Prostitution juvénile: le juge refuse de se récuser

Le juge Fraser Martin, de la Cour supérieure, a étoffé ses récentes critiques à l'endroit du procureur général Marc Bellemare en ce qui concerne le dossier de prostitution juvénile de Québec. Non seulement il n'est pas question pour lui d'abandonner la direction de ce procès, comme il l'a annoncé hier, il n'est manifestement pas question non plus d'adopter la langue de bois.

«Les divers éléments dont vous vous plaignez sont fondés sur la preuve présentée ici», a fait valoir le magistrat à l'intention de Me Pierre Lapointe, substitut en chef du procureur général de la Direction des poursuites publiques, de Québec.

Les critiques à l'origine des craintes de partialité nourries par la Couronne avaient été prononcées par le juge Martin le 15 janvier, au moment où il rejetait la demande d'arrêt des procédures présentée par l'animateur de radio Robert Gillet.

Elles visaient plus particulièrement le procureur général Marc Bellemare, les policiers de Québec, les procureurs de la Couronne au dossier et le policier-enquêteur Roger Ferland.

«Je sais que certains de mes commentaires ont été critiques à l'endroit du procureur général sur la façon de prendre des décisions. J'ai concédé que le procureur général n'avait pas à m'expliquer les raisons qui l'ont incité à déposer un acte d'accusation privilégié [sautant l'enquête préliminaire], mais cela va à l'encontre d'une jurisprudence bien établie», a-t-il servi.

«Lorsque je vois ça et face au silence du procureur général, je suis obligé de tirer mes conclusions sur la décision prise. Il n'est pas plaisant d'être obligé de lancer des critiques sur le procureur général, qui est, après tout, un justiciable comme le restant du monde.

«Mais rappelons une chose: il est dépositaire de la confiance de nous tous. Beaucoup de discrétion lui est accordée, mais cette discrétion sera exercée non pas selon les quatre volontés du ministre mais selon les barèmes établis par la jurisprudence», a assené le magistrat.

Le juge Martin a finalement lancé: «Je ne me considère pas partial envers qui que ce soit. Je n'ai aucun parti pris. Je rejette la requête en récusation.»