Exportation agroalimentaire - Il existe sur le marché international un cacao québécois !

L'exportation de produits agroalimentaires au Québec connaît une hausse constante depuis quelques années. Selon les données publiées par le ministère de l'Agriculture, des Pêcheries et de l'Alimentation (MAPAQ), cette augmentation se chiffrait à 3,5 % pour l'année 2003.

«La signature d'accords commerciaux internationaux comme l'ALENA a favorisé le développement de l'industrie agroalimentaire, explique Bruno Larue, titulaire de la Chaire du Canada en commerce international agroalimentaire et professeur à l'Université Laval. De plus, la faiblesse du dollar canadien n'a pas nui.»

Mais ces deux facteurs n'expliquent pas à eux seuls la performance québécoise dans ce secteur, qui est supérieure à celle de l'ensemble du Canada — lequel a connu une baisse de 6,9 % de ses exportations agroalimentaires en 2003 — et même à celle de l'Ontario — qui n'a connu qu'une hausse de 2,5 %.

«Il est clair que le Québec a acquis un certain savoir-faire en la matière, en particulier dans le domaine des produits transformés. Le secteur est plus fort que jamais. Les entreprises sont solides, la main-d'oeuvre est compétente, la recherche universitaire soutient le secteur et les capitaux sont au rendez-vous. Toutes les conditions pour réussir sont là.»

L'exportation agroalimentaire en quelques chiffres

Le total des exportations de produits agroalimentaires au Québec l'an dernier était d'environ 3 milliards $. Les produits agroalimentaires transformés comptaient pour 85 % du total des exportations, les 15 % restants étant constitués de produits agricoles bruts.

Les États-Unis demeurent évidemment le premier marché, accaparant près de 75 % de toutes les exportations. Mais le Québec exporte aussi en Europe ainsi qu'en Asie; on estime que les produits québécois se retrouvent sur les tablettes de 150 pays. De plus, les exportations québécoises sont plus diversifiées que celles de l'Ontario, qui sont concentrées à 90 % sur le marché américain.

À des fins statistiques, on divise les exportations québécoises en 26 secteurs d'activité allant des produits du porc aux fourrures. En ce qui concerne l'exportation de produits agricoles bruts, les secteurs les plus importants sont le sirop d'érable et les produits maraîchers ainsi que, à une plus petite échelle, certaines céréales et certains animaux vivants.

Les produits du porc arrivent largement en tête dans le domaine des produits transformés puisqu'ils comptent pour le quart de toutes les exportations agroalimentaires québécoises. Notons qu'un porc qui est abattu au Québec et ensuite exporté est considéré comme un produit transformé.

Viennent ensuite, en ordre décroissant: le cacao et ses produits (13,3 %); les aliments divers (7,6 %); les produits marins (6 %); les boissons; les préparations à base de céréales; les légumes préparés et les produits laitiers, ces derniers comptant chacun pour environ 5 % des exportations. En 2003, en raison de la crise de la vache folle, les exportations de boeuf et de ses produits ont chuté de moitié et ne comptent plus que pour 2,4 % des exportations.

Les ingrédients du succès

Selon Bruno Larue, le premier ingrédient pour réussir en exportation agroalimentaire est l'accès aux matières premières. «Nous devons être en mesure de produire les matières premières, comme c'est le cas au Québec, mais il faut aussi être capable d'importer des matières premières à bon coût.» Il donne en exemple le secteur du cacao et de ses produits, qui a connu une hausse de 30 % l'an dernier seulement. «Nous ne produisons pas de cacao mais, à ce compte-là, la Belgique non plus! C'est la capacité de s'approvisionner à bon coût qui nous permet d'être concurrentiels sur ce marché.»

Un autre ingrédient essentiel, toujours selon M. Larue, est la différenciation du produit. «Il faut que le produit se distingue, qu'il soit valorisé. Par exemple, le cheddar canadien est très apprécié en Angleterre pour des qualités qui lui sont propres et qui sont reconnues comme telles.» Cette règle devrait s'appliquer à tous les produits, même les pépites de poulet. «Il faut que le client veuille ces pépites-là et pas les autres.»

L'accès à un réseau de distribution est aussi capital car c'est grâce à lui qu'on parvient à placer son produit sur une tablette étrangère. Mais une mise en garde s'impose avant de conclure une entente avec un distributeur étranger: il faut s'assurer d'être en mesure de desservir le marché. «La sécurité de l'approvisionnement est souvent la raison pour laquelle on choisira une entreprise plutôt qu'une autre.»

Les défis de l'industrie

La récente appréciation du dollar canadien face à la devise américaine constitue un des défis que l'exportation agroalimentaire québécoise doit présentement relever. «On peut espérer que le dollar ne s'apprécie pas trop, mais il faut être en mesure de maintenir notre performance malgré un dollar fort.»

Selon Bruno Larue, un des principaux obstacles à la croissance accrue des exportations québécoises agroalimentaires réside dans la difficulté de conclure des accords commerciaux internationaux qui feraient en sorte de libéraliser davantage le secteur agroalimentaire.

«Malgré la mondialisation, les marchés dans le secteur agroalimentaire sont souvent fermés. On y trouve des contraintes tarifaires qui font doubler et parfois tripler le prix d'un produit qu'on souhaite exporter.» Davantage de souplesse à cet égard, selon lui, favorisait les échanges. «Mais la tâche est ardue. Il y a une résistance politique quand ça vient à l'agriculture.»

Il donne en exemple le lait et les produits du lait qui sont pour le moment exclus de l'ALENA. «Les quotas de lait sont perçus par les Américains comme une façon d'assurer à nos producteurs un prix local plus élevé que le prix mondial courant, donc comme une subvention déguisée.»

De ce fait, les produits laitiers québécois sont taxés de concurrence déloyale, ce qui crée une barrière commerciale. On peut toujours contourner le problème, comme le fait le fromager Saputo, en faisant l'acquisition d'installations et en devenant un producteur sur le marché où l'on voulait exporter. Malheureusement cette solution n'est pas à la portée de tous.

«C'est pourquoi il est important que nos politiques — comme nos politiques de gestion de l'offre — ne viennent pas mettre des bâtons dans les roues de l'exportation.» C'est la raison pour laquelle il plaide en faveur d'un meilleur arrimage entre les producteurs, les transformateurs et les distributeurs, de façon à mettre en place des politiques qui desserviront les intérêts de tous les intervenants.