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Un voyage dans le temps

Pierre Vallée Collaboration spéciale
«La crèche», partie centrale du triptyque de la «Nativité» de Paul Sérusier
Photo: Source Musée Dufresne-Nincheri «La crèche», partie centrale du triptyque de la «Nativité» de Paul Sérusier

Ce texte fait partie du cahier spécial Musées

Il est de ces objets, peu importe leur aspect, qui épousent si bien une époque qu’ils en sont les témoins et qui, à leur façon, en racontent l’histoire. C’est à ce genre de voyage dans le temps que sont conviés les visiteurs du Musée Dufresne-Nincheri avec sa bien nommée exposition permanente La mémoire des objets.

Et cette collection permanente s’enrichit jusqu’en 2019 de 47 tableaux et objets originaux prêtés par les collectionneurs Alexandre de Bothuri et Élaine Bédard. La collection de ce couple a aussi servi à la création de l’exposition temporaire Envol et chute d’un aigle impérial, Napoléon Bonaparte, en cours jusqu’au 15 mai 2016.

« La collection du couple Alexandre de Bothuri et Élaine Bédard, concentrée principalement sur les périodes de l’Ancien Régime et de l’Empire, comprend 3000 objets dont 550 nous ont été prêtés pour ces deux expositions, précise Paul Labonne, directeur général du Musée Dufresne-Nincheri. Au fond, notre collection permanente et nos collections temporaires, comme la présente sur Napoléon, se complètent et forment presque un tout. »

Cette complémentarité permet au Musée Dufresne-Nincheri de mettre physiquement en contexte les originaux exposés. « Le gros de la collection du musée est composé de la collection des frères Dufresne et de leurs familles. Cette collection, outre quelques tableaux, comprend de nombreux objets et pièces de mobilier, dont plusieurs sont de fidèles reproductions de pièces d’origine. On peut ainsi placer un objet d’usage féminin dans un décor féminin, comme un boudoir, ou un objet masculin dans un décor masculin, comme une bibliothèque. Cela nous permet aussi d’exposer un tableau dans le même contexte que celui où il aurait été exposé à son époque ; un tableau appartenant à Louis XV dans une pièce où les objets et les meubles sont conformes à cette époque. »

Le Général et autres

Parmi les 47 objets prêtés à la collection permanente du Musée Dufresne-Nincheri par les Bothuri-Bédard figurent quelques tableaux singuliers qui méritent le détour. L’un d’eux est sans conteste Le Général Chat du Roy Louis XV (huile sur toile, 1728), une oeuvre de Jean-Baptiste Oudry (1686-1755), un important peintre animalier du XVIIIe siècle. Sur la toile, l’on voit un chat, queue dressée vers le haut, poser une patte sur le corps d’un lièvre qu’il vient d’extirper du panier d’osier dans lequel gisait la bête. « C’est un tableau tout à fait extraordinaire, car à cette époque les tableaux de chasse comprenaient souvent des chiens, mais jamais de chats. Oudry obéissait sans doute au désir de Louis XV, qui avait nommé le félin Le Général et qui en avait fait son animal de compagnie préféré. » On dit même que Le Général avait pris l’habitude de précéder le roi lors des déplacements de ce dernier dans ses appartements.

Autre oeuvre singulière tirée aussi de la collection Bothuri-Bédard, mais d’une tout autre époque, est La crèche (huile sur toile, 1896) de Paul Sérusier (1864-1927). « Jeune homme, Paul Sérusier s’était lié d’amitié avec Paul Gauguin, qui était passé de l’impressionnisme au postimpressionnisme. Guidé par Gauguin, Sérusier développa sa propre vision picturale qui donna lieu à l’école des Nabis. Nous sommes heureux de pouvoir présenter une toile de Sérusier, car à ma connaissance, il n’y en a pas d’autres en exposition présentement à Montréal. » Et il ne faudrait pas passer sous silence le tableau Le Jugement dernier de l’empereur Rodolphe II de Habsbourg (huile sur cuivre, 1607) de Frans Francken II (1581-1642). Et les visiteurs qui se déplaceront à temps pour l’exposition sur Napoléon se réjouiront de la collection de pièces de porcelaine de Paris, issues de la Manufacture royale de Sèvres et de la Manufacture de Sa Majesté l’impératrice Joséphine. Certaines pièces de cette porcelaine se trouvent aussi dans la collection permanente.

Ne pas oublier Nincheri

Et qui se décide de visiter le Musée Dufresne-Nincheri aurait tort de bouder la portion Nincheri. En effet, c’est en 2013 que le musée acquiert le studio de l’artiste Guido Nincheri, situé à un jet de pierre de l’emplacement du château Dufresne et prend alors le nom de Musée Dufresne-Nincheri.

« Guido Nincheri est un artiste italien qui a installé son atelier et son studio à Montréal en 1925. La très grande majorité de sa production artistique est composée d’oeuvres religieuses, dont en particulier le vitrail. On lui doit près de 5000 verrières que l’on retrouve dans de nombreuses églises à l’échelle nord-américaine. » En faisant l’acquisition du studio Nincheri, le Musée Dufresne-Nincheri a conservé au rez-de-chaussée de l’immeuble l’atelier d’origine de Nincheri. À l’étage, on peut visiter un grand salon, qui est la reproduction du salon de Guido Nincheri dans sa maison de Providence, au Rhode Island. D’ailleurs, tous les vitraux et verrières du château Dufresne sont signés Nincheri.

« De plus, Guido Nincheri, qui avait étudié à l’École des beaux-arts de Florence, était aussi capable de peindre des fresques et était un des seuls au Canada à maîtriser la technique de la peinture sur plâtre frais, le buon fresco. Et comme il avait aussi étudié l’architecture, il était en mesure de concevoir et de réaliser l’intérieur complet d’une église. D’ailleurs, à ce sujet, son chef-d’oeuvre est sans doute l’église Saint-Léon de Westmount, dont il a assumé seul la conception et la réalisation de la décoration intérieure. » Pareille réalisation artistique mérite admiration et la visite du studio Nincheri est un complément agréable à une visite des expositions permanentes et temporaires du Musée Dufresne-Nincheri.