Le Centre de prévention de la radicalisation fait l’objet de pressions

Le Centre de prévention de la radicalisation menant à la violence de Montréal (CPRMV), créé il y a un an pour aider les proches et les personnes à risque d’être radicalisées, fait l’objet de pression et d’attaques cinglantes de la part de certains musulmans qui l’accusent d’être partial et de critiquer « sans ménagement la pensée islamique ».

Les critiques déposées par cette minorité à l’égard du CPRMV ne sont pas nouvelles, mais cette semaine, la vigueur de leurs attaques a redoublé d’ardeur, allant jusqu’à entraîner le départ d’une de ses chercheuses, accusée d’être « schizophrène » et d’« être tout sauf objective concernant la pensée et les courants religieux, musulmans, qu’elle dit étudier ».

Le site Muslim News a en effet mis en ligne jeudi après-midi un texte non signé, critiquant vertement le choix du CPRMV d’avoir recruté la chercheuse et spécialiste de la radicalisation Mounia Ait Kabboura, en février dernier. Le texte « Quelle mouche a piqué les anti-radicaux ? » est une salve virulente visant à miner la crédibilité de la nouvelle recrue.

Je ne me ferai dicter par personne qui va être embauché

 

Les collaborateurs du Muslim News avaient menacé plus tôt cette semaine de mettre en ligne des propos tenus l’an dernier par Mme Kabboura sur les réseaux sociaux, et avaient pressé le directeur du CPRMV de « réagir » à ses prises de position.

Lasse de ces attaques, la chercheuse, contactée par Le Devoir, dit avoir décidé de quitter le CPRMV pour éviter de plonger l’organisme dans une nouvelle controverse. En décembre 2015, un autre chercheur, Hicham Tiflati, avait dû rompre ses liens avec le Centre après avoir signé une lettre ouverte dans le Toronto Star qualifiant le Québec de « province particulièrement islamophobe ». Son départ avait enflammé les mêmes détracteurs.

Joint par Le Devoir, le directeur du CPRMV, Herman Deparice-Okomba, nie avoir cédé aux pressions de franges de la communauté musulmane très critiques à l’égard de son organisme. « Ça n’a rien à voir avec la pression. Elle a décidé de quitter le centre pour pouvoir défendre son intégrité professionnelle », a-t-il dit, ajoutant que le CPRMV était fréquemment exposé à la critique. « Non seulement moi, mais mes employés aussi. Ça démontre qu’on est la cible des personnes que l’on combat. Je ne me ferai dicter par personne qui va être embauché », a-t-il affirmé jeudi.

Mounia Ait Kabboura, chargée de cours à l’UQAM et doctorante à la Chaire de l’UNESCO sur l’étude des fondements philosophiques de la justice et de la société démocratique, dit vouloir retrouver son droit de parole. « Mon job, c’est de réfléchir et de débattre d’idées. Je sais que je vais être attaquée et je dois disposer de ma liberté d’expression pour me défendre. » Son contrat avec le CPVMR précisait qu’à titre de chercheuse, elle devait s’abstenir d’afficher publiquement ses opinions personnelles.

Mme Kabboura affirme « ne pas être critique de la religion, mais critique de l’idéologie islamique politique ». Elle retournera à l’UQAM piloter le projet Radicalisme islamique, politiques identitaires et questions citoyennes.

5 commentaires
  • Richard Génois Chalifoux - Inscrit 1 avril 2016 09 h 42

    La virulence

    « Le texte « Quelle mouche a piqué les anti-radicaux ? » est une salve virulente visant à miner la crédibilité de la nouvelle recrue. »

    Comme si la radicalisation était une vertu.

    Pas surprenant qu’il y ait des islamophobes au Québec.

  • Colette Pagé - Inscrite 1 avril 2016 10 h 05

    La pensée unique !

    Cette démission est révélatrice des embûches et des difficulités que peuvent vivre des chercheurs qui s'opposent au radicalisme islamique.

    Car, ceux qui défendent l'opinion contraire veillent au grain et ne font pas dans la dentelle notamment en accusant cette femme d’être « schizophrène » et d’être tout sauf objective concernant la pensée et les courants religieux, musulmans, qu’elle dit étudier ». Car, il faut garder en mémoire, que les fous de Dieu qui répandent la haine ne sont pas schizophrènes et demeurent objectifs en regard de la pensée et des courants religieux !

    Et bien sûr, dans ce monde de l'obsucrantisme dire d'une femme musulmane non radicalisée qu'elle est folle doit être une accusation tout à fait anodine voire normale.

    Pour bien faire, tout en faisant fi de la liberté d'expression, il ne faudrait jamais critiquer l’idéologie islamique politique et laisser cette idélogie non démocratique gagner du terrain et surtout laisser la parole aux tolérants extrémistes.

  • Jean-Pierre Martel - Abonné 1 avril 2016 10 h 20

    CPRVM vs islamistes : qui gagnera ?

    La déradicalistion n'a pas encore fait ses preuves. Nulle part au monde. Mais il est raisonnable de penser qu'elle puisse l'être.

    Ce qui est certain, c'est qu'on ne peut pas demeurer indifférents aux craintes et aux soupçons des parents face aux indices qu'ils constantent de radicalisation chez leur adolescent.

    Le Centre de déradicalisation est dans la mire des islamistes. Ceux-ci ne laisseront pas le centre lutter contre leur entreprise de radicalisation.

    À mon avis, les dirigeants du centre auraient dû refuser la démission de Mme Mounia Ait Kabboura. Leur molesse est l'indice d'un centre désemparé qui cherche à être gentil et plaire à tous; cela indique surtout que l'assaut des islamistes contre le centre porte fruit.

    Si j'étais le ministre responsable de ce dossier, je rencontrerais Mme Mounia Ait Kabboura pour lui demander de reconsidérer sa décision et j'exigerais son retour au CPRVM.

  • Gaétan Dostie - Abonné 1 avril 2016 21 h 20

    En attendant Godot, je ne me tairai pas: lettre de Mounia Aït Kabbouara

    Il faut lire la lettre de démission de Mounia Aït Kabbouara, une femme de conviction qui n'a pas l'intention de se taire : Le monde arabe est d’une grande richesse culturelle, écrit-elle, mais il est aussi malheureusement la pépinière de l’État Islamique. Seulement, nous avons peur de le dire. Et cette crainte encourage le terrorisme.

    http://www.ledevoir.com/documents/pdf/letttre_moun

  • Alain Massicotte - Abonné 1 avril 2016 21 h 26

    une chercheuse quitte ses fonctions dans la contreverse

    Bravo Madame la liberté de parole est sacrée vous avez les moyens de la défendre je vous admire de prendre position.