Le pape tend la main aux personnes en «situation irrégulière»

Le pape François a rendu public vendredi un texte très attendu sur la famille, dans lequel il tend la main aux personnes «en situation irrégulière» dans l’Église catholique, dont les nombreux divorcés remariés, mais sans vraiment bouger sur les homosexuels.

Cette « exhortation apostolique » de quelque 260 pages intitulée « Amoris Laetitia » (la joie de l’amour) répond en partie aux attentes des divorcés remariés civilement, en appelant à leur donner toute leur place dans l’Église.

Et sans remettre en cause le dogme du mariage catholique indissoluble, il n’exclut pas un accès au cas par cas à la communion.

Jorge Bergoglio reconnaît aussi une valeur à certaines unions libres, mais uniquement celles entre un homme et une femme, stables et soucieuses des enfants.

Ces directives sur la famille et le mariage étaient très attendues, après deux synodes (assemblées d’évêques) qui avaient, en octobre 2014 puis octobre 2015, illustré les profondes divisions de l’Église sur sa réponse aux évolutions sociétales.

Résumant l’approche de « miséricorde » qu’il prône dans tant de domaines, Jorge Bergoglio assure : « Je comprends ceux qui préfèrent une pastorale plus rigide qui ne prête à aucune confusion », mais l’Église « doit être une mère [...] qui ne renonce pas au bien possible, même si elle court le risque de se salir avec la boue de la route ».

« On retrouve dans ce texte l’expérience personnelle du pape François qui a souvent cheminé avec tant de familles en difficulté », a commenté le cardinal de Vienne, Christoph Schönborn, chargé de présenter le texte devant des centaines de journalistes.

Ce fils de divorcés a salué « la force d’autocritique » d’un pape qui a rejeté « un modèle abstrait, loin des situations concrètes » que l’Église avait souvent présenté sur la famille. Il s’est félicité que le texte parle positivement « de l’émotion, des passions, de l’éros, de la sexualité ».

« La dimension érotique de l’amour » est un « don de Dieu », écrit ainsi le pontife argentin.

La Conférence des baptisé(e)s francophones (réformateurs) a salué le caractère « discrètement subversif » de ce texte.

Communion: ouvertures discrètes

Le pape adopte une approche d’ouverture et d’accueil, soulignant à maintes reprises le fait que les personnes en situation « irrégulière » « ne sont pas excommuniées » ni « exclues de la grâce divine ».

Pour autant, il n’annonce pas un changement de doctrine général, en particulier pour les divorcés remariés. Ces derniers sont encouragés à participer activement à la vie de leur paroisse et à trouver l’aide d’un prêtre pour se réintégrer.

Dans deux discrètes notes de bas de page, une ouverture aux sacrements pour certains divorcés pas responsables de l’échec de leur mariage, après un chemin de « discernement » et de « repentance », se dessine, à la discrétion des évêques.

« L’exhortation dit sans le dire qu’un couple qui a fait un travail de discernement peut, si sa conscience le lui dicte, et si le prêtre y consent, accéder aux sacrements », s’est ainsi félicitée la Conférence des baptisés.

Le pape « s’appuie sur la doctrine édictée sous Jean Paul II, la norme demeure », mais « les effets [de cette norme] ne doivent pas être les mêmes selon les personnes, même pour la discipline des sacrements », a expliqué à l’AFP le théologien Antonio Spadaro, directeur de la revue jésuite Civilta Cattolica.

Le pape valorise aussi les mariages civils et les unions libres, « signes d’amour » quand elles atteignent « une stabilité consistante », que l’Église doit s’efforcer de conduire au mariage.

Ces questions avaient profondément divisé le synode, tout comme celle des homosexuels, qui s’était heurtée à un tir de barrage des prélats du Sud.

Et sur ce point, l’exhortation apostolique reste très timorée : l’exigence du « respect » à l’égard de tous est rappelée, mais le pape s’inquiète surtout des difficultés des parents ayant un enfant gay et insiste sur la conviction qu’une union homosexuelle ne peut pas être assimilée à un mariage.

