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Les avoirs de 140 dirigeants exposés par une fuite de documents

Une énorme enquête réalisée par plus de 100 journaux sur quelque 11,5 millions de documents a révélé dimanche des avoirs dans les paradis fiscaux de 140 responsables politiques ou personnalités de premier plan, parmi lesquels le cercle rapproché du président russe Vladimir Poutine, et les footballeurs Michel Platini et Lionel Messi.

Des sociétés liées à la famille du président chinois Xi Jinping, qui affiche volontiers sa détermination à combattre la corruption, apparaissent également dans les documents examinés par les journalistes, tout comme le président ukrainien Petro Porochenko.

Ces documents, regroupés sous la dénomination « Panama papers » proviennent tous du cabinet d’avocats Mossack Fonseca, qui a lui défendu 40 ans d’expérience sans accroc. Toutefois, la manière dont ces informations ont filtré n’est pas connue.

Les documents ont d’abord été obtenus par le quotidien allemand Süddeutsche Zeitung. Le Consortium international des journalistes d’investigation (ICIJ) a ensuite réparti le travail d’exploitation, qui a duré environ un an, entre les publications membres. L’ICIJ précise sur son site internet que 370 journalistes de plus de 70 pays y ont participé.

Le gouvernement du Panama a annoncé dimanche qu’il « coopérera vigoureusement » avec la justice si une procédure judiciaire est ouverte suite à la publication des documents.

Plus de 214 000 entités offshore sont impliquées dans les opérations financières dans plus de 200 pays et territoires à travers le monde, selon l’ICIJ. Parmi les personnalités mentionnées dans les millions de documents figurent notamment des associés du président russe Vladimir Poutine, qui auraient détourné jusqu’à 2 milliards de dollars avec l’aide de banques et de sociétés-écrans, selon le consortium.

« Des associés de Poutine ont falsifié des paiements, antidaté des documents et obtenu de l’influence occulte auprès des médias et de l’industrie automobile russes », détaille l’ICIJ sur son site internet.

Le président argentin Mauricio Macri, qui a, selon le quotidien argentin La Nacion, été membre du directoire d’une société offshore enregistrée au Bahamas, n’a « jamais eu de participation au capital de cette société », a assuré dimanche le gouvernement argentin, précisant que M. Macri en avait seulement été « directeur occasionnel ».

« Je n’ai jamais caché d’avoirs », a de son côté affirmé le premier ministre islandais, Sigmundur David Gunnlaugsson, soupçonné d’avoir dissimulé des millions de dollars aux Iles vierges britanniques.

« Les documents montrent que les banques, les cabinets d’avocats et autres acteurs opérant dans les paradis fiscaux oublient souvent leur obligation légale de vérifier que leurs clients ne sont pas impliqués dans des entreprises criminelles », affirme l’ICIJ.

« Cette fuite sera probablement le plus grand coup jamais porté aux paradis fiscaux à cause de l’étendue des documents » recueillis, estime Gérard Rylé, le directeur de l’ICIJ cité par la BBC.

« Ces révélations montrent à quel point des pratiques nocives et la criminalité sont profondément enracinées dans les places offshore », selon Gabriel Zucman, un économiste de l’université de Californie à Berkeley cité par le consortium basé à Washington.

Nouveau scandale pour la FIFA

Le monde du football, déjà ébranlé ces derniers mois par plusieurs scandales touchant les dirigeants de la FIFA, n’est pas épargné: quatre des 16 dirigeants de la fédération internationale auraient ainsi utilisé des sociétés offshore créées par Mossack Fonseca.

La FIFA a ouvert une enquête sur un membre de sa commission d’éthique, l’avocat uruguayen Juan Pedro Damiani, qui s’est dit « très serein ».

Les documents du cabinet d’avocats font aussi apparaître les noms d’une vingtaine de joueurs vedettes, évoluant notamment à Barcelone, au Real Madrid ou encore au Manchester United. Parmi eux le multiple ballon d’or Lionel Messi.

Avec son père, ce dernier serait propriétaire d’une compagnie au Panama, Mega Star Enterprises, dont la mention apparait pour la première fois dans les documents de Mossack Fonseca le 13 juin 2013, le lendemain de leur mise en examen pour fraude fiscale en Espagne, toujours selon l’ICIJ.

Enfin, Michel Platini aurait eu recours aux services du même cabinet d’avocats en 2007, l’année où il été désigné président de l’UEFA, pour administrer une société au Panama. Dans un communiqué à l’AFP, il a renvoyé vers « l’administration fiscale suisse, pays dont il est résident fiscal depuis 2007 ».

Outre le football, d’autres sports comme le hockey et le golf sont également concernés, ajoute l’ICIJ.

Les révélations, qui couvrent une période de près de 40 ans allant de 1977 à 2005, mentionnent encore des affaires réalisées dans les paradis fiscaux par le père aujourd’hui décédé de l’actuel Premier ministre britannique David Cameron.

