Tragédie aérienne aux Îles

Le petit avion Mitsubishi MU-2B-60 s’est sectionné en trois parties sous la force de l’impact.
Photo: Yoanis Menge Le petit avion Mitsubishi MU-2B-60 s’est sectionné en trois parties sous la force de l’impact.

« Une tragédie épouvantable » : la mort du chroniqueur Jean Lapierre et de quatre membres de sa famille, venus assister aux funérailles du patriarche décédé au cours des derniers jours, a provoqué une onde de choc qui s’est fait sentir dans tout le Canada.

La cause de l’écrasement du petit avion Mitsubishi MU-2B-60, qui a tué les sept personnes à bord — cinq passagers et deux membres d’équipage —, restait à déterminer au moment d’écrire ces lignes, tard mardi soir. L’avion a percuté le sol à Havre-aux-Maisons, à environ 4 kilomètres de l’aéroport des îles de la Madeleine, vers 11 h 40 (12 h 40 aux Îles) mardi.

Jean Lapierre, 59 ans, sa conjointe Nicole Beaulieu, ses frères Marc et Louis Lapierre et sa soeur Martine Lapierre ont perdu la vie dans l’accident. Les deux autres victimes sont les membres de l’équipage, Fabrice Labourel et Pascal Gosselin, qui était pilote et président de l’entreprise Aéro Teknic, établie à l’aéroport de Saint-Hubert. Par une cruelle coïncidence, M. Lapierre et ses proches allaient assister aux funérailles de leur père, Raymond C. Lapierre, décédé à l’âge de 83 ans des suites de la maladie de Parkinson.

La classe politique canadienne a salué la mémoire de Jean Lapierre, un des chroniqueurs québécois les plus influents, qui a aussi été un acteur politique important du dernier quart de siècle, à titre de député et ministre fédéral. Mais les gens les plus secoués par la tragédie se trouvent aux îles de la Madeleine, cet archipel du golfe du Saint-Laurent qui a vu naître et mourir Jean Lapierre, ses frères et sa soeur.

« On perd un ambassadeur des Îles. C’est toujours une fierté quand un des nôtres performe dans le monde sportif, culturel ou politique. Nous sommes tous en deuil », a réagi Jonathan Lapierre (aucun lien de parenté avec les victimes), maire des îles de la Madeleine, joint par Le Devoir en fin de journée.

La communauté des Îles se mobilisait mardi soir pour soutenir la mère et une autre soeur de Jean Lapierre, qui vivent des moments d’une tristesse inimaginable. La famille Lapierre, véritable institution aux Îles, peut compter sur la solidarité de ses concitoyens, indique le maire.

« C’est une catastrophe »

Réginald Poirier, qui habite les îles de la Madeleine « depuis toujours », ne trouve pas de mots assez forts pour décrire ce qu’il ressent. « C’est vraiment triste. On est saisis. C’est difficile à expliquer », raconte le propriétaire du Domaine du Vieux Couvent, une auberge située à quelques centaines de mètres du lieu de l’écrasement.

« C’est une catastrophe,ajoute-t-il. Tout le monde est bouche bée. »

M. Poirier n’a que de bons mots pour Jean Lapierre, un « chic type » apprécié de tous. « Il était coloré de son langage et il reflétait bien les Îles », se rappelle-t-il.

Un autre Madelinot, Anatole Chiasson, a bien connu l’ex-politicien devenu chroniqueur. La nouvelle de mardi a eu sur lui, comme sur bien d’autres, l’effet d’un coup de poing. « Je suis du même patelin que Jean. Je l’ai côtoyé au primaire, se souvient-il. C’est une catastrophe pour nous autres. On a beaucoup de peine. En plus, il venait pour les funérailles de son père. C’est comme illogique. »

« Jean Lapierre était un ambassadeur incomparable des îles de la Madeleine », renchérit le directeur général de la Chambre de commerce des îles de la Madeleine, Sony Cormier. Il se dit touché par la solidarité dont ont fait preuve les Québécois dans les heures suivant l’annonce du drame.

