Le pont Victoria, l’ancêtre qui tient toujours tête

Le pont Victoria a été inauguré le 26 août 1860 par le prince de Galles.
Photo: Annik MH de Carufel Le Devoir Le pont Victoria a été inauguré le 26 août 1860 par le prince de Galles.

À quelques kilomètres du futur pont Champlain, l’ancêtre des ponts montréalais, construit à coups de pelle et de pioche, tient toujours tête aux forts courants du Saint-Laurent.

Aux côtés du pont Victoria, le plus jeunot pont Champlain, inauguré en 1962, a déjà des airs de ruines. Affublé de béquilles comme un vieillard chambranlant, il est aux soins intensifs, pour ne pas dire en soins de fin de vie.

Malgré son humble apparence, la confection du pont Victoria, premier à avoir bravé le Saint-Laurent, a constitué en 1854 un exploit de génie civil, longtemps considéré comme une des plus grandes innovations du XIXe siècle et la « 8e merveille du monde ».

À l’époque, l’Empire britannique rêve de trains et mettra toutes ses énergies à s’assurer que cette invention n’est ralentie par aucun obstacle, pas même le courant tumultueux du fleuve.

Choisi par Londres et la Société du Grand Tronc, l’ingénieur James Hodge, aussi maître d’oeuvre de la ligne du Grand Tronc, est dépêché pour concevoir ce pont de 2790 mètres, exposé à un courant de 11 noeuds.

Quelque 3000 ouvriers, à majorité irlandais, s’échineront sur ce chantier titanesque dans des conditions de travail exécrables. Des tranchées profondes creusées à la pelle, et asséchées par des pompes, sont créées pour extraire des tonnes de pierres et de sédiments du lit du fleuve, à l’aide de chariots et d’attelages de chevaux de trait. Sur le chantier, on compte 450 tailleurs de pierre et plus de 500 marins affectés aux manoeuvres de 74 barges et deux remorqueurs à vapeur. Toutes les pièces d’acier seront conçues en Angleterre.

Cinq ans, cinq mois et 1 500 000 rivets d’acier plus tard, l’ouvrage sera inauguré le 26 août 1860 par le prince de Galles au nom de la reine Victoria.

Construit pour accueillir une structure tubulaire en acier aux allures de métro, le pont sera reconfiguré quelques années plus tard quand les locomotives, d’abord actionnées par la combustion du bois, sont converties au charbon. Mais dans les voitures, les passagers sont grandement incommodés par la fumée noire du charbon. Pour permettre une meilleure aération, le tube sera remplacé par l’actuelle structure en treillis d’acier, érigée en grande partie par des Mohawks de Kahnawake. Deux voies de tramways sont ajoutées à la fin du XIXe siècle.

Les mêmes modes de construction épiques ont marqué la construction du pont de Québec qui, de triste mémoire, s’est effondré deux fois en cours de construction, entraînant dans la mort 90 ouvriers en 1907, puis 13 autres en 1916. Emprisonnés dans des caissons de bois sans fond déplacés puis plongés au milieu du fleuve, les ouvriers y creusaient les fondations sous l’eau, ravitaillés grâce à de l’air comprimé propulsé. Pour le pilier sud, il faudra creuser 80 pieds pour atteindre le roc, et 55 pieds pour le pilier nord. Finalement terminé en 1917, le pont de Québec, lui aussi inauguré par le prince de Galles, devient alors le plus long pont suspendu au monde.

2 commentaires
  • Robert Paré - Abonné 19 mars 2016 08 h 57

    Le pont Victoria, l'ancêtre qui tient toujours tête

    Bonjour,

    On mentionne dans cet article qu'à son inauguration le pont de Québec était le plus long pont suspendu au monde. En fait ce n'est pas un pont suspendu comme son voisin le pont Pierre Laporte. C'est plutôt une pont en porte-à-faux ou "cantilever". Il est toutefois exact de dire qu'il possède la plus longue portée au monde.

    Robert Paré, ing.
    Québec

  • Sylvain Auclair - Abonné 19 mars 2016 11 h 06

    Lui aussi inauguré par le Prince de Galles?

    La fils aîné de la reine Victoria, qui était prince de Galles en 1860, avait eu le temps de devenir roi et de mourir avant 1917. Alors, si le pont de Québec a lui aussi été inauguré par le prince de Galles, c'était le petit-fils du précédent, celui qui allait devenir roi pour quelques mois en 1936, sous le nom d'Édouard VIII, avant d'abdiquer.