Jian Ghomeshi est acquitté

L’ancien animateur de la radio anglaise de Radio-Canada Jian Ghomeshi a été acquitté, jeudi, de tous les chefs qui pesaient contre lui dans des affaires d’agression sexuelle.

Le juge William Horkins, de la Cour de l’Ontario, l’a ainsi déclaré non coupable de quatre chefs d’agression sexuelle et d’un chef d’avoir tenté d’étouffer, de suffoquer ou d’étrangler une personne dans le but de vaincre sa résistance. Le magistrat a déclaré qu’il ne pouvait tout simplement pas se fier sur les témoignages des trois plaignantes compte tenu qu’elles ont parfois modifié leur récit en cours de route et ont même été jusqu’à mentir.

La seule preuve sur laquelle il devait se pencher – comme c’est généralement le cas dans les cas d’agressions sexuelles – était la crédibilité des plaignantes, qui a été grandement minée par le contre-interrogatoire de la défense, selon le juge.

« Ce qui est troublant n’est pas l’absence de clarté, mais plutôt la modification des faits d’un témoignage à l’autre », a déclaré le juge Horkins au sujet de l’une des trois plaignantes.

« En contre-interrogatoire, la valeur de son témoignage a subi des dommages irréparables », a-t-il dit au sujet d’un autre témoin.

L’ancien animateur avait plaidé non coupable à tous les chefs d’accusation. Les trois plaignantes ont raconté qu’elles vivaient un moment romantique avec Jian Ghomeshi lorsqu’il est brièvement devenu violent, des incidents qui se seraient produits entre 2002 et 2003.

La défense a avancé que les trois femmes avaient menti durant leur témoignage au sujet de leurs interactions avec lui, de sorte qu’elles n’étaient pas crédibles.

Le juge a accepté cette défense, et a affirmé à plusieurs reprises que les femmes avaient menti, s’étaient montrées manipulatrices et avaient caché de l’information pertinente au sujet des contacts qu’elles avaient eus avec l’accusé après les présumées agressions.

« Il n’y a pas de preuve irréfutable, a-t-il dit. Il n’y a que le témoignage sous serment de chacune des plaignantes. »

Le juge Horkins a ajouté qu’il ne pouvait blâmer la mémoire imparfaite des femmes, mais a insisté sur le fait que leur « suppression » de preuves et leurs « duperies » sous serment avaient fait en sorte qu’il était difficile d’avoir confiance en elles.

« La suppression de la vérité sera tout aussi dommageable pour leur crédibilité qu’un mensonge direct sous serment », a dit le juge.

Cette cause a démontré la nécessité de faire preuve de vigilance quant à la fausse présomption que les plaignantes, dans les cas d’agressions sexuelles, « disent toujours la vérité », a ajouté le magistrat. Il a cependant ajouté que l’acquittement ne signifiait pas pour autant que les événements en question ne se sont jamais produits.

Jian Ghomeshi, qui est âgé de 48 ans et qui n’a pas témoigné à son procès, a montré peu d’émotion pendant toutes les procédures, le mois dernier.

Le juge Horkins a mentionné que la présomption d’innocence dans une cause criminelle n’était pas « une faveur ou un geste charitable » et qu’une condamnation nécessitait « une preuve au-delà du doute raisonnable ».

Au cours du procès, les témoignages des trois plaignantes et leur contre-interrogatoire par la célèbre avocate de Jian Ghomeshi, Marie Henein, avaient provoqué des moments dramatiques.

La première plaignante a soutenu qu’à la fin de 2002, Jian Ghomeshi lui avait soudainement tiré les cheveux alors qu’ils s’embrassaient dans la voiture. Quelques jours plus tard, il aurait selon elle recommencé le même manège chez lui, avant de la frapper à la tête.

La deuxième plaignante, l’actrice Lucy DeCoutere – la seule que l’on puisse identifier –, a soutenu que l’animateur l’avait soudainement poussée contre le mur et avait commencé à l’étrangler et à la frapper au visage, alors que le couple s’embrassait dans la chambre de l’accusé, à l’été 2003.

La troisième présumée victime a soutenu que Jian Ghomeshi l’avait subitement mordue à l’épaule et avait commencé à lui serrer la gorge avec ses mains, alors qu’ils s’embrassaient sur un banc de parc en 2003.

En contre-interrogatoire, toutefois, Marie Henein a fait admettre à la première plaignante qu’elle avait envoyé à Jian Ghomeshi, après l’agression présumée, des courriels aimables lui demandant de la joindre, et même une photo d’elle en bikini. Le témoin a soutenu qu’il s’agissait là d’un « appât » pour pouvoir obtenir des explications sur l’agression. Elle a aussi soutenu au procès que lorsqu’elle a porté plainte à la police, elle avait oublié l’existence de ces courriels.

