Stocksy United, une banque de photos pas comme les autres

Etienne Plamondon Emond Collaboration spéciale
Actuellement, Stocksy United constitue un ovni dans le paysage non seulement des agences de banque d’images, mais de l’économie numérique en général.
Photo: Source Stocksy Actuellement, Stocksy United constitue un ovni dans le paysage non seulement des agences de banque d’images, mais de l’économie numérique en général.

Ce texte fait partie d'un cahier spécial.

Stocksy United fait entrer de plain-pied le modèle coopératif dans l’ère numérique. Avec 850 photographes membres dans 59 pays, ce service de banque d’images libres de droits, fondé en Colombie-Britannique, a adapté la structure démocratique des coopératives aux échanges en ligne. La diffusion des informations, le déroulement des assemblées générales et les votes se réalisent par l’intermédiaire d’Internet.

La formule fait mouche, puisqu’à peine trois ans après sa création, Stocksy United enregistre déjà un chiffre d’affaires de 7 millions de dollars.

Tout a commencé alors qu’une certaine morosité plombait le milieu de la photographie. Les médias ont abondamment recours aux agences de banque d’images libres de droits, notamment pour utiliser des images ouvertes à plusieurs interprétations pour illustrer leurs textes. Or, une tendance lourde paraissait se dessiner : lesdites agences diminuaient les sommes versées aux photographes, dans ce qui semblait aux yeux des artistes de simples opérations pour augmenter les profits des actionnaires. C’est en réponse à ce phénomène que Stocksy United a vu le jour en 2013. « Plusieurs photographes nous ont convaincus en nous racontant comment ils étaient malheureux dans les agences et en nous suggérant de démarrer une nouvelle agence de banque d’images », raconte Brianna Wettlaufer, présidente-directrice générale et cofondatrice de Stocksy United, en entrevue téléphonique avec Le Devoir depuis la Colombie-Britannique.

Ainsi est née l’idée de créer une solution de rechange, mais en la lançant sur de nouvelles bases. Le modèle coopératif a été choisi pour « s’assurer que la voix de tous les photographes pourrait être entendue et représentée, qu’il y aurait une redistribution équitable des profits et qu’on pourrait se prémunir contre une acquisition afin de garantir l’intégrité du produit », explique Mme Wettlaufer, qui donnera une conférence à l’Université Concordia dans le cadre de l’événement Transformer Montréal, consacré à l’entrepreneuriat social et solidaire. Les photographes reçoivent directement dans leurs poches au moins 50 % du montant de l’achat d’une licence associée à une de leurs images, tandis qu’ils se divisent les profits de la coopérative à la fin de l’année.

Les ambitions n’étaient pas uniquement éthiques, mais aussi artistiques. « On ne voulait pas seulement créer un nouveau modèle d’entreprise. On souhaitait aussi apporter une nouvelle direction créative aux banques d’images et à ce qu’il était possible de trouver dans ce type de service », ajoute-t-elle, alors que les images tapissent désormais les sites Internet et les médias sociaux.

« Entrer dans une industrie réellement saturée était un peu risqué, spécialement de la façon dont on l’approchait », reconnaît-elle. À leur début, bien des clients ont demandé à la coopérative d’obtenir des oeuvres à moindre coût. « En près de trois ans, je peux dire que tous les clients qui ont dit qu’ils voulaient un prix moins élevé ont fini par revenir, car je pense que la valeur accordée à la photographie commence à changer. »

Nuno Silva, photographe et vice-président produit chez Stocksy United, précise que lorsque des clients tentent de négocier des tarifs plus faibles, la coopérative leur parle de la rétribution équitable pour justifier les prix. « Et cela a fonctionné, assure-t-il. Plusieurs de nos clients ont trouvé intéressants notre modèle coopératif et la manière dont nous traitons nos photographes. Ils ont une estime, quasiment une affection, pour nous et nos produits. »

Actuellement, Stocksy United constitue un ovni dans le paysage non seulement des agences de banque d’images, mais de l’économie numérique en général. « Il n’y a pas vraiment d’entreprises desquelles on pouvait s’inspirer », admet Mme Wettlaufer.

« Un de nos plus grands défis, mais aussi une de nos plus grandes réussites, a été de transposer le modèle traditionnel coopératif dans l’environnement d’Internet », explique Nuno Silva. Comme les 850 membres sont dispersés sur les cinq continents, toutes les prises de décisions démocratiques doivent s’effectuer par l’intermédiaire des technologies de l’information. Un portail a été mis en ligne pour diffuser aux membres les annonces, ainsi que les propositions de résolutions et de votes. Les assemblées générales réunissent les membres présents dans 59 pays, dont le Canada, les Émirats arabes unis et l’Afrique du Sud, à l’aide d’un logiciel pour webinaires, qui permet de regarder et d’interagir en direct. Régulièrement, des séances sont organisées à l’aide de Skype ou de Google Hangout avec les membres. Tous les outils numériques ont donc été mis à contribution pour créer un rapport affectif avec la coopérative et inciter les membres à participer activement. Car l’un des grands défis dans l’évolution et la croissance de l’entreprise consiste à approfondir les relations avec les artistes membres, de façon à ce qu’ils soient « profondément impliqués dans l’entreprise au quotidien », remarque Brianna Wettlaufer, même s’ils se trouvent à l’autre bout de la planète.