Le combat n’est pas fini

Alice Mariette Collaboration spéciale
Une mesure qui paraissait d’abord utopique, le retrait préventif de la femme enceinte est pourtant devenu réalité en 1981.
Photo: DesignPics Inc. Une mesure qui paraissait d’abord utopique, le retrait préventif de la femme enceinte est pourtant devenu réalité en 1981.

Ce texte fait partie du cahier spécial Journée des femmes

Du débat sur l’équité salariale aux actions pour le retrait préventif de la femme enceinte, les syndicats québécois ont toujours été des chefs de file dans l’amélioration de la condition des femmes. Des batailles menées de front et de façon remarquable, entraînant de grandes avancées pour l’égalité entre les sexes.

« À chaque fois qu’on souligne la Journée internationale de la femme, on peut dire que dans notre province, si l’égalité des droits est atteinte à plusieurs niveaux, l’égalité de faits est encore à faire », lance la présidente de la Centrale des syndicats du Québec (CSQ), Louise Chabot. Malgré ce constat, elle relève volontiers les grands gains obtenus au fil du temps pour l’avancement des femmes.

Une mesure qui paraissait d’abord utopique, le retrait préventif de la femme enceinte est pourtant devenu réalité en 1981 avec la mise en vigueur du programme Pour une maternité sans danger de la Loi sur la santé et la sécurité du travail. « Les ex-présidentes de la Centrale disaient que dans les années 70, les premières fois que la revendication a été apportée dans le mouvement syndical, tout le monde pensait que ça avait du bon sens, mais que c’était inatteignable, raconte Louise Chabot. Et on l’a obtenue ! » Selon elle, avec cette législation, le Québec surpasse le reste du Canada. « On a mis cela en place, non pas pour retirer les travailleuses de leur milieu de travail, mais pour préserver les conditions de la femme enceinte et du bébé qu’elle porte », rappelle la présidente de la CSQ. Il en va de même pour le Régime québécois d’assurance parentale (RQAP), adopté en 2006 après plusieurs années de mobilisation et qui permet une meilleure égalité entre hommes et femmes.

Une loi proactive et unique

Autre cheval de bataille des syndicats pendant plus de dix ans, le combat pour l’équité salariale, qui a mené à l’adoption de la loi du même nom en 1996. « On devait se doter au Québec d’une vraie loi, proactive, une loi qui a des dents et qui crée des obligations », affirme Mme Chabot. Une lutte menée par les syndicats ainsi que les regroupements de femmes. Elle rappelle d’ailleurs que le gouvernement a voulu déroger à sa propre loi, avec un chapitre distinct. « Mais le mouvement syndical a contesté cela devant les tribunaux et on a eu gain de cause, précise-t-elle. Quand on a obtenu l’exercice pour le gouvernement, c’est 360 000 travailleuses du secteur public qui ont obtenu un règlement d’équité salariale. »

La lutte ne s’est pas arrêtée à l’adoption de la loi, puisque dès le premier bilan, une décennie plus tard, près de la moitié des petites entreprises n’avaient toujours pas fait un exercice conforme. « C’est un débat qui n’est pas terminé et certains employeurs le remettent encore en question, prévient Louise Chabot. Il faut demeurer vigilant, car le prochain exercice se fera en 2019, et on peut s’attendre encore une fois à des critiques […]. Il y a toujours une série d’objections pour se faire soustraire et faire croire que l’égalité est faite, que nous n’avons plus besoin d’outils législatifs maintenant. »

Petite enfance, une double contribution

Par ailleurs, depuis ses débuts, le mouvement syndical défend le réseau public des services de garde à la petite enfance. « Obtenir le service de garde universel pour tous les enfants afin de permettre l’égalité des chances a été une bonne bataille », rappelle Mme Chabot. Une lutte particulièrement importante pour la CSQ, un des premiers maillons de la chaîne pour la mise en place des services de garde à contribution parentale réduite, qui a permis d’augmenter de façon significative le nombre de femmes en emploi. « Cette politique a eu une double contribution, pour les enfants et pour les femmes », estime-t-elle, rappelant toutefois que la lutte continue, puisque les mesures d’austérité actuelles fragilisent cette égalité des chances. « Le gouvernement est en train de détruire quelque chose qui est payant — excusez le terme économique —, mais c’est payant parce que les sommes investies par le gouvernement dans la petite enfance vont lui rapporter beaucoup plus ! s’insurge-t-elle. On est en train de retourner plusieurs années en arrière. »

En parallèle, le mouvement pour le service de garde universel a largement contribué à la syndicalisation des éducatrices, qui n’avaient alors pas le droit à la syndicalisation. « La CSQ est allée devant les tribunaux pour donner à ces travailleuses autonomes, qui donnaient exactement le même service que leurs collègues dans les CPE, le droit de se syndiquer et d’avoir plus de normes du travail, rappelle la présidente. Le gouvernement disait qu’elles ne voudraient pas être syndiquées, mais après 10 ans de bataille juridique, on a fait une vague de syndicalisation et en moins de 6 mois, 10 000 femmes se sont syndiquées au Québec. On a gagné cette lutte-là. » La présidente de la CSQ souligne par ailleurs que chaque mobilisation syndicale a aussi contribué à l’émergence de comités de femmes.

Continuer la mobilisation

Alors que les membres du Collectif 8 mars s’apprêtent à rencontrer la ministre de la Condition féminine, Lise Thériault, leur souhait est de rappeler au gouvernement de mettre réellement en place l’analyse différenciée selon les sexes (ADS), qui permet de mesurer les impacts des décisions politiques sur la condition des femmes. « C’est un outil de convention majeur », commente Mme Chabot. Elle précise aussi que deux autres grands thèmes vont être discutés lors de cette rencontre. « Le retrait préventif pour les femmes enceintes, car on sent une menace, ainsi que la question des services à la petite enfance », énonce-t-elle.

Pour Louise Chabot, il est nécessaire de continuer à se mobiliser, car les mesures d’austérité du gouvernement provincial touchent surtout les femmes, dans toutes les dimensions de leur travail. « Mais on voit que les femmes se mobilisent et qu’elles sont très vigilantes et proactives », pense-t-elle. Elle espère que les générations futures vont préserver ces outils, acquis au fil du temps, et qui sont majeurs pour la condition des femmes dans la société.

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