Solidarité rurale - Des solutions pour mettre fin à l'exode des régions

Chaque région tente de développer des ressources parallèles à l’industrie agroalimentaire, comme par exemple l’Écomusée du fromage dans Charlevoix.
Photo: Chaque région tente de développer des ressources parallèles à l’industrie agroalimentaire, comme par exemple l’Écomusée du fromage dans Charlevoix.

«La ruralité n'est pas que l'agriculture, loin de là», déclare Jacques Proulx, le président de l'organisation Solidarité rurale du Québec (SRQ). Une perception pourtant présente chez de nombreux Québécois et qui repose principalement sur une mauvaise interprétation de ce que sont devenues les régions.

Si la majorité des terres rurales restent vouées aux activités agricoles, le nombre d'emplois liés à l'industrie agroalimentaire ne représente plus «qu'un dixième des emplois», soutient M. Proulx. Une situation qui découle principalement de l'accroissement en superficie des fermes de la province et cela, inévitablement au détriment du nombre de producteurs. En 1950, on estimait qu'il y avait 140 000 producteurs québécois. Aujourd'hui, leur nombre gravite autour de 32 000.

«On nous a réduits à la production primaire et on a concentré l'ensemble des activités de transformation dans les centres urbains. Pas uniquement dans le secteur de l'agriculture, mais aussi en foresterie et dans l'industrie minière.» Une concentration dont les conséquences négatives sont indéniables et incontestables: exode rural au profit de l'urbanisation et «rurbanisation».

Au Québec, la situation démographique actuelle se lit comme suit: «80 % de la population se retrouve sur 20 % du territoire de la province», constate M. Proulx. Une aberration, note-t-il, en appuyant ses propos d'exemples concrets. «Les petits fruits cueillis sur la Côte-Nord — dans des conditions discutables — sont directement envoyés vers Montréal pour être transformés. Après, le produit revient là où il a été cueilli pour y être vendu.» L'exemple que sert le président de la SRQ n'est malheureusement pas marginal. Il en va de même pour plusieurs ressources de nombreuses régions québécoises — les minerais, le bois, le lait, etc.

Pour une redéfinition du terroir

Cette année, la conférence nationale de l'organisation est en cours, depuis hier et jusqu'à demain, au mont Gabriel à Sainte-Adèle. Les thèmes et les discussions gravitent justement autour du concept de «terroir». Plusieurs personnalités publiques, dont la directrice générale de la Bibliothèque nationale du Québec, Lise Bissonnette, et le chanteur Richard Desjardins, sont présentes. Plusieurs spécialistes y exposent la place du terroir dans un contexte de mondialisation et de commerce international.

De plus, une dizaine d'ateliers y sont proposés: les terroirs et le monde; terroirs et forêts; terroirs et marchés publics; terroirs et diversification agricole; terroirs et tourisme; terroirs et législation québécoise; marketing des produits du terroir; commercialisation des vins et alcools, etc. Autant d'occasions pour en connaître davantage sur les transformations subies au cours des dernières années.

Comme le démontre cette conférence, la SRQ continue de promouvoir avec énergie la revitalisation et le développement des régions, et cela, plus de dix ans après les états généraux sur le monde rural. L'objectif n'a pas changé: renverser le déclin et la déstructuration des campagnes québécoises.

Les régions, maintient l'organisation, doivent pouvoir développer une approche durable du développement, ne pas rechercher à tout prix le profit et la croissance à court terme. «Il faut savoir mettre en valeur les spécificités régionales», particulièrement dans le contexte actuel de mondialisation, exprime M. Proulx. «Quand on n'a d'yeux que pour l'exportation, celle-ci devient une catastrophe car, dans un contexte d'ouverture des marchés, il est de plus en plus difficile de concurrencer» au niveau international, avance-t-il.

Favorables à la décentralisation

Donc, pour arriver à «dynamiser les régions», on devrait, soutient le président de la SRQ, responsabiliser l'ensemble des communautés en décentralisant les instances décisionnelles: «Quand on fait des choix à Québec, Ottawa ou Washington, les communautés ne se sentent pas directement interpellées. Elles les subissent. Une communauté prospère est une communauté qui a les pouvoirs nécessaires pour assurer son propre développement.»

Malgré tout, la ruralité a su gagner en reconnaissance depuis la création de Solidarité rurale. Un énorme gain, selon M. Proulx: «On ne la perçoit plus comme passéiste ou rétrograde. C'est déjà beaucoup. On observe même une migration vers les régions.» Ce phénomène, également remarqué aux États-Unis et dans plusieurs pays européens, s'explique en partie par le retour en région de la génération issue du baby-boom, mais aussi par l'arrivée de jeunes qui préfèrent quitter les grands centres urbains pour obtenir une meilleure qualité de vie.

Quant à savoir si la campagne telle qu'on l'a connaissait auparavant — agriculture paysanne, sans fermes industrielles — pourrait être perçue comme une solution, l'ex-président de l'UPA affirme simplement: «La solution miracle n'existe pas. Par contre, une cohabitation entre une agriculture de type paysan et une autre de type industriel est sûrement possible.»