Un «Fred Pellerin politique», se souvient Paul Houde

Jean Lapierre, devenu animateur à la radio, s’apprête à faire une interview avec Jean Chrétien, alors premier ministre du Canada, en novembre 2000.
Photo: Paul Chiasson La Presse canadienne Jean Lapierre, devenu animateur à la radio, s’apprête à faire une interview avec Jean Chrétien, alors premier ministre du Canada, en novembre 2000.

Ce n’était pas seulement un chroniqueur : c’était un formidable communicateur capable de rendre intéressantes (et souvent amusantes) toutes les informations politiques, des plus pertinentes aux plus insignifiantes. L’animateur Paul Houde, qui le recevait quotidiennement à son émission Montréal maintenant du 98,5 FM, la plus écoutée dans la région métropolitaine, a résumé autrement, en ondes, mardi, ce simple et imparable constat en parlant de Jean Lapierre comme « du conteur du village ».

En entrevue au Devoir, il a rajouté d’autres métaphores habiles et éclairantes. « Jean traitait la politique comme si c’était du sport professionnel, dit l’animateur en deuil. On écoute un Ron Fournier qui parle par exemple du Canadien de Montréal : c’est drôle, c’est passionné, mais c’est fait avec travail et recherche. Jean Lapierre allait auprès des gens et les gens allaient auprès de lui. C’est pour ça que je dis qu’il faisait un peu penser à un conteur. C’était une sorte de Fred Pellerin politique. »

Photo: Paul Chiasson La Presse canadienne Jean Lapierre et sa conjointe, Nicole Beaulieu

Il avait aussi un sens aigu et original de la formule. M. Houde en cite de célèbres, sans compter le fameux « salut, salut » lancé à ses interlocuteurs. Il disait, par exemple : « Le discours était tellement plate qu’il était plus excitant de regarder la peinture sécher sur un mur. » Ou encore : « On est pauvre comme un crucifix plumé. » Son ami en rigole encore, mais ajoute aussitôt : « Je dis ça et j’ai le goût de brailler. »

L’animateur rappelle que Jean Lapierre passait ses journées et ses week-ends à courir le Québec pour couvrir des événements et ramasser des informations qu’il inscrivait dans son « missel » (dixit M. Houde), un petit carnet noir. « Je me souviens, il y a quelques années, il s’est débarrassé de sa petite Mercedes parce qu’elle était rendue à 500 000 km au compteur. On ne retrouvera pas quelqu’un de passionné comme lui dans les prochaines années. Il est irremplaçable. »

Paul Arcand se souvient lui aussi d’un passionné, qu’il considérait comme « le chroniqueur politique le plus influent au Québec ». Il ressentira un vide immense en animant son émission au 98,5 FM, ce mercredi matin. « Ce sera sans doute l’émission la plus difficile à faire. »

«Facile d’approche»

Liza Frulla appuie aussi cet aspect du communicateur de terrain. « Il parlait à tout le monde tout le temps, branché, et les gens voulaient lui parler aussi,dit l’ex-politicienne devenu commentatrice, comme son ami décédé. Il était très facile d’approche. Et c’est sa grande force. C’était un gars qui était très facile d’approche, et qui n’avait aucun filtre par rapport aux autres. Il était content. Combien de congrès politiques on a faits ensemble ; les militants, tout le monde adorait lui parler, adorait le voir. »

La réaction médiatique suivant la confirmation de son décès tragique a permis de prendre la mesure de l’importance du personnage. Aucun autre chroniqueur spécialisé du Québec toutes disciplines confondues ne pourrait susciter autant de réactions, autant de couverture, autant d’éloges venus de tous bords, y compris des politiciens qu’ils couvraient. « La politique ne sera plus la même », a résumé le député péquiste Bernard Drainville.

Il faut dire que Jean Lapierre était partout, omniprésent en anglais comme en français, à la télé comme à la radio. Son compte Twitter @jean_lapierre (88 000 abonnés) rappelle qu’il travaillait pour neuf médias québécois : TVA, CTV, 98,5FM, FM93, 106,9 FM, CJAD, et les émissions Salut Bonjour, Mario Dumont et 100 % Nouvelles.

Ses trois employeurs médiatiques principaux (le 98,5, TVA et Québecor) ont réagi de concert, avec un communiqué commun pour saluer le « grand communicateur », un « être unique » et un « compagnon de travail engagé, passionné ». En fait, il était tellement connu qu’il avait son « bonhomme » à l’émission Et Dieu créa Laflaque d’ICI Radio-Canada Télé.

Son talent d’homme-pont jeté entre les différentes factions politiques et les partis de tous bords (ou presque) avait récemment servi à stimuler et recueillir les confidences de 18 personnalités majeures autour du référendum de 1995. Le livre cosigné avec la chroniqueuse Chantal Hébert, Confessions post-référendaires (éditions de l’Homme), sorti il y a deux ans, rassemblait des entrevues avec Lucien Bouchard, Jean Chrétien, Jacques Parizeau ou Preston Manning.

1 commentaire
  • Marcel (Fafouin) Blais - Abonné 30 mars 2016 15 h 47

    Merci Jean !

    « du conteur du village » (Paul Houde, animateur, Montréal maintenant, 98,5 FM)

    Oui, en effet, et encore, ce Jean faisait également parti du Village qu’il appréciait écouter, côtoyer et vivre de découvertes et de talents à raconter et parcourir du cœur, et ce, tout simplement et avec courtoisie citoyenne !

    De plus, lorsqu’il prenait l’autobus lors d’une campagne électorale, il aimait rencontrer le peuple lui dire des choses, des affaire qu’il portait et transmettait avec un sens critique, enjoué et apolitique !

    C’était tout un phénomène qui, semblable à des Fournier-Pellerin-Poirier, va demeurer une terrible perte mais aussi et surtout un modèle de vie !

    Merci Jean ! - 30 mars 2016 -