Les agriculteurs veulent leur part des profits

Au bord du gouffre. Malgré une augmentation constante, année après année, des prix à la consommation dans le domaine de l'alimentation au Québec, les producteurs agricoles vendent aujourd'hui à perte le fruit de leur labeur. Et ils font gravement augmenter leur taux d'endettement. Une situation alarmante, ont-ils dénoncé en choeur hier, réclamant au passage de la part des distributeurs, transformateurs et autres intermédiaires une meilleure répartition de la richesse générée par le milieu agroalimentaire.

Pas question toutefois d'exiger des consommateurs qu'ils délient davantage les cordons de leur bourse. «Le problème n'est pas là», a expliqué hier en conférence de presse Laurent Pellerin, président de l'Union des producteurs agricoles (UPA). «Il y a de l'argent dans le réseau. Il suffit simplement de mieux répartir les bénéfices entre les différents maillons de la chaîne agroalimentaire.» Histoire de mieux rémunérer les fournisseurs de matière première.

Les chiffres dévoilés hier par les agriculteurs sont éloquents. Au Québec, produire un sac de dix livres de pommes de terre blanches coûte en moyenne 0,84 $. Or, pour ce sac, l'éleveur de tubercules ne touche aujourd'hui que 0,40 $. Idem pour le lait, où l'écart entre le coût de production et le prix payé à l'agriculteur est de 0,13 $ par litre. Dans le cas de l'agneau, il est question d'un manque à gagner de 7,89 $ par kilo de viande amené à maturité dans les champs du Québec.

«Allons-nous être obligés de créer une filière boeuf du Québec équitable?», a demandé hier Michel Dessureault, président de la Fédération des producteurs de bovins du Québec, dont les membres perdent désormais 1,24 $ sur chaque kilo de viande mis sur le marché.

L'UPA a l'intention, au cours des prochains mois, de combattre cette misère agricole avec un appel «à la transparence de l'information à toutes les étapes de la commercialisation des produits depuis la ferme jusqu'au consommateur», annonce l'organisme. L'objectif? Mettre au jour les maillons «qui se graissent la patte», dit M. Pellerin, mais aussi songer à «de nouvelles ententes avec les partenaires commerciaux» afin que, de l'étable à la table et de la fourche à la fourchette, tout le monde y trouve son compte.