Pour Andrea Rubera, porte-parole d’une association italienne de gays chrétiens, la quasi-absence des personnes homosexuelles d’« un texte qui parle de la joie de l’amour» est « décevante ». « Mais l’Église n’était pas prête à faire plus » et selon lui, même si les « magnifiques chapitres » sur la vie maritale et l’accueil des personnes en difficulté n’ont pas été écrits pour elles, rien n’empêche les familles gays de s’y reconnaître.

Le texte porte le style du pape François : un hymne à la famille traditionnelle dans un langage simple, concret, parfois poétique, citant même son film culte, « le Festin de Babette » de Gabriel Axel.

Le texte est aussi un manuel de vie pour les fiancés, la préparation au mariage, les familles au quotidien, le rythme travail-vie privée, l’éducation des enfants, évoquant pour la première fois de manière claire la nécessité d’une éducation sexuelle.

Il donne des conseils pratiques pour les couples : toujours un baiser le matin, sortir ensemble, partager les tâches domestiques... et faire la fête.

Le texte, envoyé à chacun des 4700 évêques, aborde aussi beaucoup de thèmes qui touchent les familles du sud, comme les mariages arrangés et la polygamie, les familles divisées par les migrations, les mariages interreligieux, les abus sexuels, les mutilations sexuelles ou les violences contre les femmes.

5 commentaires
  • Chantale Desjardins - Abonnée 8 avril 2016 08 h 02

    Rien de nouveau...

    Toujours les memes rengaines qui respirent le statut quo. Pourqoi son Eglise ne reconnait pas l'homosexualite? Le saurons-nous un jour?

  • Robert Bernier - Abonné 8 avril 2016 08 h 32

    Reconquérir le marché ...

    Ce n'est que cela, n'en doutons pas. L'Église catholique a perdu une large part de son ancien marché de la religion et tente de s'en réemparer. Besoin de la dîme, voyez-vous.

    Robert Bernier
    Mirabel

  • Denis Paquette - Abonné 8 avril 2016 09 h 17

    nous sommes des êtres perdus dans le cosmos peut être pour toujours

    Parce que pendant longtemps l'église s'est évertuée a voir les gens gais comme des malades au lieu de les voir comme des gens différents, les indiens étaient plus lucides ils ont toujours pensés qu'il y avait deux sorte d'hommes comme il y a deux sortes de femmes, vous imaginez si l'église avait pensée comme ca, ce qu'ils auraient découverts, c'est nous qui sommes idiots de penser que les gens de la haute époque étaient plus intelligents, la biologie est a la veille de nous apprendre des choses qui vont nous renverser , mon opinion est que le moyen age fut l'âge de tous les délires, quand Rome s'est effrondré les gens étaient près a tout exactement comme celle que nous sommes en train de vivre

  • Colette Pagé - Inscrite 8 avril 2016 09 h 24

    Un Pape prisonnier de ses pairs !

    Un pas dans la bonne direction !

    Accueillir les exclus n'est-ce pas là faire preuve de compassion.

    Une démarche valorisée par l'Église à degrés variables qui n'accepte pas encore dans son sein les homosexuels, ' qui sommes-nous disait le Pape pour les juger", les femmes qui se font avorter ou qui prennent la pilule.

    En revanche, est-ce que l'Église chasse les prêtres pédophiles. Est-ce que l'Église leur refuse l'accès aux sacrements ? Et les évêques complices qui ne font que déplacer le probléme en transférant le prêtre abuseur dans une autre paroisse.

    Un Pape accueillant qui demeure prisonnier de ses pairs conservateurs.

  • Yvon Bureau - Abonné 8 avril 2016 12 h 15

    Aux croyants de s'inclure

    De participer à la vie de l'Église. De communier s'ils y croient, sans permission à demander et à recevoir. Librement.

    Sachant que toute religion est une invention des humains.

    Vive l'humanisme ouvert et accueillant.