Les producteurs refusent d'être taxés pour améliorer la sécurité alimentaire

Québec - Si Québec impose de nouvelles normes en matière d'inspection et de traçabilité des aliments, il devra en financer lui-même la mise en application et s'abstenir de refiler la note aux producteurs agricoles, lesquels supportent déjà les frais associés aux exigences actuelles.

C'est ce qu'ont affirmé hier des représentants des agriculteurs, des distributeurs et des transformateurs du Québec, lors de la première séance de consultation de la commission parlementaire qui étudie les enjeux entourant la sécurité alimentaire.

Selon eux, toute nouvelle norme devrait s'accompagner d'un soutien financier adéquat. «Puisque tout le monde bénéficie de la qualité de nos produits, est-ce que tout le monde ne devrait pas payer? On est seuls à payer en ce moment pour la sécurité alimentaire. On ne pourra supporter ça tout le temps», a lancé Laurent Pellerin, président de l'Union des producteurs agricoles (UPA). Il a indiqué que ses membres avaient assumé seuls les coûts du système de traçabilité des bovins au Québec. Or le prix que les producteurs reçoivent pour leur produit n'a pas augmenté pour autant.

«Ces temps-ci, un producteur agricole, en se levant le matin, sa première préoccupation, c'est de passer la journée financièrement. Il y a eu une baisse de 54 % du revenu net en 2002 par rapport à 2001. En 2003, on s'aligne aussi sur une baisse. Il y a un point de rupture qu'on ne pourra pas dépasser», a-t-il ajouté.

Selon M. Pellerin, l'État doit financer la mise en application d'éventuelles nouvelles normes afin de ne pas forcer l'industrie à augmenter ses prix et, en conséquence, réduire sa compétitivité par rapport aux produits étrangers, qui ne sont pas soumis aux mêmes exigences. «En ce moment, les normes entraînent une hausse des coûts de production qui n'est pas compensée par une mesure d'accompagnement suffisante», a-t-il résumé.

Cet avis est partagé par la Coopérative fédérée de Québec, qui regroupe des producteurs, des transformateurs (Olymel) et des distributeurs. «Pour établir des normes, l'État doit assumer son rôle si on ne veut pas que la facture se retrouve trop vite sur le panier d'épicerie. Si on met ça sur le panier d'épicerie, les produits américains vont remplacer les produits canadiens sur les tablettes des supermarchés, parce que les consommateurs achètent le produit le moins cher. Il ne faut pas se sortir du marché nous-mêmes en se dotant d'un système de traçabilité tout chromé supporté par l'industrie seule», a affirmé Ghislain Cloutier, premier vice-président de la coopérative.

M. Cloutier a déploré le fait que «le Canada n'ait pas les mêmes exigences sévères pour les aliments importés qui traversent nos frontières que pour les produits canadiens».

L'UPA et la Coopérative fédérée de Québec estiment que la sécurité alimentaire est protégée adéquatement au Québec, même si des améliorations pourraient être apportées — et financées — par l'État, dont la création d'un système de traçabilité pour tous les produits alimentaires. Laurent Pellerin en vient même à garantir qu'il n'existe aucun problème d'innocuité dans la chaîne alimentaire québécoise. «Nommez-moi un problème. Les producteurs agricoles travaillent de la meilleure façon possible», a-t-il dit.

Selon un sondage SOM mené auprès de 1000 répondants entre le 21 et le 28 janvier pour le compte de l'UPA, 70 % des Québécois considèrent que l'État devrait en faire davantage à l'égard des initiatives de sécurité et de traçabilité des aliments.

L'Association des restaurateurs du Québec recommande quant à elle au gouvernement de rendre obligatoire une formation minimale en hygiène et salubrité pour les titulaires de permis de restaurant. Équiterre exige l'étiquetage obligatoire des produits contenant des OGM et la mise en place d'une stratégie nationale de développement de l'agriculture biologique ayant comme objectif la conversion de 10 % des terres agricoles à la culture bio d'ici 2015. Enfin, Option consommateurs demande au gouvernement d'appliquer rigoureusement le principe de précaution, selon lequel un produit n'est pas commercialisé tant qu'un doute persiste sur son innocuité.

La commission, qui poursuit ses audiences cette semaine, devrait remettre son rapport en juin à l'Assemblée nationale.