Un policier aurait incité des victimes à ne pas dénoncer

À la suite d’une première plainte en 1994, le policier Gérard Bouchard a recueilli les propos de la victime, puis n’a plus jamais communiqué avec elle.
Photo: iStock À la suite d’une première plainte en 1994, le policier Gérard Bouchard a recueilli les propos de la victime, puis n’a plus jamais communiqué avec elle.

Un policier bien en vue du Service de police de Sorel aurait tenté d’étouffer des histoires de crimes sexuels en incitant les victimes adolescentes à ne pas poursuivre les démarches visant à dénoncer leur agresseur, allègue une poursuite intentée mercredi par une victime du multirécidiviste André Pépin à l’encontre du policier Gérard Bouchard.

Cette victime — appelons-la Éric — réclame aujourd’hui 750 000 $ à la Ville de Sorel-Tracy et à l’ex-policier Gérard Bouchard en dommages moraux, matériels et punitifs pour avoir « protégé » André Pépin, au cours des années 1990, malgré son casier judiciaire étoffé en matière de crimes sexuels.

En juin 1994, Éric, alors âgé de seize ans, a été victime à deux occasions d’agressions sexuelles commises par Pépin. Lors de la première agression, l’homme aurait abordé l’adolescent alors que ce dernier faisait de l’auto-stop, puis l’a invité à prendre une bière au motel où il résidait. Il aurait ensuite drogué Éric à son insu avant de le violer. Quelques jours plus tard, alors qu’Éric s’était rendu au domicile d’André Pépin pour qu’ils se confrontent, ce dernier l’a une fois de plus drogué et agressé sexuellement.

À la suite d’une première plainte faite à la police en octobre 1994, le policier Gérard Bouchard a recueilli les propos de la victime, puis n’a plus jamais communiqué avec elle. Inquiet de savoir pourquoi cela prenait tant de temps, Éric a communiqué avec l’enquêteur Bouchard en décembre. Celui-ci lui a répondu qu’aucune accusation criminelle ne serait portée contre André Pépin, car cela serait seulement « sa parole contre celle d’André Pépin ».

Pourtant, M. Pépin était déjà très bien connu des policiers, particulièrement de M. Bouchard, et son casier judiciaire contenait déjà de nombreuses condamnations pour des gestes semblables, s’étonne Me Alain Arsenault, l’avocat d’Éric. « C’était un prédateur qui ciblait les enfants et les adolescents. Après sa dernière sortie de prison, il a continué à agresser. Onze personnes ont porté plainte à la police de Sorel-Tracy, et elle n’a rien fait ! Dès 1991, la police leur ressortait constamment que c’était “leur parole contre la sienne”. Or, quand on regarde les antécédents, les façons de procéder, on se rend bien compte que ce n’est pas un cas unique. Un policier ne pouvait pas dire ça, pas à autant de victimes. Si les policiers de Sorel avaient fait leur travail, ce monsieur-là aurait été en prison et mon client et d’autres victimes n’auraient pas été abusés », dit-il.

Protection

Me Arsenault se dit aujourd’hui convaincu que M. Pépin a bénéficié d’une « protection » au sein du corps de police. « C’est incompréhensible qu’un policier comme M. Bouchard ait pu agir comme ça, ait pu fermer les yeux, à moins qu’il ait eu un motif inavouable. Nous, on veut savoir pourquoi il a protégé [Pépin] de la sorte. »

Joint par téléphone à son domicile de Sorel-Tracy par Le Devoir, l’ex-policier Bouchard n’a offert aucun commentaire. Celui-ci a été vice-président de la Fraternité des policiers et policières de Sorel-Tracy, selon des registres accessibles par Internet. Il est aujourd’hui retraité. Le service de police local a été dissous en 2004, selon le porte-parole de la Ville, la Sûreté du Québec prenant alors le relais.

Quant à lui, André Pépin croupit en prison. À la suite de la réouverture de nombreuses enquêtes à son égard par la Sûreté du Québec, en 2013, il a été trouvé coupable de 29 de 39 chefs d’accusation, dont ceux concernant les agressions envers Éric. Il pourrait passer près de 21 ans en prison pour ses divers crimes. « Il est clair qu’il s’agit d’un manipulateur cherchant à extorquer des relations sexuelles à ses victimes », a déclaré en juin 2015 le juge Denys Noël, au moment de rendre la sentence.

1 commentaire
  • Alain Massicotte - Inscrit 17 mars 2016 22 h 00

    Un policier aurait inciter des victimes à ne pas dénoncer

    Encore un policier pris en défaut pour une faute criminel, ce que c'est désolent d'autant plus qu'il s'agissait d'une jeune victime . Ils commettent souvent des actes criminels jusqu'à ce qu'ils se fasse prendre, comme s'ils étaient au dessu des Lois ,ils sont arrogants et mal poli envers les citoyens ,dès qu'ils se font contrarier leur culture reprend aussitôt le dessu. J'espère qu'un jour ils vont intégrés leur logo sur les auto-patrouilles PROTÉGER ET SERVIR aLAIN MASSICOTTE