« L’humour est une arme que Daech n’a pas ! »

Une scène de la pièce «Djihad»
Photo: Elyes Ghidaoui Une scène de la pièce «Djihad»

Peut-on marier humour et terrorisme ? Oui, martèle, Ismaël Saidi, auteur de théâtre et metteur en scène qui porte son message contre la radicalisation auprès des écoliers et brasse la cage des sensibilités sociales en Europe avec Djihad, une tragicomédie sur l’absurdité des diktats religieux.


Quand il a couché sur papier en 2014 une pièce sur le périple insolite de trois djihadistes complètement niais, Saidi était loin de se douter que le visage de l’Europe allait bientôt être bousculé par les attentats de Charlie Hebdo et l’Hypercacher et son propre pays se retrouver au coeur de la tourmente terroriste. « Cet été-là, j’avais entendu Marine Le Pen dire : “Je n’ai pas de problème avec les jeunes qui partent combattre en Syrie, pourvu qu’ils ne reviennent pas.” Ça m’a tellement choqué que j’ai voulu à tout prix parler de ces jeunes », raconte Ismaël, joint mercredi à Bruxelles.


Une hydre à deux têtes


Depuis, le sort a frappé. Deux fois. Trois fois. Et plus encore. Quasi prémonitoire, la pièce a pris l’affiche juste avant les attentats de Charlie Hebdo et de l’Hypercacher en janvier 2015. Le jour où les terroristes se sont engouffrés cette fois dans la salle du Bataclan, en novembre dernier, les comédiens faisaient salle comble à Bruxelles. Dans la foulée de l’horreur, la captation de la pièce, télédiffusée sur les ondes de la télévision belge, a fait office de catharsis nationale, vue par plus de 300 000 téléspectateurs.


« Il n’y a pas de sujet délicat, pas de sujet inabordable. Cette pièce a permis de briser un tabou. Ça a permis aux écoles de dégonfler le ballon du djihad, de dire cette réalité », affirme Ismaël Saidi, qui, avec l’humour, combat l’ombre de la radicalisation et sert un camouflet bien senti à certaines mouvances musulmanes.


« L’humour, c’est une arme que Daech n’a pas », martèle-t-il en utilisant la dénomination européenne du groupe armé État islamique.


Lui, enfant du quartier de Schaerbeek, devenu une des planques de la filière terroriste belge, dit connaître ces communautés sur le bout de ses doigts. Pour lui, la radicalisation est « une hydre à deux têtes » causée, oui, par les fractures et l’exclusion sociales, mais aussi par la pression exercée auprès des jeunes musulmans par leurs propres communautés. « La rupture sociale vient aussi des messages véhiculés par les musulmans eux-mêmes. Oui, ils vivent au sein de ghettos où règnent la pauvreté et le chômage, mais la pression religieuse que subissent ces jeunes les prépare à la radicalisation », tranche-t-il.


Dans une Europe à fleur de peau, son propos a un potentiel hautement explosif, convient-il. Pourtant, il affirme n’avoir jamais fait l’objet d’insultes depuis que sa satire roule sa bosse sur les scènes de Belgique et de France. Jamais on ne l’a taxé de « trahir sa communauté ou de susciter l’islamophobie ». Au contraire, il a fracassé une omertà en projetant aux musulmans une vision sans fard. « Au début, ça a été un choc. C’était comme se regarder droit dans les yeux, devant un miroir. »





Satire de l’horreur


Djihad présente en bouquet les contradictions de trois jeunes Bruxellois musulmans pétris d’ennui devant la nullité de leur vie, partis combattre en Turquie à la gloire d’Allah. Reda quitte sa douce pour épouser « une vraie musulmane », alors que Ben, fou de dessins, fait un trait sur ses crayons pour respecter l’islam. Sur la route, Ismaël, un admirateur d’Elvis, renie son idole, qu’il soupçonne d’être juif.


La caricature caustique décape les clichés colportés par toutes les religions et déboulonne les diktats qui font se dresser « des murs » entre les communautés. Tout ça en suscitant une furieuse contraction des zygomatiques. Les trois protagonistes « sont tellement cons,dit Saidi, que comme dans un film de Pierre Richard ou de Funès, on finit par les aimer, par vouloir les aider ». « Moi, ce qui m’intéresse, c’est le dénominateur commun entre tous »,dit-il.


