Raël accuse une ancienne disciple de l'avoir diffamé

Le leader des raéliens, Claude Vorilhon, poursuit une enseignante française pour diffamation, a rapporté hier le quotidien Libération.

Le gourou demande 30 000 euros (environ 50 200 $CAN) à l'enseignante de Bordeaux, raélienne pendant 13 ans.

Selon Libération, Raël lui avait promis «du bonheur, le droit à la vie éternelle». Dominique Saint-Hilaire, 53 ans, y croyait. Et pendant des années, elle a adhéré au mouvement des «raéliens guidés par le prophète» Claude Vorilhon, alias Raël.

Depuis, elle a déchanté. Et se trouvait mardi devant le tribunal de grande instance de Bordeaux, assignée en diffamation par son ex-gourou. Celui-ci n'a pas apprécié qu'elle mette en doute la probité de la «secte» dont elle s'est détachée il y a deux ans.

La rencontre de Dominique Saint-Hilaire avec les raéliens date de 1987, raconte Libération. À cette époque, l'enseignante d'anglais était en poste à la Guadeloupe. Divorcée, elle s'est retrouvée seule à élever ses trois enfants, dont un handicapé.

Les raéliens lui apportaient du «soulagement», selon Libération. Pas seulement moral. La secte pratique aussi le soulagement financier, selon elle. Elle raconte avoir dû payer «1000 euros [environ 1670 $CAN] par an en moyenne».

Pendant 13 ans, Dominique Saint-Hilaire n'a pas rechigné à mettre la main à la poche, comme les 10 000 adhérents que compterait la «secte», ajoute le quotidien parisien.

Les choses se sont compliquées en 1997 lorsqu'elle est rentrée à Bordeaux. Selon elle, la «secte» devint pressante.

«Il fallait aller dans les rues piétonnes, faire du porte-à-porte.» Et récolter l'argent qui va notamment entretenir l'écurie de voitures de course du prophète, précise Libération.

Arrive le clonage de la brebis Dolly, qui donne des idées à Raël. «Il a annoncé qu'il créait une société avec une boîte aux lettres aux Bahamas. J'ai compris son jeu. Tout ça, c'était bidon.» Dominique Saint-Hilaire ouvre les yeux. Le message du gourou, du style «vous êtes la crème des crèmes, la conscience de l'humanité», ne fait plus d'effet. «C'était ridicule.»

À l'été 2000, elle a quitté les raéliens et s'est fait interviewée par une télévision canadienne en octobre 2002 sur le prophète et la «secte». Elle a parlé d'«une escroquerie», du «fisc qui est après lui». Elle a même été «tentée de dire qu'il manipule».

Deux mois plus tard, l'interview s'est retrouvée sur un forum Internet et son témoignage n'était pas au goût du prophète, qui l'a assignée en diffamation et lui demande 30 000 euros pour préjudice moral.

Plus d'une heure durant, Daniel Picotin, avocat de l'ex-raélienne, a mis les projecteurs sur le prophète, mardi, expliquant que sa cliente s'était fait «berner», croyant entrer dans «un mouvement spirituel», qui en fait n'est qu'une «entreprise de gestion». Vorilhon? «Un gourou, passé maître dans l'art de la manipulation», qui fait des «coups médiatiques», un «vaste bouffon qui fait des dessins de science-fiction des années 50».

Les problèmes de fisc? Bien réels, selon Daniel Picotin, en référence au rapport parlementaire français de juin 1999 qui a étudié la situation financière de la «secte» et fait état «d'absence de déclarations d'activités lucratives, de distribution occulte de revenus et d'état de créances non recouvrées par la comptabilité publique».

Dominique Saint-Hilaire a répété qu'elle témoignait à visage découvert pour «semer le doute» chez les membres de la «secte». L'affaire est en délibéré jusqu'au 16 mars.