Ultime hommage à l’image d’un homme unique

La chapelle était remplie de proches venus rendre hommage au père Lacroix. Son corps a été enveloppé à la fin de la cérémonie.
Photo: Jacques Nadeau Le Devoir La chapelle était remplie de proches venus rendre hommage au père Lacroix. Son corps a été enveloppé à la fin de la cérémonie.

Humour, simplicité, finesse. Les funérailles du père Benoît Lacroix auront été à l’image de l’homme. Les obsèques de ce grand et discret humaniste auront pourtant fait salle comble — et même sous-sol comble, de nombreux admirateurs ayant été redirigés vers l’auditorium du couvent Albert-le-Grand pour suivre la retransmission en direct de la cérémonie.

Dehors, sous un ciel gris monochrome, ses fidèles, proches et amis ont afflué par centaines jeudi pour le saluer une dernière fois, avant son repos éternel. « C’était un homme unique en son genre. C’était le moine le plus mondain et l’homme du monde le plus religieux que je connaisse », a dit son vieil ami Pierre Pelletier, debout sur le parvis.

À l’intérieur, sous la douce lumière bleutée que filtraient les vitraux de la chapelle, les hommages à cet intellectuel accompli, né d’une famille d’agriculteurs en 1915 à Saint-Michel-de-Bellechasse et ordonné prêtre dominicain en 1941, se sont succédé. Quelques morceaux de musique ont délicatement égayé l’atmosphère, comme la Toccata et fugue de Bach, qui avait une résonance bien particulière pour le père Lacroix, car elle annonçait le début des vacances après neuf mois de pensionnat, comme l’a raconté un de ses amis d’adolescence.

La comédienne Sophie Faucher, dont la famille était très proche du défunt, a fait l’éloge de cet homme au « coeur surdimensionné ». « Côtoyer [Benoît Lacroix] était une source de sens et d’inspiration », a-t-elle dit, la voix nouée par l’émotion. Si la tempête de neige annoncée le 2 mars, jour de sa mort, s’est quelque peu dégonflée, c’est que « le ciel était occupé à vous recevoir », a poursuivi avec humour Mme Faucher, qui a été mariée par le père Lacroix, même si l’un des époux était divorcé.

Pas docile devant l’Église

La chroniqueuse et collègue du Devoir Josée Blanchette a elle aussi été unie devant Dieu, malgré un historique de divorce. « On a d’abord été bénis sous un pommier, puis fiancés sur le toit du couvent et ensuite mariés », raconte-t-elle, notant au passage que l’homme n’était pas docile devant l’Église. « Il l’a quand même beaucoup remise en question. Il disait ce qu’il avait à dire et ne croyait pas à tous les sparages, à l’enfer et au paradis. » Elle a tenu à saluer l’authenticité de son « prophète ». « Quand on connaissait le père Lacroix, on se sentait tellement aimé pour ce qu’on était. Il n’y avait jamais de fausseté. »

Les divers hommages ont en effet mis en évidence l’ouverture de ce prolifique auteur, la facilité avec laquelle il entrait en contact avec chacun et sa liste interminable d’amis de tous âges, qui n’hésitaient pas à rapidement le tutoyer.

Présente à la cérémonie qui a duré plus de deux heures, la ministre de l’Enseignement supérieur et députée d’Outremont, Hélène David, a voulu rendre hommage à ce « grand universitaire », historien et professeur à l’Institut d’études médiévales de l’Université de Montréal ayant enseigné partout dans le monde. « Je pense que nous ne commençons qu’à voir la contribution de cet immense Québécois. J’espère que nous nous souviendrons longtemps de lui, car il n’y en a pas eu beaucoup, de Benoît Lacroix. »

5 commentaires
  • Denis Paquette - Abonné 11 mars 2016 00 h 33

    A bientôt peut-etre

    Un homme franc et honnete n'est ce pas ce que nous attendons d'un homme au service de la société, un homme capable de transcender les fa fla des grandes organisations, il y a des limites a raconter fables et légendes, je ne sais pas s'il existe une vie apres la mort, si oui profites en bien et salue en passant notre cher ami Théiarde

  • Marc Lacroix - Abonné 11 mars 2016 07 h 25

    Un modèle pour l'Église !

    L'Église de Rome devrait prendre l'exemple de personnage de l'envergure de Benoit Lacroix et de Raymond Gravel. Le pape François tente de ramener celle-ci à une dimension véritablement humaine, mais la machine oppose de la résistance, plusieurs détenteurs de la pourpre cardinalice cherchent à maintenir Église dans une position encore triomphaliste et dominatrice. La tradition se fossilise sur des positions qui n'ont rien à voir avec le discours du Nazaréen. En voulant se refermer sur elle-même, la clique conservatrice de Rome est en train de provoquer sa propre disparition..., et celle de leur Église.
    La morale des années 1800, empêche le retour à la spiritualité de bien des personnes qui se sont, ou ont été exclues de L'Église; l'année de la miséricorde n'est-elle qu'un vain slogan?

  • Colette Pagé - Inscrite 11 mars 2016 08 h 37

    Une occasion manquée !

    Comme il aurait intéressant que Radio Canada diffuse les funérailles de ce grand humaniste. Si ce n'était que pour prendre une pause et permettre aux téléspectateurs de se recueillir, de réfléchir au sens de la vie et de la mort. Une occasion manquée d'accorder à la spiritualité la place qu'elle devrait avoir.

    • Ginette Cartier - Abonnée 11 mars 2016 08 h 58

      En effet, ce manque de jugement est révélateur de "l'esprit" (quel euphémisme!) des décideurs. Ce qui fait du sens dans la vie n'en a visiblement pas pour eux.

  • Yvon Bureau - Abonné 11 mars 2016 10 h 26

    Jésusien en gratitude

    Fantaisie.
    Et si les hauts cardinaux, même peu peinés, avaient simplement été présents, humblement, vêtus en hommes, sans parures d'autorité, en gratitude pour l'apport extraordinaire de cette Personne, ...

    Où que vous soyez, même dans l'Univers de la Néantie, de gratitude je vous suis.

    Jésusiennement vôtre, Père Lacroix, je vous salue très bas.