Me Henein a ensuite fait admettre à Lucy DeCoutere qu’elle avait elle aussi envoyé un courriel à Jian Ghomeshi quelques heures après l’agression présumée, dans lequel elle souhaitait coucher de nouveau avec lui. Elle a aussi produit en preuve une lettre manuscrite que l’actrice avait envoyée à l’accusé quelques jours plus tard et qui se terminait par les mots : « J’adore tes mains ».

La troisième plaignante a reconnu en contre-interrogatoire qu’elle avait délibérément induit les policiers en erreur lorsqu’elle a omis de leur dire qu’elle avait eu une relation sexuelle avec Jian Ghomeshi quelques jours après l’agression présumée. Me Henein lui a aussi fait admettre qu’elle et Lucy DeCoutere avaient échangé des milliers de messages dans lesquels les deux plaignantes discutaient de leurs allégations et partageaient leur mépris pour l’accusé.

Jian Ghomeshi est aussi accusé dans une autre affaire d’agression sexuelle, qui sera entendue par un autre tribunal en juin.
 
14 commentaires
  • Sylvain Rivest - Abonné 24 mars 2016 11 h 43

    Bravo la justice

    Une autre ordure en liberté.

    • Patrick Boulanger - Abonné 24 mars 2016 15 h 50

      Je suis étonné de la haute (!) estime que vous avez de votre jugement.

  • Francois Cossette - Inscrit 24 mars 2016 11 h 50

    La justice qu'on a les moyens de se payer !!!!

    Il ne faut jamais confondre non-coupable avec innoncent. Ce sont 2 concepts qui peuvent avoir un lieu commun mais pas toujours.

    Pour le reste, comme on le sait, la justice va de paire avec les moyens que l'on a de pouvoir se la payer. Il est clair que lorsque ceux-ci sont au rendez-vous, comme dans ce cas-ci, on mets toutes les chances de son cote.

  • Jean-Pierre Gagnon - Abonné 24 mars 2016 12 h 35

    Bon jugement

    Quand on prend le temps de bien analyser objectivement les pémoignages produits, on conclue que le juge a eu parfaitement raison...

  • Colette Pagé - Inscrite 24 mars 2016 13 h 03

    Verdict dissuasif pour les femmes victimes !

    Les contradictions dans les témoignages de ces femmes agressées ont contribué à ce verdict. La Couronne a-t-elle présumée du résultat ? Malheureusement ce verdict pourrait avoir comme conséquence de dissuader des femmes agressées de porter plainte. Les leçons à tirer sont nombreuses.

    • Pierre Hélie - Inscrit 24 mars 2016 14 h 00

      Je ne sais pas si Gomeshi était coupable ou non, et il est clair qu'il devait avoir accès à un procès juste et équitable. Ce qui m'écoeure par contre, c'est que la défense ait gagné en attaquant la crédibilité des plaignantes en révélant qu'elles avaient maintenu des relations après les prétendues agressions, ce qui selon plusieurs experts est une situation relativement fréquente et explicable (et non pas a priori une démonstration de contradiction); à ma connaissance, le juge n'a pas eu accès (ou n'a pas cru bon de s'y attarder?) à ces informations pourtant essentielles à un procès équitable. Le fait que les plaignantes n'aient pas mentionné ces relations, dans ces circonstances, ne constitue pas non plus a priori un cas de parjure. Gomeshi avait clairement les moyens de se payer une excellente (d'un point de vue strictement professionnel...) avocate qui a probablement plus de moyens que les procureurs de la Couronne.

    • - Inscrit 24 mars 2016 14 h 49

      Je ne crois pas que ce jugement soit dissuasif pour les femmes agressées dans le futur.

      Pour la simple raison que la poursuite ici à été d'une telle bêtise, elle a tellement bâclé son travail, que l'accusé et son avocate ont eu tout pour eux. Ce procès a été un tissu d'erreurs qui ne pouvaient déboucher que sur ce verdict.

      La seule leçon, à tirer est qu'avant de se présenter en cours, les proureurs doivent s'assurer de la crédibilité de leurs client(es)s.

  • Michel Lebel - Abonné 24 mars 2016 13 h 26

    Bien prévisible!

    Vu la grande faiblesse des témoignages des femmes concernées, ce verdict était plus que prévisible. Le doute en faveur de l'accusé était raisonnable. Tel est notre système judiciaire.

    M.L.