« De mémoire, de mes 45 ans, c’est le premier accident du genre à se produire [aux îles de la Madeleine]. Nous vivons quotidiennement notre insularité avec fierté. Ce drame, cette carcasse au milieu du champ, ne nous fera que travailler plus fort. »

Circonstances nébuleuses

Antonin Valiquette, journaliste à la radio CFIM, était dans sa cuisine lorsqu’il a entendu un bruit d’avion « exceptionnellement fort » qui a attiré son attention.

« J’ai vu l’avion amorcer une descente assez abrupte, il est passé très près des toits voisins et des lignes électriques avant de faire une chute rapide d’altitude. Il a frappé le sol au pied d’une côte, relate-t-il. L’impact a été assez violent, ça a laissé une traînée au sol sur une longueur de 80 pieds. Au sommet de la petite élévation, le choc a été particulièrement solide. L’avion a été sectionné en plusieurs parties. »

Lorsqu’il est arrivé sur les lieux, une quinzaine de minutes plus tard, les premiers répondants étaient déjà sur place. « Je n’ai vu aucun blessé, ni sur civière ni sur pied. De ce qu’on pouvait voir, les passagers ne semblaient pas être conscients : il n’y avait pas de voix, pas de cris, pas de mouvements à l’intérieur de l’appareil. »

Jean-Claude Larouche, qui travaille aux communications pour la CSN aux îles de la Madeleine, a pour sa part été témoin des événements depuis l’île du Cap-aux-Meules, située plus à l’ouest. « Ce qui nous a embêtés un peu, c’est que l’avion était dans une trajectoire perpendiculaire de la piste, pas dans le sens de la piste. »

On en sait pour l’instant très peu sur les circonstances de l’accident. Y a-t-il eu une défaillance technique ? S’agirait-il d’une erreur de pilotage ? Les conditions météorologiques seraient-elles en cause ? Il est pour l’instant trop tôt pour le dire.

Mardi soir, la Sûreté du Québec n’avait pas donné plus de détails. De son côté, le Bureau de la sécurité des transports du Canada (BST) a indiqué qu’il mènera une enquête pour tenter de déterminer les causes de la tragédie. Les enquêteurs devraient arriver sur les lieux de l’accident ce mercredi matin.

Chose certaine, le rapport d’incident publié par Transports Canada indique qu’un avion turbopropulsé de marque Mitsubishi (MU-2B-60), immatriculé aux États-Unis et construit en 1982, a décollé de l’aéroport de Saint-Hubert mardi matin. Il s’est écrasé dans un champ, près de l’aéroport des Îles, vers 12 h 40 mardi, heure locale (11 h 40, heure de l’Est).

Environnement Canada a diffusé une alerte faisant état de forts vents dans la région. Selon plusieurs témoins, la brume recouvrait le secteur. « Ça brassait, mais ce n’étaient pas des conditions inhabituelles. On a vu pire », juge Réginald Poirier, qui voit régulièrement des avions emprunter un trajet semblable à celui de l’appareil qui s’est écrasé.

Les « conditions météorologiques défavorables » ont pourtant forcé Jazz Aviation, qui exploite des vols au nom d’Air Canada, à annuler un vol aller-retour Gaspé-îles de la Madeleine, a confirmé au Devoir la porte-parole de Jazz Aviation, Manon Stuart. Le vol d’aller devait partir de Gaspé à 12 h 30 et le vol de retour en partance des Îles était prévu à 14 h 40.

 

Les lieux du drame:



Avec Jessica Nadeau, Philippe Orfali et Lisa-Marie Gervais

2 commentaires
  • Josée Duplessis - Abonnée 30 mars 2016 06 h 36

    Pas de mots, qu'une pensée pour ceux qui restent.
    Nos sincères condoléances.

  • Marcel (Fafouin) Blais - Abonné 30 mars 2016 09 h 36

    Salut Jean et toute la Famille Lapierre !



    Quelle horrible tragédie !

    Sincères condoléances !

    Salut Jean ainsi que la Famille Lapierre "
    https://www.bing.com/videos/search?q=ceux+qui+s%27en+vont+ginette+reno+youtube&view=detail&mid=A0AC9B887A5FB3F896A6A0AC9B887A5FB3F896A6&FORM=VIRE