Une femme dans un univers dit «masculin»

Marie-Hélène Alarie Collaboration spéciale
Chantal Racette
Photo: Jacques Nadeau Le Devoir Chantal Racette

Ce texte fait partie du cahier spécial Journée des femmes

Personnage haut en couleur et qui ne s’enfarge pas dans les fleurs du tapis, Chantal Racette s’est fait connaître du grand public lorsqu’elle devient, en avril 2015, la première femme à la tête du Syndicat des cols bleus regroupés de Montréal.

Entrée toute jeune à l’emploi de la ville de Montréal comme journalière, c’est là qu’elle apprend le métier de chauffeure-opératrice de machinerie lourde. Dans ce parcours atypique, Chantal Racette a su imposer le respect. C’est à coup d’audace et de défi qu’elle tente de faire avancer la cause des femmes. Pour une femme, occuper un emploi habituellement réservé aux hommes n’est pas facile tous les jours et ce même en 2016. Quand on remonte aux années 1980, c’est assez simple d’imaginer l’accueil que les hommes du service de la voirie de la ville de Montréal réservaient aux femmes. « Ce sont les six premiers mois qui ont été les plus difficiles », nous dira celle qui appartient à ce service depuis plus de 27 ans.

Même, si on ne s’étonne plus de voir des femmes derrière le volant d’un camion de la ville ou aux manettes d’une pelleteuse, on constate que leur présence diminue d’année en année. Pourtant, selon Chantal Racette, on aurait tout à gagner à voir leur embauche augmenter parce que : « ça ouvre des horizons », lance la syndicaliste.

Comme pour tout travail manuel, celui de col bleu demande beaucoup d’efforts physiques et ce n’est pas parce qu’on est une femme qu’on pourra en faire moins qu’un homme : « Les gars le font, il faut qu’on soit prête à le faire nous aussi en tant que femme, on ne peut pas faire autrement », nous dit Chantal Racette. Physiquement ce sont des métiers difficiles, mais psychologiquement qu’en est-il ? « Qu’on travaille dans un bureau ou dans un milieu de cols bleus, l’important c’est de se faire respecter dès le départ. C’est une loi fondamentale. » Pourtant, ce qu’elle préfère, et de loin, c’est de travailler avec des hommes : « Les hommes sont directs, après avoir dit ce qu’ils avaient à dire, on tourne la page et on passe à autre chose », Chantal Racette se reconnaît dans cette attitude.

Et le féminisme dans tout ça ? « C’est un grand mot… Toute femme se doit d’être féministe. Pour moi, le féminisme ce n’est pas seulement un mot. Il y a un équilibre à atteindre et je dis toujours qu’il ne faut pas tomber dans les extrêmes en faisant aux hommes ce qu’on ne souhaiterait pas qu’ils nous fassent. »