Elles rappellent celles de Wikileaks, site spécialisé dans la diffusion de documents secrets créé en 2006, qui s’est attiré les foudres de nombreux pays, États unis en tête. Il a fait scandale en publiant notamment des rapports sur des cas de torture par les forces irakiennes, sur lesquels les Américains auraient fermé les yeux, ou encore sur la prison américaine de Guantanamo.

« La plus grande fuite de l’histoire du journalisme vient de voir le jour, et elle concerne la corruption », a commenté de son côté Edward Snowden, principal lanceur d’alerte sur les activités du renseignement américain.

6 commentaires
  • Mario Laprise - Abonné 3 avril 2016 17 h 30

    Les vraies affaires

    Ça c'est du journalisme à l'affût des vraies affaires. M. Couillard devrait être content...

    Ce que beaucoup de citoyens souçonnent est enfin mis en lumière. Pourquoi y a-t-il tant de résistance chez les élus à travailler fort et rapidement en vu d'abolir les paradis fiscaux ? Parce que des élus en poste et des dictateurs mafieux mettent tout en œuvre pour empêcher ces réformes, ils ne veulent pas que leurs combines soient déverrouillées. Je les comprends, quand on est assis sur des millions sinon des milliards on veut les protéger, même si on ne peut rien faire avec, eux qui ont tout même qu'ils ne peuvent pas profiter de cet argent, les journées n'ayant toujours que 24 heures et une vie, dans les bons cas, 70 ou 80 ans.

    Mario Laprise Québec

  • Mario Laprise - Abonné 3 avril 2016 17 h 30

    Les vraies affaires

    Ça c'est du journalisme à l'affût des vraies affaires. M. Couillard devrait être content...

    Ce que beaucoup de citoyens souçonnent est enfin mis en lumière. Pourquoi y a-t-il tant de résistance chez les élus à travailler fort et rapidement en vu d'abolir les paradis fiscaux ? Parce que des élus en poste et des dictateurs mafieux mettent tout en œuvre pour empêcher ces réformes, ils ne veulent pas que leurs combines soient déverrouillées. Je les comprends, quand on est assis sur des millions sinon des milliards on veut les protéger, même si on ne peut rien faire avec, eux qui ont tout même qu'ils ne peuvent pas profiter de cet argent, les journées n'ayant toujours que 24 heures et une vie, dans les bons cas, 70 ou 80 ans.

    Mario Laprise Québec

  • Maryse Veilleux - Abonnée 3 avril 2016 17 h 55

    Quel est l'intérêt?

    Quel est l'intérêt politique de pointer principalement le président russe?... Il y a plusieurs personnes d'impliquées en Europe et en Amérique du nord. C'est bien de le dénoncer mais pourquoi y avoir donné cette couleur?

    • André Labelle - Abonné 4 avril 2016 00 h 06

      Et si Poutine était un des pires ...
      Mais on verra bien la suite des choses.

  • Mathieu des Ormeaux - Inscrit 3 avril 2016 22 h 31

    Tous les "faits" pointent encore dans la même direction?

    Il est assez étonnant que les "révélations spontanées" pointent toujours ce même monsieur, et plus largement les adversaires du moment pour les anglo-saxons...

    En réalité, elles ne le pointent quand-même pas vraiment, malgré les efforts dans ce sens. Heureusement qu'on ne mentionne pas les Îles Vierges Britanniques ou encore le Luxembourg, et le rôle scandaleux que jouent ces enclaves pour nettoyer l'argent ainsi qu'évader la fisc; cela pourrait s'avérer être un grand scandale!

  • André Labelle - Abonné 4 avril 2016 00 h 04

    «Un nouveau jour va se lever»

    Le jour où tous les citoyens de tous les pays de la planète pourront connaître la vérité sur les fraudes économiques, sur les détournements de fonds nationaux, sur tous ces milliards de dollars empochés immoralement par quelques individus alors que des millions de personnes crèvent de faim, alors que des millions de personnes n'ont accès ni aux soins de santé ni à l'éducation, ce jour sonnera peut-être la fin d'une époque tout comme les révolutions françaises et bolchéviques ont sonnées la fin d'une certaine classe d'individus.

    Je souhaite que cette nouvelle révolution soit planétaire et qu'elle se fasse dans le moins de violence possible. Mais ce dernier souhait est sans doute utopique compte tenu de l'immense richesse incommensurable qui est en jeu. Mais il y aussi dans la balance des milliards d'individus qui n'ont plus grand chose à perdre.

    Est-ce qu'un nouvel ordre mondial poindra suite à toutes ces révélations d'une ampleur extraordinaire tant par leurs contenus que par les sources d'information concernées ?

    J'ose espérer qu'un nombre significatif d'individus qui auront profités de ce système qui aura créé une sourde colère comprendront qu'il y va littéralement de leur survie que de reconnaître leurs erreurs et deviendront de repentis à qui on pourra absourde quelques unes de leurs fautes.

    «Le temps de l'esclavage
    Le temps du long dressage
    Le temps de subir est passé
    C'est assez
    Le temps des sacrifices
    Se vend à bénéfice
    Le temps de prendre est arrivé»
    (Jacques Michel)