Des gens d'affaires sont indisposés par une éventuelle taxe sur les stationnements

Des organisations de gens d'affaires se sont montrées «extrêmement surprises», hier, que le gouvernement libéral jongle avec l'idée de permettre aux municipalités de plus de 100 000 habitants de taxer les stationnements non résidentiels, une idée à laquelle elles «s'opposent catégoriquement». Elles affirment ne pas s'expliquer l'attitude des libéraux, puisque ces derniers les ont aidées, il y a un an à peine, à convaincre le gouvernement péquiste d'alors de renoncer à adopter cette même mesure.

Selon cette coalition de sept organismes — qui comprend l'Institut de développement urbain du Québec (IDU Québec), le Conseil québécois du commerce de détail, l'Association des propriétaires et administrateurs d'Immeubles du Québec (BOMA), le Conseil international des centres commerciaux (ICFC), la Chambre de commerce du Montréal métropolitain, l'Association de l'industrie du stationnement de Montréal et la Fédération des chambres de commerce du Québec —, une taxe sur le stationnement aurait «un effet catastrophique» sur le centre-ville de Montréal. Selon Pierre Cléroux, président de l'IDU, la nouvelle taxe n'aurait pas tant un effet dissuasif sur les gens qui viennent travailler en ville en voiture: son effet serait surtout de réduire la fréquentation des commerces et les assistances aux spectacles et aux événements sportifs. «On a mis dix ans à ramener les gens dans le centre-ville de Montréal. Une grande partie de ces efforts va disparaître avec une telle taxe», a déclaré M. Cléroux. La coalition a aussi fait valoir que les Québécois sont déjà trop taxés et qu'il est curieux que le gouvernement formé par le Parti libéral songe à augmenter ces taxes, lui qui a été élu en dénonçant le trop lourd fardeau fiscal des Québécois.

Tout en précisant qu'ils ne sont pas des experts en matière de transports en commun, les gens d'affaires ont tenu à se montrer constructifs: ils ont proposé deux voies par lesquelles la crise dans les transports en commun pourrait être surmontée. D'une part, il faut selon eux que le gouvernement réinvestisse dans ce secteur, puisqu'il s'en est désengagé depuis 10 ans. D'autre part, ils ont proposé que le gouvernement du Québec favorise les partenariats avec le secteur privé, Ücomme cela se fait dans les grandes villes américaines et même dans des villes françaises qu'on ne peut pas dire à droite économiquement».

Dauphin

Cible principale de la coalition des sept organismes, le président de la STM, Claude Dauphin, a répondu en début d'après-midi hier qu'il souhaiterait effectivement que le gouvernement du Québec donne à la Ville le pouvoir de taxer les stationnements. Il s'est dit heureux de voir que tout le monde, désormais, «y compris les gens d'affaires», admet qu'il y a une crise dans le financement des transports en commun. «C'était loin d'être le cas il y a un an.» Une taxe supplémentaire pourrait selon lui permettre de faire d'une pierre deux coups: d'une part, encourager les gens qui viennent travailler en ville à utiliser les transports en commun, ce qui aurait pour effet de diminuer le flot de voitures et rendrait donc la circulation plus aisée sur les grandes artères. Selon Dauphin, il est beaucoup moins cher de stationner à Montréal que dans plusieurs autres grandes villes nord-américaines. «J'ai été délégué du Québec à Boston et je peux vous dire que 30 $ pour une journée, c'était courant, alors qu'à Montréal, les prix sont plus près de 6 $ pour une journée.»