Le suspect arrêté à Pierrefonds pourrait être relâché ce jeudi

L’opération policière menée mardi dans l’arrondissement Pierrefonds-Roxboro a entraîné l’évacuation de quelque 200 résidants à proximité de la demeure de la famille Elabi.
Photo: Jacques Nadeau Le Devoir L’opération policière menée mardi dans l’arrondissement Pierrefonds-Roxboro a entraîné l’évacuation de quelque 200 résidants à proximité de la demeure de la famille Elabi.

Lorsqu’un citoyen a rapporté qu’un jeune homme d’origine arabe de Pierrefonds avait diffusé sur Internet une vidéo dans laquelle il semblait manipuler un explosif, les policiers n’ont pris aucun risque. Mais l’homme de 20 ans, dont le frère a combattu aux côtés d’une importante organisation terroriste en Syrie, pourrait bien être relâché, jeudi.

Omar Elabi a comparu au palais de justice de Montréal, mercredi, pour faire face à deux chefs d’accusation liés au terrorisme. Il est le responsable de la vaste opération policière menée dans l’arrondissement Pierrefonds-Roxboro la veille, qui a conduit à l’évacuation de quelque 200 résidants à proximité de la demeure de la famille Elabi, qui fut fouillée de fond en comble pendant de nombreuses heures.

En plus de M. Elabi, sa mère a également été interviewée par les policiers.

C’est que le frère d’Omar, Sami Elabi, traîne, lui, un lourd passé criminel. Après avoir accumulé les condamnations pour des crimes de faible importance dans sa jeunesse à Montréal, il a peu à peu adopté une interprétation très radicale de l’islam, avant de partir en Syrie, le pays d’où est originaire son père, en 2013. Là, il aurait combattu au sein du Front al-Nosra, une organisation terroriste djihadiste affiliée à al-Qaïda, selon La Presse.

Les policiers n’ont rien trouvé, mais ils ont tout de même jugé nécessaire de porter des accusations pour « avoir commis un acte qui faisait craindre un attentat terroriste » contre Omar Elabi.

Ne prendre aucun risque

« Il a comparu mercredi et doit comparaître à nouveau jeudi » pour être éventuellement remis en liberté, a déclaré le porte-parole du Service de police de la Ville de Montréal, Ian Lafrenière. La police n’a voulu prendre aucun risque à la suite de la mise en ligne de cette vidéo sur Facebook, a-t-il expliqué. « On a cherché à établir le mobile. »

Jeudi, les autorités exigeront devant la cour que M. Elabi s’engage à respecter certaines conditions s’il est remis en liberté.

Tout le branle-bas de combat occasionné par l’opération policière à Pierrefonds et les accusations qui en résultent n’impressionnent en rien Stéphane Leman-Langlois, titulaire de la Chaire de recherche du Canada en surveillance et professeur à l’Université Laval.

« On commence à être de plus en plus frileux quant à la diffusion de telles vidéos. La définition de terrorisme est devenue depuis quelque temps plutôt élastique, au point où chaque microdérapage comme celui-ci mène à des arrestations et à l’évocation d’articles du Code criminel lié au terrorisme. Ce qu’on reproche, concrètement [à M. Elabi], c’est bien peu. »

« Je ne veux surtout pas minimiser la gravité de la situation, par exemple des attentats de Bruxelles, mais je pense que malgré le sérieux de l’acte posé [à Pierrefonds], notre réponse est démesurée », ajoute le criminologue, qui s’intéresse notamment aux questions de terrorisme, de surveillance, et de renseignement de sécurité nationale.

2 commentaires
  • René Lefèbvre - Inscrit 31 mars 2016 06 h 02

    Critiques non fondées envers la police

    "Ce qu'on reproche, concrètement à M. Elabi, c'est bien peu," affirme Monsieur Leman-Langlois dans l'article ci-haut. Pourtant les ingrédients présents dans cette affaire ressemblent à bien d'autres scénarios où des attentats contre des civils innocents auraient été neutralisés si la police avait agit rapidement dès les premiers signes de violence verbales affichés sur internet par des islamistes en devenir mécontents de la société d'adoption dans laquelle ils ont accumulé petits vols, échecs, séjours en prison, radicalisation soudaine, etc. La police a bien agit dans l'affaire ci-haut en ne prenant aucun risque. Les attentats de Bruxels ont montré, s'il étatit nécessaire, qu'il ne faut prendre aucun risque avec deux frères islamistes dont l'un est déjà en Syrie combattant sous la bannière de groupes "religieux" terroristes pour qui se donner la mort-kamikaze est l'acte ultime réclamé par un dieu assoiffé du sang des infidèles.

  • Alain Roy - Abonné 31 mars 2016 11 h 13

    Le suspect arrêté à Pierrefonds pourrait être relâché ce jeudi

    J'abonde en tout point à la réaction de M. Lefèbvre. Je comprends que pour préserver votre image d'indépendance face au pouvoir, surtout judiciaire, vous devez faire place à une réaction contraire à la version officielle. Mais je comprends moins que vous choisisssiez des experts, souvent maîtres ès tergiversations et gouailleries, au coeur de l'action, bien au chaud dans leur salon...