Cette arme gantée d’autodérision a été vue par plus de 47 000 spectateurs en France et en Belgique, dont 26 000 élèves de diverses communes belges. Athées comme musulmans ou chrétiens, tous croulent de rire, sortent du théâtre un peu soulagés par ce baume appliqué sur la crise du vivre-ensemble. « Au début, ç’a été un choc. Des mères musulmanes sont venues me dire : “Moi aussi, j’ai agi comme ça avec mon fils sans m’en rendre compte en lui disant que les filles non musulmanes, c’était juste pour s’amuser.” »


Difficile de croire qu’avant de fouler les scènes pour dilater les rates, Ismaël Saidi était policier. « Je patrouillais, comme dans 19-2 ! » Il a tout plaqué il y a six ans pour se consacrer à l’écriture, une passion qui l’habite depuis l’enfance, nourrie par le creuset culturel métissé dans lequel il a vécu. « L’humour est rassembleur, les gens en ont besoin. On est arrivés à un point où ils n’en peuvent plus de ces horreurs, croit Ismaël Saidi. Nous, musulmans, avons développé un rapport à la religion floué, biaisé. Je suis consterné de voir que mes coreligionnaires n’ont aucun sens de l’humour. Pourtant, la douleur et l’humour sont liés, c’est une soupape. Mon travail, c’est de faire oublier cette douleur, d’ouvrir une porte ! »




Une pièce contagieuse

Après avoir tourné en France et la Belgique, la pièce Djihad vient d’être traduite en flamand et en anglais pour être présentée aux Pays-Bas et au Royaume-Uni. Selon l’auteur, le Centre de prévention de la radicalisation menant à la violence de Montréal s’y intéresserait aussi, ainsi que des diffuseurs américains. La plume corrosive de Saidi a des parentés avec celle de François Avard, auteur de la série télé Les Bougon, avec qui il a collaboré pour son film Morrocan Gigolo. Un film tourné en Belgique, avec toute une délégation québécoise, dont l’actrice Guylaine Tremblay.
3 commentaires
  • François Desgroseilliers - Inscrit 24 mars 2016 06 h 09

    Rire de nos replis sur soi

    Toute nationalités, religions ont des tendances à des replis sur soi lorsqu'elles se sentent menacées, marginalisées. Ces replis identitaires ont tendance à démoniser les autres. DAESH est un exemple parmi d'autres comme Le Front national et ses équivalents européens ou les anciens groupes de brigades rouges, panthères noires ou sentiers lumineux qui ont choisi la violence comme outils de libération.
    Mais ces violences contre des victimes innocentes sont des négations de l'humanité. Reste aux pouvoirs, à nos politiciens et à nous comme citoyens, de se soucier de la dignité de toute personne et de combattre les extrémistes de toutes sortes...

  • Paul-André Sansregret - Abonné 24 mars 2016 06 h 39

    Bienvenue chez-nous

    Il faudrait que les musulmans-artistes d'ici importent, au Québec cette pièce de théâtre . Il est évident que l'humour est rassembleur.
    Paul-André Sansregret

  • Donald Bordeleau - Abonné 24 mars 2016 16 h 29

    Le multiculturalisme et l'interculturalisme amènent à la même ségrégation

    Le maire Labeaume a une opinion différente de Phillipe et de Justin sur l'islamisme.

    Le multiculturalisme et l'interculturalisme amènent à la même ségrégation, qui tolèrent n’importe quoi, l’islamisme conquérant, l'intégrisme est un choix personnel légitime et l’idéologie de La Charte des droits qui ligote les autorités politiques et les condamne à l’impuissance.

    La dictature politique de tolérance de Couillard, de Coderre et de Trudeau face a l'intolérable a laissé des éléments radicaux exercer leur propagande depuis trop longtemps.

    Des ghettos ou dans les rues où l'on croise des étals, des boucheries halals et des mosquées où interviennent des prédicateurs fondamentalistes comme agent de radicalisation comme le fait Charkaoui.

    Des zones ou le chômage ( 17% ) et le manque de ressources pour aider à l'intégration des nouveaux arrivants pour apprendre la langue et avoir une formation.

    La loi 59 de Jacques Frémont est d'ores et déjà l'objet d'une tentative de récupération du jihad politique pour la gang à l'imam Salam Elmenyawi, de Adil Charkaoui et Samer Majzoub qui jouent constamment aux victimes.

    La politique de tolérance des 3 petits singes (rien vu, rien entendu, rien dit), s'ajoute maintenant à la politique de l'autruche canadienne et québécoise.

    Une société inclusive sous le modèle de l’interculturalisme selon Couillard

    http://www.plq.org/fr/article/lettre-ouverte-phili