Les agences de sécurité ne veulent pas être surveillées de trop près

L'industrie de la sécurité privée est en beau fusil contre le gouvernement Charest et son intention de légiférer afin d'encadrer les quelque 24 000 travailleurs de ce secteur en pleine expansion.

Dans le cadre d'un colloque organisé par le Conseil du patronat du Québec (CPQ), les principaux acteurs de la sécurité privée ont dénoncé le livre blanc publié en décembre dernier par le ministère de la Sécurité publique, un prélude à la modification de la Loi sur les agences d'investigation ou de sécurité, qui n'a fait l'objet d'aucune révision depuis son adoption, en 1965.

Les libéraux veulent tracer une ligne de démarcation entre les activités de la police dite publique et celles des enquêteurs du privé. Ces derniers seraient limités au strict volet de la prévention de la criminalité et devraient obligatoirement signaler aux policiers les infractions portées à leur connaissance dans l'exercice de leurs fonctions. Québec veut également forcer l'industrie à se doter d'une association représentative, imposer des exigences minimales de formation, élaborer des codes d'éthique et de déontologie.

Le livre blanc sur la sécurité privée fera l'objet d'une étude en commission parlementaire à compter de la semaine prochaine. Il suscite déjà son lot de mécontentement. «À notre avis, le rapport entre la sécurité publique et privée devrait être bâti sur une relation de partenariat et non sur une philosophie d'assujettissement de l'un à l'autre», estime Gilles Taillon, président du CPQ. M. Taillon se dit «fortement préoccupé» par le fait que le ministre s'immisce dans la gestion des entreprises privées de sécurité.

L'industrie de la sécurité privée est piquée au vif par les parties du rapport qui déplorent le peu de formation, d'intégrité et de professionnalisme de ses membres. Ce sévère constat ne s'applique qu'à une minorité d'entreprises et d'individus, a dit M. Taillon.

Le livre blanc ne constitue qu'un prétexte à la discussion, a indiqué le ministre Chagnon, qui ne s'attend pas à présenter un projet de loi avant juin 2004.