Que les femmes s’en mêlent!

Marie-Michèle Sioui Collaboration spéciale
Maïtée Labrecque-Saganash, militante féministe et autochtone, aux côtés de Claudette Carbonneau, la présidente des Organisations unies pour l’indépendance (OUI Québec)
Photo: Jacques Nadeau Le Devoir Maïtée Labrecque-Saganash, militante féministe et autochtone, aux côtés de Claudette Carbonneau, la présidente des Organisations unies pour l’indépendance (OUI Québec)

Ce texte fait partie du cahier spécial Journée des femmes

On ne connaît guère le credo que choisira le réseau Femmes et indépendance du Québec, que souhaitent former les Organisations unies pour l’indépendance du Québec au terme de la soirée sur les femmes et la souveraineté qu’elles organisent le 8 mars. Mais il pourrait s’inspirer de la phrase que sa présidente a lancée d’emblée quand Le Devoir l’a rencontrée.

« Moi, je suis convaincue qu’il faut que les femmes s’en mêlent », déclare Claudette Carbonneau, dès les premières minutes de l’entrevue.

« S’en mêler », parce que la politique est encore un « boys club » et que les féministes « se font démolir partout », ajoutera plus tard Maïtée Labrecque-Saganash, militante féministe et autochtone née en 1995, l’année du deuxième référendum.

Assises côte à côte dans un café de la rue Amherst, où elles ont ironiquement été convoquées, Maïtée et Claudette parlent de leurs mères, qui leur ont appris qu’elles pouvaient tout faire, « même » si elles sont des femmes. Tour à tour, Mme Labrecque-Saganash et Mme Carbonneau évoquent les luttes de leurs générations ; l’intimidation qui a marqué l’enfance de l’une et les combats syndicaux qui ont teinté la carrière de l’autre.

Des luttes et des slogans

En regardant dans le rétroviseur, il suffit peut-être de consulter les slogans et les années passées pour se rappeler les luttes des femmes. En 1969, le Front de libération des femmes du Québec criait : « Pas de libération des femmes sans libération du Québec ! Pas de libération du Québec sans libération des femmes ! » En 1995, la « caravane de la souveraineté » avait pour slogan : « Parler à haute voix au lieu de murmurer notre existence ».

En 2015, Claudette Carbonneau et Maïtée Labrecque-Saganash disent un peu tout ça. « La souveraineté, ça ne se fera pas sans la présence des femmes. […] On prend sa place, on s’en mêle », affirme la première.

« C’est quand même notre territoire et je serais très mal à l’aise de voir l’histoire se répéter avec la souveraineté [du Québec] », ajoute la seconde. À 20 ans, Maïtée Labrecque-Saganash se décrit comme une « Cribécoise » : une jeune femme au père cri, au prénom inspiré de la lutte pour l’indépendance des Basques, aux idées résolument souverainistes. « On a tellement souffert avec le fédéral, ça me briserait qu’on répète les mêmes erreurs , dit-elle. En tant que groupes qui ont été opprimés, je pense qu’on [les Québécois et les autochtones] peut bâtir quelque chose de bien, de nouveau, de frais, d’actuel et qui fait justice. »


Vers des mères de la Confédération

À 20 ans et 69 ans, et malgré des expériences de vie bien différentes, les deux femmes ont cela en commun : elles croient qu’un Québec souverain devra faire une place de choix aux femmes. « Au Canada, on parle des Pères de la Confédération », illustre Mme Carbonneau. « Moi, je rêve d’un pays où il y aura autant de mères que de pères. Ça m’apparaît pas mal plus équilibré et en phase avec mes valeurs d’égalité entre les hommes et les femmes. »

Maïtée Labrecque-Saganash l’interrompt, parle des sociétés autochtones matrilinéaires. Des neuf nations cries du Québec, seule Waskaganish est aujourd’hui dirigée par une femme, Darlene Cheechoo, fait-elle remarquer.

« Qu’on le veuille ou non, une division des rôles qui a traversé les millénaires ne peut pas ne pas laisser de traces, et chez les hommes, et chez les femmes », poursuit Mme Carbonneau. « Et très souvent, la contribution des femmes à la sphère politique a permis de régler des problèmes pour d’autres femmes », ajoute-t-elle, en énumérant des femmes et leurs causes. Marie-Claire Kirkland-Casgrain et la révision du Code civil, Lise Bacon et la politique de subvention aux garderies, Jeanne Blackburn et le système de perception automatique des pensions alimentaires, Pauline Marois et la politique familiale du Québec… « Leur présence en politique a changé bien des choses, non seulement pour elles, mais pour d’autres femmes. Je ne pense pas que ce serait une grande avancée de construire un pays qui ne répondrait qu’aux aspirations des hommes, qu’à leurs réalités quotidiennes », croit la syndicaliste.

L’importance du peuple

À propos des rapports d’extériorité qu’ont certaines femmes ou certains autochtones avec la politique ou le projet de souveraineté, Maïtée Labrecque-Saganash rappelle qu’à son avis, la souveraineté peut très bien passer par autre chose que la partisanerie. « Ça appartient au peuple », dit-elle à propos du projet de pays auquel elle a adhéré dès la fin de son secondaire. Elle rêve au moment où le débat sur la souveraineté emballera les citoyens. « La mission éducative ne nous encourage pas du tout à réviser notre histoire, ne serait-ce que [l’apprentissage sur] les autochtones, [qui se limite au fait] qu’il y avait des nomades et des sédentaires… »

Elle propose des cours plus inspirants, plus axés vers les débats. « Au moins, ça susciterait la réflexion chez les jeunes : est-ce que je suis du bord à Bourassa ? Du bord à Lévesque ? Il faut connaître nos personnages historiques », plaide-t-elle, sans remarquer qu’elle n’a pas pu, cette fois, nommer des femmes.

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