Des exemples tirés du livre «À ouvrir en cas d’apocalypse»

Photo: Design that Matters Jusqu’à 95 % de l’équipement médical offert aux hôpitaux deviendrait inopérant au cours des cinq ans suivant leur acquisition.

L’hôpital du bidouillage


Pour se dépatouiller dans un monde pos­t­apocalyptique, le plus simple dans les premiers temps serait bien sûr de récupérer le maximum d’objets encore utilisables. Mais pour certains domaines, dont la médecine, cette période de facilité serait fort courte. D’après certaines études, indique Lewis Dartnell sans les citer, jusqu’à 95 % de l’équipement médical offert aux hôpitaux deviendrait inopérant au cours des cinq ans suivant leur acquisition. L’entreprise Design that Matters propose des solutions de garage pour les communautés pauvres et en voie de développement. Besoin d’une couveuse pour des prématurés ? Trouvez une vieille voiture ! « Des phares scellés servent d’éléments chauffants, la ventilation du tableau de bord fait circuler l’air filtré, une sonnette d’entrée sert d’alarme et une moto d’alimentation électrique de secours en cas de coupure de courant, ou lorsqu’il faut déplacer la couveuse », indique le chercheur. La compagnie a mis en marché récemment une machine à photothérapie, pour les cas de jaunisse chez les poupons, facile à comprendre, à faire fonctionner et à entretenir, qui réduit de 40 % le temps d’exposition du bébé, le tout pour les hôpitaux ruraux.
 

Éloge de la curiosité


Une nouvelle civilisation ferait ses propres recherches, et par conséquent ses propres trouvailles. En science, a déjà dit Isaac Asimov, la phrase qui annonce de nouvelles découvertes n’est pas réellement « Eurêka ! », mais plutôt « Mais comme c’est bizarre… ». Au fil de son livre À ouvrir en cas d’apocalypse, Lewis Dartnell narre la petite histoire de plusieurs découvertes. Celle du microbe, par exemple, survenue lorsqu’Antonie Van Leeuwenhoek, en 1674, eut l’idée d’examiner le fruit inférieur de sa gastro-entérite, pour y découvrir « des animalcules se déplaçant très joliment », avec un ventre « pourvu de plusieurs petites pattes ». L’homme observa aussi, tant qu’à y être, ses propres spermatozoïdes. La découverte, en 1928, de la pénicilline par Alexander Fleming fut tout aussi hasardeuse : l’homme avait laissé traîner, pas lavée, une boîte de bactéries nées de fluides infectés, et a remarqué une zone translucide épargnée par les moisissures. La souche à l’origine de la plupart des antibiotiques à base de pénicilline produits dans le monde aujourd’hui a quant à elle été « isolée sur un melon cantaloup moisi d’un marché de l’Illinois », rappelle Dartnell.
 

Semer pour durer


Un des défis postapocalypse sera, par exemple, de trouver des graines d’espèces végétales traditionnelles, car la plupart de celles qu’on utilise aujourd’hui proviennent d’hybridation : de nouveaux hybrides doivent être plantés chaque année. Il faudrait donc piller les banques phytogénétiques. La plus grande, la Millennium Seed Bank, est près de Londres. La Réserve mondiale de semences du Svalbard, elle, est sur l’île norvégienne de Spitsberg. Elle est construite à 125 mètres sous terre pour bénéficier du pergélisol en cas de coupure de courant, et faite de murs de béton armé d’un mètre d’épaisseur et de portes antisouffle. Les grains de blé et d’orge y seraient protégés pendant plus d’un millénaire, mais bonne chance pour y accéder, et y pénétrer. Ici, il faudrait plutôt se taper un long pèlerinage à Saskatoon, où se trouve la Banque de matériel phytogénétique de Ressources phytogénétiques du Canada. Car le Jardin botanique de Montréal ne conserve que des graines à moyen terme, et surtout des espèces typiquement québécoises susceptibles d’intéresser d’autres jardins botaniques : érable, iris, mais pas de blé ni de sarrasin.

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