La lune de miel entre Séguin et le FRAPRU est terminée

Carole Girard, Lucie Edsell, Carole Després et Chantale Cassivi étaient au nombre des personnes venues témoigner hier à l’invitation du FRAPRU.
Photo: Jacques Nadeau Carole Girard, Lucie Edsell, Carole Després et Chantale Cassivi étaient au nombre des personnes venues témoigner hier à l’invitation du FRAPRU.

La bonne entente entre le Front d'action populaire en réaménagement urbain (FRAPRU) et le ministre des Finances, Yves Séguin, n'aura pas duré. Si les promesses d'ouverture du ministre en matière de logement social avaient charmé les militants la semaine dernière, son silence depuis les a amenés hier à dénoncer vertement le gouvernement Charest, qui refuse de dire s'il compensera l'annulation du supplément au loyer d'urgence dont 3000 ménages dépendent et, le cas échéant, comment il le fera.

Pour illustrer l'urgence de sa demande, le FRAPRU a invité 16 familles touchées par le retrait de ce supplément à venir témoigner à l'occasion d'une conférence de presse. Concrètement, l'annulation du supplément d'urgence, accordé depuis 2001 aux ménages qui se sont retrouvés sans logis au 1er juillet, fera en sorte que leur loyer grimpera considérablement, jusqu'à tripler ou quadrupler pour certains d'entre eux.

Une telle somme ne pouvant être assumée par ces familles, celles-ci n'auront d'autre choix que d'annoncer leur départ, cela au plus tard le 31 mars prochain. D'où le sentiment d'urgence qui frappait le FRAPRU hier. «Non seulement il faut annoncer quelque chose, quelque chose de suffisant, mais il faut le faire rapidement parce que les gens doivent avertir leur propriétaire de leur volonté de rester ou non dans leur logement, a expliqué son porte-parole, François Saillant.

Sur les 3000 ménages affectés par la fin du supplément, 1800 sont des Montréalais, 200 vivent à Québec, 200 à Gatineau et 200 à Longueuil, alors que près d'une centaine sont de Laval. La pénurie de logements locatifs sévissant toujours dans ces villes, selon les données recueillies par le FRAPRU, «le problème du manque de logements à coût modique risque d'être tout aussi grand en juillet prochain», a prévenu M. Saillant.

Le FRAPRU rencontrera le ministre Séguin lundi, de même que son collègue des Affaires municipales, Jean-Marc Fournier. Il en profitera pour rappeler au gouvernement la nécessité de «planifier à long terme», a confirmé M. Saillant. Dénonçant le fait qu'il ne s'est pas bâti d'habitations à loyer modique (HLM) depuis dix ans au Québec — la liste d'attente étant de 17 500 noms, seulement à Montréal —, le FRAPRU demande un réinvestissement dans la construction de ce type de logements comme dans celui des logements abordables. «Il faut aussi s'assurer que les engagements pris par le gouvernement, soit de compléter les 13 000 logements annoncés en 2001 par le PQ, se réalisent», a enfin rappelé M. Saillant.