on est en 2016

La Coalition rappelle d’entrée de jeu que moins de 40 % des chômeurs parvenaient à se qualifier pour recevoir des prestations d’assurance-emploi l’an dernier, alors que cette proportion était de plus du double avant qu’un autre gouvernement libéral ne donne les premiers grands tours de vis au régime à la fin des années 90. On voudrait aujourd’hui qu’Ottawa s’engage enfin à réduire le « trou noir » auquel sont souvent confrontés chaque année les 15 000 travailleurs saisonniers au Canada — dont une forte proportion de Québécois — lorsqu’ils arrivent au bout des prestations auxquelles leur donnait droit leur dernière période d’emploi et que n’a pas encore commencé la période suivante.

On voudrait aussi que soient améliorées les conditions générales d’admissibilité du cinquième des travailleurs (dont une majorité de femmes) avec des emplois à temps partiel. Il faudrait également, dit-on, relever les prestations maladie pour les personnes aux prises avec des maladies graves, assurer un meilleur accès aux tribunaux administratifs et interdire formellement à Ottawa de détourner la caisse d’assurance-emploi de sa fonction et de venir puiser dedans.

Précarisation

« Le marché du travail n’est plus ce qu’il était, a souligné en marge de la conférence de presse Pierre Céré, porte-parole du Conseil national des chômeurs. Il s’est beaucoup fragmenté et précarisé. » Bon an, mal an, presque un million de Québécois perdraient ou quitteraient leur emploi, parfois pour en retrouver immédiatement un autre, reprendre des études ou profiter d’un programme de départ anticipé, mais d’autres fois aussi involontairement et sans savoir de quoi sera fait l’avenir, fait valoir François Vaudreuil, président de la CSD. Aussi la Coalition réclame-t-elle un programme d’assurance-emploi qui soit « modernisé, sensé et équilibré, qui reflète les nouvelles réalités ».

Pour l’heure, la Coalition lance une campagne où elle invite la population à signer des cartes postales pressant Ottawa de poursuivre l’amélioration du régime d’assurance-emploi. Toutes ces cartes seront remises cet automne à la ministre fédérale de l’Emploi, du Développement de la main-d’oeuvre et du Travail, Mary-Ann Mihychuk.

Son collègue aux Finances, Bill Morneau, a déjà écarté fermement l’une des revendications de la Coalition, soit l’idée de rendre indépendante la caisse d’assurance-emploi. Ses fonctionnaires ont par ailleurs estimé que l’abolition des conditions d’admission plus sévères des nouveaux travailleurs vaudrait, à elle seule, des prestations à 50 000 personnes de plus.

1 commentaire
  • Guy Lafortune - Inscrit 18 avril 2016 20 h 43

    M. Céré.

    Vous faisiez vraiment un travail remarquable lors de la campagne du PQ en ayant mentionné que le PQ était en train de se payer un Citizen Cane Péladeau, il est en train de tout bouffé, acheté à Québec, lâchez ce que vous faite pour l'instant et recommencez donc votre statège à propos de Citizen Cane Péladeau!!!
    Merci beaucoup...