Une «catastrophe» prévisible et évitable

Sandy Tarzan Michel, âgé de 25 ans, est mort abattu par la police lors d’une opération menée mercredi soir à Lac-Simon.
Photo: Jacques Nadeau Le Devoir Sandy Tarzan Michel, âgé de 25 ans, est mort abattu par la police lors d’une opération menée mercredi soir à Lac-Simon.

Six semaines à peine après le meurtre de l’agent Thierry Leroux par un tireur qui s’est ensuite enlevé la vie, un nouveau drame. Sandy Tarzan Michel, âgé de 25 ans, est mort abattu par la police lors d’une opération menée mercredi soir à Lac-Simon. Le jeune homme est mort des suites de ses blessures après avoir été transporté dans un hôpital de Val-d’Or.

Mercredi soir, des agents de la police de Lac-Simon avaient été appelés vers 19 h 30 pour un individu arpentant les rues en brandissant une arme blanche. « Il y a eu un premier impact de l’autopatrouille avec la victime et ensuite des coups de feu ont été tirés. La victime a été atteinte par des projectiles, mais c’est l’enquête qui va déterminer qui a tiré et le nombre de coups de feu », a raconté jeudi le sergent Benoît Coutu, de la SQ.

L’intervention a été compliquée par le fait que les policiers locaux ont aussi été pris à partie par des citoyens du territoire algonquin. Des renforts ont alors été demandés à la Sûreté du Québec. Une enquête indépendante a été instituée, une procédure automatique lorsqu’il y a mort d’homme impliquant un corps policier.

Quelques heures plus tard, au Manitoba cette fois, une autre réserve était à son tour le théâtre de fusillades ayant fait deux morts. Un suspect de 31 ans a été arrêté par la Gendarmerie royale, qui promet de « demeurer sur les lieux pour un certain temps ».

Ramener le calme

Le Syndicat canadien de la fonction publique (SCFP), qui représente les policiers de Lac-Simon, réclame l’intervention directe des premiers ministres Trudeau et Couillard pour ramener le calme. Un rapport de la Commission des normes, de l’équité, de la santé et de la sécurité du travail (anciennement la CSST) dévoilé deux jours auparavant dénonçait d’ailleurs un environnement de travail non sécuritaire, faute de ressources et de moyens. Le sous-financement chronique du corps policier local, qui se traduit par un manque d’effectifs, explique cette situation, selon le directeur Québec du SCFP, Marc Ranger. « On ne peut pas envoyer les gens à l’abattoir comme ça, les yeux fermés, dans un contexte où il y a des armes à feu en circulation », a-t-il dit, faisant valoir qu’il s’agit d’une communauté de chasseurs. « Ça prend un traitement-choc maintenant. »

En entretien à Radio-Canada, le premier ministre Justin Trudeau s’est dit bien au fait de la situation. « Dans des communautés où il y a des défis économiques, sociaux, criminels, on a beaucoup de travail à faire pour bâtir de la réussite, de l’espoir », a-t-il dit, rappelant les investissements de huit milliards sur cinq ans dans les communautés autochtones prévus dans le plus récent budget. « Ça se passe à plusieurs niveaux. Ça prend des investissements en logement, en santé, en éducation, mais ça prend aussi un changement d’attitude. »

Avec La Presse canadienne