cache information close 

La conciliation famille-travail-études à l’ordre du jour

Thierry Haroun Collaboration spéciale
Les employés de certains secteurs d'emploi, comme la santé, seraient obligés, en cas d'imprévu, de faire des heures supplémentaires sous peine de sanctions, déplore la FTQ.
Photo: iStock Les employés de certains secteurs d'emploi, comme la santé, seraient obligés, en cas d'imprévu, de faire des heures supplémentaires sous peine de sanctions, déplore la FTQ.

Ce texte fait partie du cahier spécial Journée des femmes

La conciliation famille-travail-études (CFTE) est érigée au rang des priorités de la FTQ. Un enjeu qui ne date pas d’hier et qui semble avancer à pas de tortue. La dernière revendication en date de la FTQ ? Demander à Québec de voter une loi-cadre en la matière, et ce, dans les plus brefs délais.

La Coalition pour la conciliation famille-travail-études (CCFTE), dont fait partie la FTQ, recommande au gouvernement du Québec d’établir une loi-cadre visant à promouvoir et à soutenir la conciliation famille-travail-études. Cette loi-cadre devra s’appliquer tant au secteur privé qu’aux secteurs public, parapublic et péripublic, couvrant ainsi l’ensemble des personnes visées. Voilà en substance ce qu’on peut lire dans la toute dernière plateforme politique (datant de janvier dernier) de la CCFTE intitulée « Pour faire face aux nouveaux défis ». Et les défis sont nombreux.

Il s’agit de consulter ce document étoffé pour s’en convaincre. On peut d’ailleurs y lire ceci : « Les changements survenus aux divers aspects de la vie en société ces dernières années, voire depuis quelques décennies, appellent de nouvelles réponses pour que la conciliation entre les différentes sphères de nos vies se fasse sans accroc. Les travailleuses et les travailleurs ne doivent pas être les seuls à devoir s’adapter. Pour les membres de la Coalition, il est évident que les problèmes de conciliation famille-travail-études ne relèvent pas du manque d’organisation des personnes en emploi. Ils sont liés directement à l’organisation du travail et à l’absence de dialogue entre les employeurs et les travailleuses et travailleurs. Les enjeux autour du temps, soit l’aménagement et la réduction du temps de travail sont déterminants pour la conciliation famille-travail-études. »

Bien. Maintenant, il s’agit de fouiller dans les archives de la FTQ pour découvrir que, finalement, le discours est le même depuis des années. En 2010, la FTQ émettait une déclaration politique intitulée « Pour une vie personnelle de qualité : agir dans nos milieux de travail », qui se lisait comme suit : « Dans le conflit entre la vie personnelle et le travail, l’enjeu c’est le temps. Même si c’est individuellement que les travailleurs et les travailleuses vivent leurs problèmes de temps, la recherche d’un équilibre entre le temps de travail et le temps pour soi est un défi social et collectif important d’où la recherche de solutions répondant aux besoins diversifiés de tous et de toutes. Il faut reprendre la maîtrise de notre temps et faire en sorte que celui-ci ne soit pas uniquement géré par les employeurs. »

À cette époque, la FTQ avait également demandé l’établissement d’une loi-cadre, rappelle Louise Michaud, vice-présidente de la section qui représente les femmes au sein de la FTQ. Or, le gouvernement libéral d’alors n’y avait pas fait suite, dit-elle. Est-ce que sous le gouvernement minoritaire péquiste de Pauline Marois (2012-2014), cette cause a obtenu une oreille plus attentive ? « Je vous dirais que oui. Il y avait eu des pourparlers avec la ministre de la Famille d’alors. Mais le mandat de ce gouvernement a été tellement court que le gouvernement du PQ n’a pas eu le temps de mettre quelque chose en application », fait valoir Mme Michaud. Gardez-vous espoir que l’actuel gouvernement de Philippe Couillard saura entendre raison ? « Écoutez, je vais mettre mes lunettes roses pour vous répondre. Je veux croire que nous aurons une loi-cadre. Le Québec d’aujourd’hui ne peut plus continuer comme ça quand on regarde les normes du travail qui sont en vigueur. C’est vraiment le minimum, et même ce minimum ne suffit plus », juge Mme Michaud en faisant référence à la CTFE.

Elle rappelle par la même occasion que seulement quelques entreprises aux Québec et le ministère de la Famille sont certifiés sur le plan de la CTFE auprès du Bureau de normalisation du Québec, qui a établi une norme. Vérification faite auprès du BNQ, outre le ministère de la Famille, sept entreprises (dont Frima Studio) sont certifiées. « Il y a cette norme gouvernementale. Mais vous savez, c’est fait sur une base volontaire », déplore Mme Michaud, qui souligne que c’est pour cette raison qu’une loi-cadre s’impose, histoire de serrer la vis un peu plus.

Revendications

Concrètement, les revendications de la Coalition en disent long sur l’état des lieux sur le marché du travail. En voici quelques-unes : le droit de disposer de vraies périodes de pause et de repas, l’amélioration des congés pour obligations parentales ou familiales, la rémunération des congés de maladie, l’augmentation du nombre de congés annuels ou de vacances annuelles. Le droit de connaître son horaire de travail à l’avance. Vraiment ? « Si je vous disais qu’aujourd’hui — je parle des syndiqués —, il y a des travailleurs dans les marchés d’alimentation qui reçoivent leur horaire le vendredi concernant leur semaine de travail suivante. Et il y a des conséquences à cela, comme ne pas connaître ses journées de congé à l’avance, les journées pour faire garder les enfants, quand prendre rendez-vous chez le dentiste ou le médecin, etc. C’est important comme dossier », raconte Mme Michaud. Le droit de refuser de faire des heures supplémentaires est une autre des revendications. « En effet. Et pour qui refuse, ça peut mener au congédiement de la personne. Il y a certains secteurs d’emploi, comme dans les soins de santé, qui ont des conventions collectives dans lesquellesil est prévu que s’il se passe quelque chose à la dernière minute, l’employé est obligé de faire des heures supplémentaires. En cas de refus, il y a des mesures disciplinaires, voire le congédiement ! »

Des études et des femmes

L’autre question pertinente concerne le volet des études, lequel touche particulièrement les femmes. Le document de la Coalition indique justement que la parentalité est présente chez 25 % de la population étudiante dans le réseau de l’Université du Québec et, à l’Université Laval, elle atteindrait jusqu’à 40 % dans certains domaines, selon l’Association de parents étudiants ou travaillant à l’Université Laval. Ainsi, lit-on plus loin, 70 % des parents étudiants sont des femmes. « Si la présence massive des femmes aux études supérieures est souhaitée, les universités québécoises n’ont pas prévu les accommoder lorsqu’elles deviennent mères au cours de leur cheminement académique. Les mesures existantes favorisent plutôt un cheminement régulier à temps plein, car c’est moins coûteux et plus facile à gérer pour les universités. » Louise Michaud tient à dire qu’il est justement important que les établissements collégiaux et universitaires « s’adaptent à cette situation. Ce n’est pas vrai qu’après un accouchement, une personne puisse retourner aux études à temps plein et passer 32 heures à faire des travaux ».