La PdA rompt avec ses techniciens

Bertrand Turgeon, représentant syndical des techniciens, appuyé du président de la FTQ, Henri Massé, a invité hier la PdA à reprendre les négociations. Trop tard, l’employeur avait déjà décidé de se défaire de ses employés.
Photo: Jacques Nadeau Bertrand Turgeon, représentant syndical des techniciens, appuyé du président de la FTQ, Henri Massé, a invité hier la PdA à reprendre les négociations. Trop tard, l’employeur avait déjà décidé de se défaire de ses employés.

Tandis que l'Alliance internationale des employés de scène et de théâtre (AIEST-FTQ) réclamait une reprise des négociations à la Place des arts (PdA), la société d'État a décidé hier de se débarrasser d'eux.

Dans un laconique communiqué, la PdA a annoncé en fin de journée qu'elle n'offrirait plus les services de techniciens à ses compagnies résidentes (Grands Ballets canadiens, Compagnie Jean-Duceppe, Festival international de jazz, Orchestre symphonique et Opéra de Montréal), comme l'a autorisé jeudi dernier la Cour suprême.

Les techniciens de l'AIEST ont été pris de court. Sept d'entre eux se sont présentés à la Compagnie Jean-Duceppe vers 18h45 pour assurer la présentation de trois spectacles, mais ils ont été renvoyés chez eux. Une dizaine de techniciens qui devaient installer des équipements extérieurs pour le Festival Montréal en lumière ont subi le même sort. Des employés d'entretien ont aussi été priés de remettre leurs clefs et cartes d'accès pour être reconduits à l'extérieur de la PdA. «Personnellement, je suis à la Place des arts depuis l'ouverture, et, au bout de 40 ans, froidement comme ça, je n'y suis plus», a commenté Bertrand Turgeon, un porte-parole syndical.

Dans une décision unanime, la Cour suprême a cassé jeudi le monopole qu'exerçait l'AIEST sur la PdA depuis près de 40 ans. Le plus haut tribunal du pays a conclu que la Place des arts pouvait se départir des services de techniciens en plein milieu d'un conflit de travail sans pour autant violer les dispositions anti-briseurs de grève du Code du travail.

Le conseil d'administration de la PdA a vite donné suite au jugement. «Dorénavant, chaque locataire embauchera ses propres techniciens. Ce mode de fonctionnement leur permettra une plus grande autonomie, une plus grande souplesse et, possiblement, leur permettra de réaliser des économies puisqu'ils pourront organiser la gestion de leurs productions en fonction de leurs besoins et non pas en fonction de standards préétablis. La nouvelle organisation du travail qui en découlera sera mieux adaptée aux réalités actuelles du monde du spectacle et respectueuse du processus de création», affirme le communiqué émis hier par la PdA.

Les représentants syndicaux tentaient de joindre les directions des compagnies résidentes, hier au moment de mettre sous presse. Encore sous le choc, Bertrand Turgeon n'excluait pas la possibilité que l'Alliance tente d'obtenir des accréditations syndicales pour représenter les travailleurs de ces entreprises.

Négocier

La saga de la PdA continue d'étonner. La direction souhaite toujours reprendre les négociations avec l'Alliance en ce qui a trait à l'entretien des équipements et des activités propres de la PdA, deux volets pour lesquels l'AIEST détient un certificat d'accréditation. La PdA dispose d'équipements techniques d'une valeur approximative de dix millions de dollars dont elle ne peut confier la gestion à des sous-traitants. Il ne lui restait donc que deux options: vendre l'équipement ou renouer ses liens avec l'AIEST.

Les représentants de l'Alliance et le président de la Fédération des travailleurs du Québec (FTQ), Henri Massé, appelaient encore la PdA à reprendre les négociations plus tôt dans la journée. Parions qu'ils envisageaient autre chose. «Que ça prenne la forme qu'on voudra, il va y avoir des techniciens de scène qui vont travailler à la Place des Arts. Ils vont être organisés. Il va y avoir des accréditations [syndicales]», avait dit M. Massé, évoquant même la possibilité de porter le litige devant la nouvelle Commission des relations du travail (l'organisme qui a remplacé le Tribunal du Travail).

Les techniciens de l'Alliance restent persuadés qu'ils sont indispensables au bon fonctionnement de la PdA. Ils s'estiment plus qualifiés et moins coûteux que les techniciens du privé pour assurer la gestion et l'entretien de l'équipement et des salles de la PdA, puisqu'ils y oeuvrent depuis près de 40 ans.